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A Rennes, on a trouvé l’arme antisquat

Des maisons inoccupées sont mises à disposition des sans-abri gratuitement et légalement grâce à un partenariat entre des promoteurs immobiliers, la ville et les associations.

 Rennes (Ille-et-Vilaine). Depuis le début de l’expérimentation, 15 maisons ont été mises à disposition, accueillant 150 personnes sans-abri, souvent durablement, au moins dix-huit mois.
Rennes (Ille-et-Vilaine). Depuis le début de l’expérimentation, 15 maisons ont été mises à disposition, accueillant 150 personnes sans-abri, souvent durablement, au moins dix-huit mois. Jean-Michel Delage/Hans Lucas

Gemina, 4 ans, se trémousse devant les clips diffusés à la télévision. Avec sa sœur, ses frères et sa mère, Kanga, demandeuse d'asile originaire de la République Démocratique du Congo, ils occupent depuis quelques semaines le dernier étage d'une grande maison, rue de Fougères, à Rennes (Ille-et-Vilaine). Après avoir dormi dans la rue, puis avoir été ballottée d'hôtels en squats, la famille peut souffler.

« Ils ont beaucoup souffert. L'un des enfants, atteint de drépanocytose, est fréquemment hospitalisé », explique pudiquement Armelle Bounya, la présidente de l'association Un toit c'est un droit (UTUD), qui leur a trouvé ce point de chute digne et permanent. Kanga partage la maison avec 13 autres personnes qui, comme elle, sont logées gratuitement et légalement, avec l'accord du propriétaire.

A Rennes, promoteurs immobiliers, collectivités et associations de défense du droit au logement expérimentent depuis plusieurs mois une solution susceptible d'éviter les squats. Dans l'attente de pouvoir détruire des maisons vides qu'ils ont achetées pour construire un immeuble, les promoteurs acceptent d'en confier les clés à l'association UTUD afin d'y loger des personnes sans-abri. La Fondation Abbé Pierre finance les travaux de mise aux normes et la ville paye une partie des factures d'électricité et d'eau.

Faciliter l'insertion

Cette mise à disposition fait l'objet d'un acte notarié, le commodat ou prêt à usage, qui sécurise les parties. « Tout est prévu, notamment le nombre d'habitants et la durée d'occupation, souvent au moins dix-huit mois », explique Stéphane Martin, directeur de la Fondation Abbé Pierre en Bretagne.

Une formule gagnant-gagnant. Le propriétaire obtient des garanties légales, devant le notaire, que son logement sera rendu en bon état et à la date convenue. Mis à l'abri durablement, les occupants, eux, améliorent leurs chances de s'insérer dans la société. « Nous avons deux motivations. La première est humaine, la seconde, plus pragmatique », reconnaît Patrice Pinson, directeur régional du groupe ARC, l'un des promoteurs qui participe à l'expérimentation.

En attendant d'obtenir un permis de construire et de les raser, l'une des solutions serait de louer ces maisons. Mais mettre en conformité coûte cher. Murer? Cela attire les squatteurs, à moins de mettre en place une solution de vidéosurveillance ou de gardiennage qui peut atteindre 400 euros par mois. Le dispositif repose bien évidemment sur la confiance entre tous les acteurs, propriétaires, municipalité et associations. L'accompagnement d'UTUD est essentiel. « Nous sommes rigoureux et choisissons les occupants avec soin. On veille à ce qu'ils n'en hébergent pas d'autres », remarque Armelle Bounya.

Depuis le début de l'expérimentation, 15 maisons ont été mises à disposition, accueillant 150 sans-abri. Une nouvelle devrait ouvrir ce mois-ci. L'expérience rennaise fait des émules. « On nous appelle d'un peu partout pour voir comment cela fonctionne », se félicite l'un des responsables d'UTUD.