«On ne peut pas aller à la rue»: ces locataires pris à la gorge à cause de la crise

La crise sanitaire aggrave la situation des plus fragiles. Arnaud, 39 ans et son mari, Francis, 52 ans, sont sous le coup d’une procédure d’expulsion.

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 Arnaud ne peut plus payer son loyer. Du coup, son propriétaire a refusé de prendre en charge le dégât des eaux qui s’est produit récemment.
Arnaud ne peut plus payer son loyer. Du coup, son propriétaire a refusé de prendre en charge le dégât des eaux qui s’est produit récemment. LP/Olivier Corsan

La nouvelle est tombée peu avant Noël : Arnaud et Francis, son époux, font l'objet d'une procédure d'expulsion de la part de leur propriétaire pour impayés de loyers, plus de 6 400 € pour un deux-pièces où ils vivent depuis treize ans dans le XII e arrondissement de Paris.

« Il (le propriétaire) avait dit qu'il n'enclencherait pas de procédure, mais le 18 décembre on avait une lettre d'huissier nous disant qu'on avait jusqu'au 18 février pour payer. Pour nous, c'est impossible! On est étranglés. Depuis le mois de mars, on touche juste 750 € de RSA à deux. On va régulièrement vivre chez ma tante dans le Loir-et-Cher. C'est elle qui nous nourrit… », souffle Arnaud, au milieu de son salon aux murs défraîchis et chargé de meubles et de fauteuils. Impossible selon lui de rendre l'appartement car personne ne peut leur offrir une solution d'hébergement pérenne, ni prendre en charge leurs deux perroquets, leur tortue et leur chat…

«On s’en sortait car Francis faisait des travaux au noir»

Ce couple, ensemble depuis vingt ans, illustre à lui seul l'aggravation de la situation des locataires les plus fragiles avec le Covid. Dans son dernier baromètre, l'Anil (Agence nationale pour l'information sur le logement) a ainsi constaté une augmentation de 15 % des consultations sur les impayés en septembre-octobre par rapport à 2019, venant en grande partie des locataires du parc privé. Le parc social, quant à lui, a enregistré 65 millions d'euros d'impayés supplémentaires fin 2020.

Pour Arnaud et Francis, les impayés concernent deux mensualités en janvier et octobre 2019, ainsi que cinq autres à partir de février 2020. « Avant le Covid, on était tous les deux au chômage, mais on s'en sortait car Francis faisait des travaux au noir chez des gens. Le problème, c'est qu'avec la crise sanitaire, les clients ont reporté, voire annulé leur projet parce qu'ils étaient au chômage partiel et que l'avenir était incertain », reprend Arnaud.

Quand ils reçoivent, ce sont les copains qui apportent à manger

Ce presque quadra, dans la restauration depuis de nombreuses années, avait quant à lui bon espoir de travailler dans une brasserie près de chez lui lorsque le confinement a tout stoppé. Les parents d'Arnaud les ont aidés tant qu'ils ont pu, mais ils ne le peuvent plus, pour eux-mêmes se protéger.

Dépassé, le couple a appelé « Allô prévention expulsion » (0 810 001 505) pour être accompagné. Cette plate-forme de la Fondation Abbé Pierre, accessible tous les jours, du lundi au vendredi de 14 à 17 heures, permet aux personnes en cours de procédure, d'être informé, conseillé et orienté pour éviter l'expulsion. « Ça nous permet d'avoir une aide juridictionnelle, ça soulage un peu. Apparemment, on est expulsable dix-huit mois après la réception du courrier. Mon mari ne dort plus la nuit car il ne trouve pas de solution », ajoute Arnaud.

Ce dernier compte aller « jusqu'au bout de ce qu'il peut », c'est-à-dire jusqu'à l'expulsion : « Je n'ai pas choisi d'être dans cette situation, ni que le Covid ferme les possibilités de retrouver du boulot. Le propriétaire, lui, il a deux appartements, un travail. Il voulait récupérer son appartement en janvier pour le louer 1 500 euros (eux paient 1 055 euros par mois). Quand on a eu un important dégât des eaux, il n'a rien voulu faire… Nous, on n'a rien. On ne peut pas aller à la rue. » Au quotidien, les deux hommes calculent tout. Et quand ils reçoivent, ce sont les invités qui apportent de quoi boire et grignoter.

Le couple pensait faire une demande au Fonds de solidarité logement (FSL, une aide financière qui vise à aider les personnes rencontrant des difficultés financières à accéder au logement ou à s'y maintenir), mais ils n'y ont pas droit car la procédure est enclenchée.

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Ils savent qu'ils devront rembourser la totalité de la somme. Celle-ci sera échelonnée sur deux ans pour apurer la dette. Arnaud a entamé une formation à distance d'aide vétérinaire. Ils envisagent de déménager en province où les loyers et la vie sont moins chers.