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Retour en grâce de la pierre : dans les carrières de Noyant

Emeric de Kervenoaël dirige les carrières de Noyant dans l’Aisne, un des neuf sites du bassin parisien. La production augmente de 20 à 30 % par an grâce à de grandes opérations immobilières franciliennes.

 Septmonts (Aisne), le 10 septembre. Environ 15 000 m3 de pierre calcaire auront été extraites en 2020 des carrières souterraines de Noyant. Ici, on voit la scie de la haveuse.
Septmonts (Aisne), le 10 septembre. Environ 15 000 m3 de pierre calcaire auront été extraites en 2020 des carrières souterraines de Noyant. Ici, on voit la scie de la haveuse. LP/A.-L. A.

Aujourd'hui est un grand jour pour Emeric de Kervenoaël, le dirigeant des carrières de Noyant dans l'Aisne. « On a une troisième haveuse (NDLR, machine d'extraction) qui arrive. Ça passe ric-rac en hauteur… Mais une fois qu'elle sera installée, on espère qu'elle gagnera 10 à 20 % de productivité », s'enthousiasme-t-il. Un défi pour cette société de 32 salariés.

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Les carrières de Noyant font partie de la quinzaine de carrières souterraines en France. On y entre en voiture par un dédale de galeries après avoir signifié à l'aide d'une étiquette nominative que l'on est « en souterrain » ou « en surface » : « Comme ça, si les secours doivent intervenir, ils savent s'il reste des gens à aller chercher ou non », reprend le dirigeant. Pas très rassurant, mais on est vite happé par l'ambiance particulière des lieux : l'obscurité éclairée seulement par les phares, le calme et une certaine fraîcheur au fur et à mesure que l'on descend à 20 m de profondeur.

Septmonts (Aisne), le 10 septembre. Emeric de Kervenoaël, devant le registre d’entrée et de sortie de la carrière. LP/A.-L. A.
Septmonts (Aisne), le 10 septembre. Emeric de Kervenoaël, devant le registre d’entrée et de sortie de la carrière. LP/A.-L. A.  

Exploitée depuis le Moyen Age, la jolie pierre calcaire blonde de Noyant sert aujourd'hui à construire de grandes opérations immobilières franciliennes ( NDLR, la région parisienne représente 80 % de l'activité ) comme la ZAC Panorama à Clamart (Hauts-de-Seine), celle des Docks à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), celle des Bergères à Puteaux (Hauts-de-Seine) « Notre carnet de commandes est plein un an à l'avance. Avant, on avait des bons avec quelques centaines de mètres carrés de pierre. Depuis un an ou deux, on est passé au millier », reprend le dirigeant. Au global : 15000 mètres cubes extraits en 2020, contre 13000 en 2019, un chiffre d'affaires passé de 1,8 million d'euros en 2018 à 2,5 en 2019, + 30 % de commandes fermes entre 2014 et 2020. Le résultat de quinze ans de travail auprès des professionnels de la part de l'ancienne direction.

Une fois remontés à la surface, les blocs sont taillés aux dimensions souhaitées par le client. LP/A.-L.A.
Une fois remontés à la surface, les blocs sont taillés aux dimensions souhaitées par le client. LP/A.-L.A.  

Le souterrain est un labyrinthe de 55 km avec des bâches devant les « salles » exploitées. Eclairées par des spots, des équipes se relaient de 5 heures à 21 heures pour sonder la roche et sortir huit blocs de douze tonnes par jour. La machine découpe la pierre avec une grande scie puis l'énorme pavé est ensuite remonté à la surface pour être retaillé dans l'atelier. Ficelée à l'aide de sangle, la masse « vole » jusqu'à une machine pour y être débitée en morceaux selon les tailles commandées par le client. « Vous voyez ces pierres-là, elles seront posées demain sur le chantier de l'ÎIlot fertile à Paris », reprend Emeric de Kervenoaël.

Le potentiel de développement est immense : seuls 40 des 123 hectares du site sont exploités.

Ces pierres seront posées sur le chantier de l’Ilot fertile au nord-est de Paris. LP/A.-L.A.
Ces pierres seront posées sur le chantier de l’Ilot fertile au nord-est de Paris. LP/A.-L.A.