Facebook se décide à censurer les messages négationnistes

Le réseau social durcit ses règles de modération et va désormais supprimer tous les contenus « niant ou déformant » l’Holocauste.

 Mark Zuckerberg , patron de Facebook, a révisé sa position sur les messages négationnistes, ayant longtemps estimé qu’ils relevaient de la liberté d’expression.
Mark Zuckerberg , patron de Facebook, a révisé sa position sur les messages négationnistes, ayant longtemps estimé qu’ils relevaient de la liberté d’expression. REUTERS/Andreas Gebert

On ne peut que s'en réjouir, tout en s'étonnant que la décision n'ait pas déjà été prise plus tôt. Facebook va désormais supprimer tous les contenus « niant ou déformant » l'Holocauste. Il s'agit d'un nouveau durcissement de ses règles de modération des contenus que des associations américaines réclamaient de longue date.

« Nous retirons depuis longtemps les messages d'apologie des crimes motivés par la haine de l'autre et des tueries de masse, y compris l'Holocauste. Mais avec la montée de l'antisémitisme, nous étendons notre règle pour interdire tout contenu qui nie ou déforme l'Holocauste aussi », a déclaré lundi Mark Zuckerberg sur son profil. Les utilisateurs qui font des recherches sur l'Holocauste seront redirigés « vers des sources d'information qui font autorité », a précisé le patron du géant des réseaux sociaux.

Aux Etats-Unis, révisionnisme et négationnisme ne sont pas prohibés. La jurisprudence tend à les placer sous la protection du premier amendement de la Constitution, qui garantit la liberté d'expression. « J'ai bataillé avec ce dilemme, entre soutenir la liberté d'expression et les dommages causés par le fait de minimiser ou de nier l'horreur de l'Holocauste », explique le fondateur de la plateforme. « Ma propre réflexion a évolué en voyant les données qui montrent une hausse des violences antisémites ».

Un Américain sur quatre doute de la réalité de la Shoah

A l'appui de sa décision, Facebook cite une étude selon laquelle près d'un quart des Américains âgés de 18 à 39 ans croient que l'Holocauste est un « mythe », que « c'est exagéré » ou « ne sont pas sûrs ». Il rappelle avoir récemment banni les stéréotypes antisémites sur le pouvoir des juifs, qui figurent souvent dans des théories complotistes.

Mark Zuckerberg, qui est lui-même juif, avait expliqué à l'été 2018 qu'il ne voulait pas supprimer les messages négationnistes de Facebook. En juillet dernier, un porte-parole de Facebook indiquait encore que le réseau social ne retirait pas du contenu « uniquement parce qu'il est faux ». Des survivants du génocide demandaient pourtant au patron du groupe californien de retirer les contenus négationnistes.

L'Anti Defamation League, organisation américaine de lutte contre l'antisémitisme, venait de donner plusieurs exemples de groupes privés sur Facebook au sein desquels des usagers mettaient ouvertement en doute l'existence de l'Holocauste ou son étendue.

Cette mesure de Facebook « a mis des années à prendre forme », a réagi le président de l'ADL, Jonathan Greenblatt, dans un message posté sur Twitter. « Ayant personnellement oeuvré auprès de Facebook sur ce sujet, je peux attester qu'interdire la négation de l'Holocauste, c'est majeur […]. Heureux que ce soit enfin arrivé ».

Son ONG, associée à d'autres organisations de la société civile, a mené cet été un boycott publicitaire suivi par des centaines d'entreprises contre le réseau social, pour le forcer à mieux surveiller les contenus dits « haineux ».