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Baromètre de l’immobilier en Île-de-France : la fin de l’envolée des prix ?

Les prix de l’immobilier marquent une véritable stabilisation, en septembre, en Île-de-France. Mais l’attrait pour la maison, confirmée par les notaires, pourrait changer les codes du secteur.

 Les prix parisiens marquent un ralentissement.
Les prix parisiens marquent un ralentissement. LP/Aubin Laratte

À quel point le Covid-19 a-t-il rebattu les cartes du marché immobilier? L'évolution des prix ville par ville de ces trois derniers mois (voir plus loin) montre, selon Meilleurs agents, un net ralentissement de l'augmentation des prix en Île-de-France. À Paris, où nous étions habitués à des augmentations mois après mois, les prix affichent une inédite stabilité. « Nous entrons dans une nouvelle ère », résume même Thomas Lefebvre, le directeur scientifique de Meilleurs agents.

À Paris, plusieurs arrondissements affichent une baisse des prix. Une dynamique de stabilisation qui, selon Meilleurs agents, devrait se poursuivre. Le spécialiste de la data immobilière prévoit une augmentation des prix dans la capitale de l'ordre de 0 à 2 % sur l'année à venir… Mais de leur côté, les notaires annoncent ne voir aucun ralentissement de la sorte, ni pendant le confinement, ni sur le troisième trimestre : la barre des 11 000 euros le m2 pourrait même être franchie dans les prochains mois.

Un ralentissement moins net en dehors de Paris

De l'autre côté du périphérique, l'arrêt de la hausse des prix est moins net. Dans les Hauts-de-Seine, les prix évoluent de 0,7 % sur trois mois (0,4 % sur un mois). Dans le Val-de-Marne, ils augmentent de 1 % sur trois mois, mais 0,2 % sur un mois. En Seine-Saint-Denis, les prix augmentent de 1,7 % sur trois mois et de 0,6 % sur un mois.

En grande couronne, les prix n'augmentent que de 0,6 % sur les trois derniers mois dans les Yvelines (0 % sur un mois) et la Seine-et-Marne (0,1 %). Dans le Val-d'Oise, ils évoluent de 1 % sur trois mois (0,2 %). Dans l'Oise, même constat : les prix évoluent de 1,20 % sur trois mois (0,3 % sur un mois), mais baissent de 2,20 % sur douze…

Un attrait pour la maison qui se confirme

En conférence de presse, ce jeudi, les notaires ont noté en Île-de-France un engouement inédit pour la maison, en petite et grande couronne. « L'impact psychologique du confinement est énorme, plus qu'on ne le croit, explique Thierry Delesalle, président de la commission des statistiques de la Chambre des notaires de Paris et d'Île-de-France. L'envie de déménager s'est renforcée. »

Pour la première fois depuis 2007, la hausse des prix des maisons en Île-de-France devrait être supérieure, selon les notaires, à celle des appartements. Elodie Frémont, porte-parole de la chambre des Notaires de Paris, le confirme : « L'augmentation des prix des maisons s'est accélérée et s'est intensifiée. » De là à bouleverser le marché immobilier francilien ?

«L'acheteur reprend le pouvoir»

Pour Thomas Lefebvre, de Meilleurs Agents.com, il y a bien un ralentissement de l’augmentation des prix en Ile-de-France « mais nous ne parlons par de retournement ».  /LP / Arnaud Dumontier
Pour Thomas Lefebvre, de Meilleurs Agents.com, il y a bien un ralentissement de l’augmentation des prix en Ile-de-France « mais nous ne parlons par de retournement ». /LP / Arnaud Dumontier  

Qu'auront coûté le confinement puis le Covid-19 à l'immobilier? Thomas Lefebvre, directeur scientifique de Meilleurs agents, commente les prix de l'immobilier de septembre en Île-de-France. Si on constate un ralentissement de l'augmentation des prix, le spécialiste se veut certain : « Nous ne parlons pas d'un retournement. »

Pour la première fois, on voit l'impact de la crise du Covid sur les prix. Qu'en est-il ?

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Thomas Lefebvre. On a désormais le recul par rapport à la crise sanitaire. Elle a, sans aucun doute, mis un coup de frein dans la course folle des prix, mais on ne peut pas parler de retournement. On est sur un plateau avec un ralentissement net de la croissance des prix de l'immobilier continue de ces cinq dernières années. La barre des 11 000 euros le m2 à Paris, qu'on attendait de passer, est maintenant hors de portée.

On voit une stagnation nette à Paris, avec 0 % sur un mois et sur trois mois, mais pas dans la petite couronne et grande couronne…

Ça va arriver. Il y a encore un reliquat de transactions qui n'avaient pas pu être réalisées pendant le confinement. Il n'y a aucune raison pour que les prix continuent d'y monter.

On parle beaucoup des banques qui refusent les dossiers de certains profils, faut-il s'attendre à un impact ?

Paris et les Hauts-de-Seine ne seront probablement pas confrontés à ce problème car ceux qui y achètent ont des dossiers solides. Des questions se posent davantage pour les acquéreurs en Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne où les emprunteurs sont plus modestes.

Paris est donc à l'abri d'une potentielle crise ?

Ce qui risque de toucher Paris, c'est la crise de l'emploi. Les prochains mois seront déterminants. Nous nous dirigeons vers une dynamique de l'emploi qui n'est pas du tout la même que celle que nous avons connue ces cinq dernières années. Nous resterons dans un marasme qui ne poussera pas les gens à se lancer.

On a toujours été, en Île-de-France, dans un marché où le nombre de vendeurs est inférieur au nombre d'acheteurs. C'est en train de changer ?

Sans inverser totalement la tendance, l'acheteur se retrouve avec davantage de pouvoirs et une marge de manœuvre plus grande. On n'achètera plus, maintenant, un appartement comme on achète un lave-linge. Le temps de réflexion sera plus long. Les biens de moins bonne qualité pourraient voir leurs prix baisser, ceux de bonne qualité se stabiliser si ce n'est monter.