Investissement immobilier : à la montagne, le désarroi des petits propriétaires

A cause de la crise, les exploitants des 648 résidences gérées à la montagne ne versent plus les loyers depuis des mois. L’Union nationale des propriétaires immobiliers (UNPI) réclame un rehaussement du fonds de solidarité pour qu’ils puissent les payer.

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 Les résidences de tourisme de montagne anticipent une perte de 85 % de leur chiffre d’affaires sur la saison. (Illustration)
Les résidences de tourisme de montagne anticipent une perte de 85 % de leur chiffre d’affaires sur la saison. (Illustration) LP/Olivier Arandel

La neige est là, mais les vacanciers risquent bien de bouder cet hiver les stations de ski. Depuis l'annonce de la fermeture des remontées mécaniques à cause de la crise sanitaire, les annulations s'enchaînent et le secteur s'affole. En première ligne : les 648 résidences de tourisme de montagne, qui anticipent une perte de 85 % de leur chiffre d'affaires sur la saison. Voilà plusieurs mois que les propriétaires de ces 44 000 appartements proposés aux touristes, via des résidences gérées, rencontrent des difficultés à percevoir les loyers censés être versés chaque trimestre par des exploitants comme Pierre & Vacances, Odalys, CGH ou encore le groupe Lagrange. Une mésaventure partagée également par l es propriétaires de cottages dans les Center Parcs.

« Depuis novembre, nous avons eu de nombreuses réclamations de la part de centaines d'adhérents, assure Pierre Hautus, le directeur de l'Union nationale des propriétaires immobiliers (UNPI). Les gestionnaires, qui ont certes une dette locative importante, mettent la pression et ne payent plus les loyers. »

« Quand l'activité s'arrête mais que vous avez des loyers à payer, la situation est inextricable, reconnaît Pascale Jallet, la déléguée générale du Syndicat national des résidences de tourisme (SNRT). La plupart des exploitants ont souscrit des Prêts garantis par l'Etat (PGE) qui leur ont notamment permis de régler les loyers en 2020. Désormais, la seule solution serait une indemnisation de l'Etat. » Les 4 milliards d'euros annoncés ces derniers jours pour financer le « Plan montagne » ne suffiront pas. A Bercy, on assure tout faire « pour trouver de l'argent » et « étudier toutes les solutions, même si rien n'est encore arrêté ».

En attendant, les petits propriétaires réclament leur argent… sans aucun recours possible. Car avec l'état d'urgence, les loyers impayés ne peuvent pas faire l'objet de poursuites juridiques. « Au bout du bout, ce sont des milliers de petits investisseurs qui se retrouvent coincés, face à de gros services juridiques, avec parfois des conséquences sur leur vie personnelle », dénonce le directeur de l'UNPI qui réclame notamment « le paiement des loyers par les gestionnaires grâce au rehaussement de l'aide du fonds de solidarité ».

«Il y aura de la casse»

Le dispositif actuel, plafonné à 200 000 euros par mois, est insuffisant pour permettre aux exploitants de payer ce qu'ils doivent aux propriétaires. Mais l'élargissement du fonds de solidarité - censé couvrir 70 % de leurs charges fixes dans la limite de 3 millions d'euros sur la période de janvier à juin 2021 - devrait convenir aux petites et moyennes structures. Le souci : aucune date de versement n'est encore précisée.

« 3 millions d'euros, cela ne suffira pas pour les plus gros exploitants, poursuit Pascale Jallet. Il n'y a qu'à voir la situation du numéro 1 du secteur, Pierre & Vacances, aujourd'hui en conciliation. Il faudrait aller jusqu'à 10 millions d'euros pour payer les loyers, qui représentent environ 40 % des charges fixes. » La récente proposition de Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie, de réévaluer le plafond de 3 millions à 10 millions pour les entreprises ayant un chiffre d'affaires de plus d'un million d'euros est toujours en cours de validation à Bercy.

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Mais en attendant, les semaines passent pour les petits propriétaires… « J'ai un bon espoir que nous trouvions une solution courant mars, estime de son côté Pascale Jallet. Si l'Etat prend en charge 70 % des charges fixes, on peut imaginer que 70 % des loyers depuis le mois de janvier seront versés. Pour les précédentes échéances, il est évident qu'il y aura de la casse. »