Immobilier en montagne : la bataille de Christian, propriétaire, «pour obtenir ses loyers»

Avec son épouse, Christian, 64 ans, a acheté il y a 14 ans un appartement à Chamrousse (Isère) pour améliorer leur retraite. Avec la crise, le gestionnaire ne verse plus les loyers sur lesquels le couple comptait.

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 «Le gestionnaire nous proposait de signer un texte où nous acceptions de perdre jusqu’à 50% de nos loyers», raconte Christian, qui a refusé.
«Le gestionnaire nous proposait de signer un texte où nous acceptions de perdre jusqu’à 50% de nos loyers», raconte Christian, qui a refusé. LP/Nicolas Foray

La plaquette commerciale avait de quoi faire rêver. Acheter un appartement dans une petite station de montagne, à Chamrousse (Isère), au cœur du massif de Belledonne, au pied des pistes de ski de fond et à côté des chiens de traîneaux. Avec sa femme, Christian s'est lancé dans cet investissement en résidence gérée, « qui nécessitait alors un faible effort d'épargne mais promettait d'améliorer la retraite », se souvient-il. C'était en 2007. Depuis, son deux-pièces d'une quarantaine de mètres carrés lui gâche ses vieux jours. Car avec le Covid-19, le gestionnaire DG Holidays a arrêté de payer les loyers des propriétaires.

« Nous avions déjà des problèmes avant la crise sanitaire, reconnaît le retraité de 64 ans. En 14 ans, nous avons changé quatre fois de gestionnaire et nous avons régulièrement des problèmes pour le versement des loyers depuis l'arrivée de DG Holidays. Ce n'est pas nouveau. Mais la crise du Covid-19 a accentué les choses. » En mai dernier, le gestionnaire a écrit aux 443 copropriétaires dont il s'occupe à Chamrousse pour leur faire part de la situation financière catastrophique du groupe. « Il nous proposait de signer un texte où nous acceptions de perdre une partie de nos loyers, raconte le retraité lyonnais. Jusqu'à 50%… »

Christian ne s'y résigne pas. Il lance alors une pétition en ligne - signée par plus de 5000 personnes.

«Un prêt de mille euros à rembourser tous les mois»

Dans sa copropriété de l'Isère, 150 copropriétaires refusent de renoncer à leur dû. Ensemble, ils ont contacté un cabinet d'avocats pour « ne pas céder au chantage ». « Chaque trimestre, nous lançons un commandement de payer que le gestionnaire doit honorer dans le mois qui suit s'il ne veut pas perdre son bail », poursuit Christian. Avec retard, il perçoit donc les 840 euros de loyer trimestriel. Mais cela coûte cher : 3500 euros de frais doivent être rassemblés à chaque fois par les copropriétaires participants. « Au fil des mois, de nouveaux copropriétaires de la résidence gérée se joignent à nous car la situation devient invivable, poursuit Christian. Il est évident que pour certains, il est possible d'attendre sans récupérer de loyer. Ce n'est pas le cas de tout le monde… Avec ma femme, nous avons encore un prêt de 1000 euros à rembourser tous les mois, ce n'est pas rien. »

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Du côté de DG Holidays, Jacob Bensaid, le patron de la partie hébergement du groupe, assure que la situation économique est « dramatique ». « Nous avons perdu 70 % de notre chiffre d'affaires en 2020 et, avec la fermeture des remontées mécaniques cet hiver, la saison 2021 est foutue, lâche-t-il. Nous faisons le maximum pour trouver des solutions avec les copropriétaires mais, depuis que nous avons récupéré la copropriété en 2015, il faut se battre sur chaque poste de dépense. »

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Au Syndicat national des résidences de tourisme (SNRT), où l'on reconnaît que la situation est « particulièrement compliquée pour les résidences de montagne », on précise toutefois que DG Holidays « n'est pas un adhérent du syndicat » et que sa candidature « a été rejetée plusieurs fois ».