Cachan : l’ancien site de Normale sup se dévoile au public

Le terrain de l’ENS Cachan amorce sa transformation avec l’arrivée de quatre écoles, des espaces publics et 300 logements neufs. Des ateliers de concertation ont eu lieu samedi.

 Cachan, samedi. La « balade urbaine » sur l’ancien site de l’ENS s’est soldée par deux ateliers de réflexion collective. Les cinquante participants ont imaginé les nouveaux usages du site et ses futurs aménagements paysagers.
Cachan, samedi. La « balade urbaine » sur l’ancien site de l’ENS s’est soldée par deux ateliers de réflexion collective. Les cinquante participants ont imaginé les nouveaux usages du site et ses futurs aménagements paysagers.  LP/Lucile Métout

« Balade urbaine » : c'est devenu l'expression du moment pour qui arpente le patrimoine architectural ou artistique de sa ville. Mais celle organisée à Cachan, samedi, tenait davantage de l'outil de travail que la simple promenade culturelle.

En parcourant l'ancien site de l'École normale supérieure (ENS), les participants à cette matinée de réflexion collective se sont effectivement projetés dans le décor de demain : un quartier à part entière rendu aux Cachanais avec son poumon vert, ses 300 logements neufs et ses équipements existants intégralement restaurés.

Pour mémoire, la prestigieuse école de sciences et lettres a annoncé son départ en 2016 après un demi-siècle de présence dans la commune. Les 1 900 étudiants et 700 enseignants de l'ENS ont progressivement quitté le site l'an dernier pour rejoindre le campus de Paris-Saclay (Essonne). Laissant ainsi inertes depuis plusieurs mois les 11,6 ha d'enclave en plein cœur de ville.

« Vous voyez, la nature reprend tout de suite le dessus », montre Hélène de Comarmond (PS), maire, à la cinquantaine d'inscrits pour la sortie de samedi. La transformation de ce campus est un sujet qu'elle connaît bien, pour s'être très tôt impliquée dans les consultations publiques sur l'avenir de ce « site remarquable ».

L'enseignement reste une priorité

Hors de question, en tout cas, d'en faire un quartier d'habitations comme le souhaitait l'Etat du temps où il possédait tout. Car la ville entend fermement y préserver l'enseignement supérieur, au même titre que la luxuriante végétation.

Le propriétaire a finalement consenti à « faciliter le développement de ce territoire à fort potentiel » en cédant 9,5 ha à la ville et à l'Établissement public foncier d'Ile-de-France (Epfif) au printemps 2019. La visite de samedi a permis d'y voir plus clair sur les principaux changements à venir.

« Aucun bâtiment ne sera détruit », pose la ville comme préalable. Et tous, excepté l'IUT qui ne change pas de mains, seront rénovés et adaptés aux nouveaux besoins. D'abord avec l'arrivée certaine de quatre écoles.

Toute une série d'acquisitions

L'EPF, ex-Ecole polytechnique féminine, a par exemple acquis le bâtiment historique – dit d'Alembert – « la semaine dernière », a annoncé la municipalité ce samedi. Elle prévoit un an de travaux pour rénover ce patrimoine « typique des années 1950 », qu'elle investira une fois partie de Sceaux (Hauts-de-Seine).

Le bâtiment d’Alembert accueillera l’école d’ingénieurs mixte EPF. LP/L.M.
Le bâtiment d’Alembert accueillera l’école d’ingénieurs mixte EPF. LP/L.M.  

Une autre école d'ingénieurs, l'ECAM-EPMI de Cergy-Pontoise (Val-d'Oise), brigue les locaux situés le long de l'avenue du Président-Wilson. « Elle va bientôt signer », indique la ville. L'école d'intelligence artificielle Aivancity a, de son côté, « engagé le processus d'achat du bâtiment plus récent ». Celui où se trouvent actuellement les laboratoires de l'ENS.

L'immense complexe voisin, baptisé Léonard-de-Vinci, abritera deux types d'élèves : ceux du centre de formation d'apprentis des industries métallurgiques (GIM AFORP), et ceux du lycée de Cachan, « le plus important de la petite couronne parisienne avec 2 500 élèves », souligne la ville.

Cet établissement polyvalent, fruit de la récente fusion entre Maximilien-Sorre et Gustave-Eiffel, fera l'objet d'un vaste chantier de rénovation acté par la région à compter de 2022.

L’un des schémas de la ville confiée aux habitants ce samedi. DR
L’un des schémas de la ville confiée aux habitants ce samedi. DR  

La ville prévoit ensuite une « meilleure cohérence entre les différents équipements sportifs ». Le gymnase Jesse-Owens – devenu propriété communale – sera de toute façon entièrement toiletté « grâce au portage du Syndicat intercommunal des lycées de L'Haÿ-les-Roses », et la piscine, dont le rafraîchissement est prévu par le territoire, pourrait bien être reconstruite quelques mètres plus loin. « Ce qui permettrait son agrandissement », espère Hélène de Comarmond.

20 000 m2 de logements

Enfin, les 300 appartements avec commerces en rez-de-chaussée pousseront côté stade, près de la géothermie, « avec un accès véhicules depuis l'avenue de la Division-Leclerc », précise la ville. Sur les 20 000 m2 de logements demandés par l'Etat, 20 % seront dédiés au parc social. Un grand parking souterrain est d'ores et déjà envisagé.

Les 300 logements ainsi que les commerces en rez-de-chaussée émergeront dans ce secteur.
Les 300 logements ainsi que les commerces en rez-de-chaussée émergeront dans ce secteur.  

Quid des 5 ha d'espaces publics restant, de la prairie et du petit bois ? C'est précisément ce que la mairie souhaite maintenant définir avec les habitants « tout au long du projet ». À l'issue de la visite, les cinquante inscrits de samedi se sont scindés en deux groupes : l'un devait réfléchir aux usages du site, le second aux futures « ambiances paysagères ».

L'aménageur désigné au printemps

Deux certitudes déjà : pas de voiture en dehors du parking étudiants/enseignants, et du vert ! « Tous les arbres ici font l'objet d'un suivi, la grande majorité sera préservée car très peu représentent un danger », explique l'architecte paysagiste Cerise Rolin du bureau d'études Terabilis.

« Une consultation d'aménageurs est en cours », clôt Hélène de Comarmond. Celui qui transformera le campus de l'ENS sera désigné au printemps. « Après, on sera parti pour dix ans de chantier ! », table Hervé Willaime, adjoint à l'enseignement supérieur, qui ne cache pas sa hâte.