Crue de la Marne : la vanne de Saint-Maur enclenchée, une première depuis vingt ans

A Joinville-le-Pont, la vanne clapet a été activée samedi soir. Un moyen de faire baisser le niveau de la Marne dans la boucle de Saint-Maur-des-Fossés mais pas seulement.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Joinville-le-Pont, dimanche après-midi. La vanne clapet du canal Joinville-Saint-Maur, un ouvrage de 45 tonnes, a été activée samedi soir, une première depuis l’an 2000.
Joinville-le-Pont, dimanche après-midi. La vanne clapet du canal Joinville-Saint-Maur, un ouvrage de 45 tonnes, a été activée samedi soir, une première depuis l’an 2000. LP/Sylvain Deleuze

Une première en vingt ans. À 20 heures, samedi, la vanne clapet du canal Joinville-Saint-Maur a été enclenchée sur la commune de Joinville-le-Pont. Cela permet à une partie de l'eau de la Marne de court-circuiter le méandre de la rivière autour de la commune de Saint-Maur-des-Fossés et de ressortir à Joinville pour éviter des inondations.

« Son effet est d'autant plus important que la crue est importante, explique Eve Karleskind, la directrice des services de l'environnement et de l'assainissement du département. Là, on gagne deux, trois centimètres. » En, 1955, cet ouvrage avait permis de baisser de 50 cm le niveau de l'eau à Joinville-le-Pont. À titre de comparaison, en cas de crue exceptionnelle comme celle de 1910, 12 000 logements seraient inondés.

Cette vanne clapet pèse 45 tonnes

Ce déclenchement automatique, dès le passage d'une certaine côte, nécessite l'arrêt complet de la navigation fluviale dans le canal sous le tunnel, les écluses étant ouvertes. La vanne est ensuite plus ou moins remontée en fonction du débit. « Cela permet de le limiter car cela peut éroder le tunnel », précise Eve Karleskind.

Cela entraîne la baisse du niveau de l'eau dans la boucle de la Marne, autour de Saint-Maur, et aussi en amont. Mécaniquement, la pression baisse sur les digues et autres ouvrages, comme les murettes, qui protègent les riverains des crues.

Cette dérivation, mise en place après les crues de 1910 et de 1924, avec l'élargissement du canal construit sous Napoléon, fait partie des premiers ouvrages mis en place pour lutter contre les crues. Construite dans les années 1930, cette vanne a fonctionné jusqu'en 2000 avant d'être inutilisable faute d'un entretien régulier de l'Etat.

Cette nouvelle vanne clapet, un ouvrage hors-norme, mesure 6,8 m de hauteur pour 12 de large et pèse 45 tonnes Son installation a nécessité l'arrêt de la navigation durant cinq semaines à l'automne 2017, suivi par plusieurs mois de tests et de réglages. Elle n'avait pas pu être utilisée lors des inondations du début de l'année 2018.

3,6 millions d'euros de travaux

Au total, les travaux ont coûté 3,6 millions d'euros, financés à 25 % par le département, le port autonome de Paris, la métropole du Grand Paris à hauteur de 250 000 euros et les 15 communes concernées par la baisse des eaux comme Saint-Maur, Champigny-sur-Marne, Bonneuil-sur-Marne…

« C'est le premier investissement lié à la Gestion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations de la métropole Grand Paris (Gemapi), rappelle Sylvain Berrios, le maire (LR) de Saint-Maur et vice-président délégué à la Gemapi de la métropole du Grand Paris. C'est un ouvrage fondamental. » Le conseil départemental assure l'entretien et les tests réguliers même si Voie navigable de France (VNF) demeure l'exploitant opérationnel.

Une soixantaine d'agents surveille les cours d'eau

Au-delà de cet ouvrage, plus d'une soixantaine d'agents du département arpente le terrain et surveille les 105 km de digues. « 21 des 26 stations autonomes anticrues ont été activées et 350 des 400 pompes électromécaniques fonctionnent. Elles permettent pour éviter les reflux, parfois loin de la rivière, comme des résurgences d'eau dans des parkings souterrains, précise le conseil départemental. À ce stade, nous sommes sur une crue hivernale classique. »

Newsletter L'essentiel du matin
Un tour de l'actualité pour commencer la journée
Toutes les newsletters

À la station de Créteil, le 31 janvier, la rivière atteignait une hauteur de 2,05 m, 2,59 m samedi et 2,77 ce dimanche à 14h50. Une croissance constante pas encore alarmante puisque, à titre d'exemple, lors des importantes inondations de 2018, le niveau était à 4,02 m.

« Cela peut évoluer rapidement. Tout va dépendre de la météo de cette semaine », tempère Sylvain Berrios qui suit quotidiennement des évolutions de la météo, du débit des rivières… En attendant, une légère décrue est attendue pour ce lundi.