L’e-mail est-il toujours le mauvais élève de la production de CO2 ?

Envoyé tous les jours par des millions d’internautes, le courrier électronique consomme de l’énergie et pollue. Mais beaucoup moins qu’il y a une dizaine d’années.

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Illustration. AFP/Issouf Sanogo

Oui, envoyer un émail n’est pas un geste anodin. Un reportage du 20 Heures de TF1 a relancé dimanche le débat sur la pollution engendrée par les échanges de courrier électronique. Il assure qu’« envoyer un mail équivaut à laisser une ampoule allumée pendant 24 heures » ou que dans pour une entreprise de 100 salariés qui envoient 30 e-mails par jour, « cela pollue autant que « 14 aller-retour Paris-New York », avec 13,6 t équivalent CO2. Pour obtenir ces comparaisons, le reportage se base sur une étude de référence de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) qui évaluait l’impact d’envoi d’un e-mail de 1 Mo vers un destinataire à 19 g eqCO2, l’unité utilisée pour mesurer les gaz à effet de serre induits. Mais cette mesure date… de 2011.

« Les chiffres donnés dans le reportage sont des ordres de grandeur car nous n’avons pas d’études récentes » reconnaît volontiers Raphaël Guastavi, chef de service au service « Produits et efficacité matière » de l’Ademe. « L’émail est emblématique de l’importance de sensibiliser au fait que le numérique a un impact qui n’est pas virtuel » souligne-t-il. Avant de reconnaître : « Son poids carbone est moins élevé qu’il y a 10 ans car il y a eu une prise de conscience importante des acteurs et des utilisateurs ».

1,4 milliard de mails envoyés par jour en France

Outils collaboratifs en entreprise, réseaux sociaux ou messagerie instantanée… nos usages, comme les technologies employées dans les échanges, ont en effet bien évolué. L’envoi d’un émail ou d’un spam continue, évidemment, de polluer car il implique un circuit de distribution dont toutes les étapes nécessitent de l’énergie comme pour votre équipement, votre connexion Internet ou les serveurs sollicités, et de l’autre côté les équivalents pour le destinataire.

Quelques chiffres à considérer avant d’appuyer sur la touche « Envoyer » : il y a environ 43 millions d’utilisateurs de comptes e-mails en France, selon Médiamétrie. Et ce sans compter les personnes avec un compte professionnel et personnel. En extrapolant ces données, on arrive à 1,4 milliard de mails envoyés par jour en France.

Quelle est aujourd’hui la quantité de dioxyde de carbone émise par l’envoi d’un e-mail, en somme par sa consommation en électricité et en matières premières ? Les études sur l’empreinte carbone varient de 4g de CO2 pour un message sans image à 50 g pour un e-mail avec une photo. « Il n’y a pas de consensus sur l’énergie fossile consommée car l’efficacité énergétique des réseaux et des serveurs évolue tout le temps et ne fait pas augmenter depuis plusieurs années la consommation d’électricité », assure Olivier Appert de l’Académie des Technologies et conseiller au Centre Énergie & Climat de l’Institut français des Relations Internationales.

Selon les données 2018 de l’Ademe, le numérique en général représente 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et une donnée, un e-mail par exemple, parcourait en moyenne 15 000 km d’un centre de données à un autre. Avec toute l’énergie consommée que ce transit impliquerait. Mais là encore le poids de l’e-mail est à mieux sous-peser.

Des serveurs plus proches de l’envoi

« La majorité des data centers sont désormais plutôt sur le même continent à quelques milliers de kilomètres maximum afin d’optimiser le temps de réponse, relativise François Sterin, directeur de l’industrie chez OVHcloud, le leader européen des serveurs. Ces centres de données sont également optimisés pour être plus efficaces dans une consommation d’énergie qui est devenue centralisée. Ce sont des bus électriques qui remplacent des milliers de voitures thermiques, les serveurs individuels ».

« Le problème principal de l’e-mail de nos jours, c’est vraiment le stockage et notamment celui des pièces jointes envoyées à plusieurs destinataires qui maintiennent actives des machines pour rien », pointe Alexis Normand, directeur général de Greenly, une start-up spécialisée dans l’empreinte carbone des entreprises. « Réduire l’envoi des e-mails notamment professionnels serait bien mais un message écrit ne pèse rien comparé à la lecture de vidéo qui est 1000 fois plus polluante. C’est comme si une entreprise remplaçait les gobelets en plastique par des équivalents en papier tout en continuant à faire tourner le chauffage au fioul » regrette-t-il.

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Tous les experts sollicités conseillent plutôt de limiter au minimum le nombre d’e-mails plus ou moins utiles comme l’expéditif « bon week-end » ou le « merci » qui pourrait passer par une messagerie instantanée moins gourmande en énergie fossile. Mais aussi de supprimer les messages accumulés que vous ne lirez de toute façon jamais. Une nouvelle forme d’hygiène numérique un peu plus éco-responsable.