Covid-19 : état d’urgence dans les hôpitaux d’Ile-de-France pour préparer une «marée très forte»

Face à l’augmentation du nombre de patients Covid en réanimation, le plan Blanc dans les hôpitaux est passé au niveau 2 avec des cellules de crise renforcées et des déprogrammations d’opérations non vitales.

 Face à la montée du nombre de patients Covid en réanimation, les soignants sont ultra-mobilisés. « Le personnel est très fatigué, c’est très dur à gérer », alerte Thierry Amouroux, porte-parole du syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI).
Face à la montée du nombre de patients Covid en réanimation, les soignants sont ultra-mobilisés. « Le personnel est très fatigué, c’est très dur à gérer », alerte Thierry Amouroux, porte-parole du syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI). LP/Philippe de Poulpiquet

Le curseur est encore monté d'un cran ce jeudi concernant l'épidémie de Covid et son impact dans la région capitale. Quatre jours après la série de nouvelles mesures restrictives qui visent l'Ile-de-France, le patron de l'Agence régionale de Santé (ARS), Aurélien Rousseau, a déclaré qu'il fallait se préparer à « une marée très forte » de nouveaux malades du Covid-19.

« Au vu de la pression sur les lits de réanimation et d'hospitalisation, j'ai demandé aux directeurs des établissements de santé de la région de mobiliser toutes leurs ressources et d'anticiper les jours à venir », a-t-il résumé dans un tweet. Le plan Blanc est passé au niveau 2, alors que plus de 4 lits de réanimation sur 10 sont déjà occupés par des malades du Covid dans les hôpitaux franciliens.

Dans le jargon sanitaire, le plan Blanc est un outil qui permet à chaque établissement de santé de mobiliser immédiatement les moyens de toute nature dont il dispose en cas d'afflux de patients ou de victimes ou pour faire face à une situation sanitaire exceptionnelle. Il était jusqu'à présent à son premier stade, « hôpital en tension », avec depuis quinze jours, des cellules de crise quotidiennes. Chaque établissement a une cellule de crise qui est en lien quotidien avec l'ARS.

«On va rentrer dans des proportions difficiles à gérer»

« On sait qu'on va entrer dans des proportions difficiles à gérer dans dix, quinze jours », redoute une source sanitaire. C'est pour cela que le plan Blanc a été renforcé, passant au niveau 2, sur l'ensemble des établissements. En clair : les hôpitaux déprogramment des opérations non vitales et mobilisent le personnel nécessaire.

Le cauchemar de la première vague, lorsqu'il a fallu vider l'hôpital pour ne plus soigner que les patients Covid, hante encore les esprits. Au plus fort de l'épidémie, le nombre de lits de réanimation avait dû être doublé, et des patients transférés vers la province. Mais aujourd'hui personne n'est dupe : l 'Ile-de-France ne pourra pas compter sur les renforts de province, eux aussi en tension.

Selon nos informations, des grands groupes de santé privés ont mis à disposition des lits et commencent à déprogrammer des opérations eux aussi, pour être en capacité d'absorber un afflux de patients.

Pas de congés pour les blouses blanches à la Toussaint

« Le personnel est très fatigué, c'est très dur à gérer. On maltraite tellement les infirmiers qu'il y a une fuite du personnel », réagit Thierry Amouroux, porte-parole du syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI). Comme le collectif Inter-hôpitaux, il évoque de nombreux départs d'infirmiers de l'hôpital après la première vague de Covid.

Et ceux qui restent s'attendent à des lendemains difficiles. Avant même le renforcement du plan Blanc, l'AP-HP rappelait dans une note du 2 octobre, « que les contraintes de service liées au contexte épidémique sont susceptibles de conduire à annuler une majorité des jours de congé initialement programmés, notamment sur la période de vacances scolaires de Toussaint ».

Note de l’AP-HP du 2 octobre concernant l’annulation des congés du personnel notamment sur la période des vacances de Toussaint. DR
Note de l’AP-HP du 2 octobre concernant l’annulation des congés du personnel notamment sur la période des vacances de Toussaint. DR  

« Parler de plan Blanc renforcé aura peut-être un impact sur la prise de conscience de tous », ose espérer un praticien en réanimation. « On pourra peut-être faire mentir les courbes, en reportant les fêtes et bouffes entre copains », ajoute une autre source sanitaire qui espère voir s'éloigner l'hypothèse d'un reconfinement à la Toussaint.

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