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Cédric O : «Les maires et les associations pourront demander des contrôles des antennes 5G»

Le secrétaire d’Etat au Numérique dévoile le plan gouvernemental de contrôle du déploiement de la 5G qui vise à apaiser les esprits.

 Le Secrétaire d’Etat au Numérique Cedric O hausse le ton contre les prises de position des élus contre le déploiement de la 5G.
Le Secrétaire d’Etat au Numérique Cedric O hausse le ton contre les prises de position des élus contre le déploiement de la 5G. AFP/Ludovic Marin

En première ligne face aux polémiques sur le déploiement de la 5G, Cédric O a tenu à rassurer les plus inquiets tout en haussant le ton contre les prises de position de certains élus comme à Lille. Le Secrétaire d'Etat au Numérique dénonce les décisions prises par les maires et détaille comment l'Etat va contrôler de plus près les ondes reçues par la population.

Les actions se multiplient pour retarder le déploiement de la 5G, que se passerait-il si la France venait à accumuler trop de retard ?

CÉDRIC O. Le premier effet à court terme serait la saturation des réseaux donc il faudrait redéployer dans l'urgence plusieurs antennes 4G dans les grandes villes pour faire le travail d'une seule antenne 5G qui pollue aussi 20 fois moins. Dans un second temps, les industriels perçoivent cette technologie comme indispensable pour se développer donc cela serait un signal terrible pour notre attractivité surtout à l'heure où nous nous battons pour récréer de l'emploi industriel. Il faut être conscient que dans la concurrence internationale, il y a déjà 100 millions de Chinois qui ont un forfait 5G, que les Etats-Unis ont déjà déployé des milliers d'antennes et que 12 pays européens ont déjà lancé leurs réseaux 5G.

Martine Aubry et le conseil municipal de Lille ont adopté dans la nuit de vendredi à samedi un moratoire sur le déploiement de la 5G, comprenez-vous cette opposition ?

Cette décision est une tartufferie incompréhensible venant d'une ancienne ministre. Ils ne sont pas au niveau du débat. Dire qu'il y a encore des incertitudes sur les fréquences utilisées pour la 5G, c'est mentir aux Français. Si Martine Aubry a de doutes, il faut qu'elle prenne le temps de lire les études scientifiques. Depuis 2003, l'Anses a rendu tous les ans un rapport sur les ondes téléphoniques et ils ont systématiquement conclu à l'absence d'impact sanitaire au-dessous des valeurs limites. Je ne comprends pas où sont le courage et la responsabilité politique des élus qui appellent à un moratoire. C'est une attitude de lavage de mains à la Ponce Pilate car Martine Aubry à Lille ou Eric Piolle à Grenoble savent très bien qu'ils ont besoin de la 5G pour éviter une saturation des réseaux qui serait indéfendable devant leurs administrés. Il est plus simple pour eux de se draper dans leur probité et de laisser l'Etat assumer ses responsabilités. Je trouve que l'attitude d'Anne Hidalgo qui refuse l'idée d'un moratoire à Paris est infiniment plus courageuse et responsable. Je note que le maire de Bordeaux n'a lui non plus finalement pas fait voter un moratoire par son conseil municipal.

Est-ce que l'Etat va aller au bras de fer avec les collectivités qui essayent de ralentir le déploiement ?

Le seul pouvoir d'un maire est d'empêcher l'accès d'un opérateur à un site d'antennes situé sur le parc immobilier social mais ils ne peuvent pas empêcher le déploiement dont les fréquences viennent d'être attribuées. La 5G sera bien en place d'ici la fin de l'année.

Comment comptez-vous rassurer les maires ?

Nous souhaitons, dans le cadre d'un plan de contrôle transparent dédié à la 5G, systématiser l'information des maires avant le déploiement des nouvelles antennes et renforcer les contrôles des téléphones qui sont, encore plus que les antennes, la première source d'exposition aux ondes électromagnétiques. Dans le détail, l'ANFR (Agence Nationale des Fréquences), un organisme indépendant, va doubler le nombre de contrôle des smartphones en 2021. Elle effectuera donc 140 contrôles de l'exposition du public aux ondes, c'est-à-dire du Débit d'absorption spécifique (DAS) d'un appareil. Ce volume permettra de cibler les smartphones 5G les plus vendus et de faire des tests complets sur des versions logicielles différentes. Il y a eu 3 066 contrôles d'exposition aux antennes en 2019, nous en ferons 6 500 en 2020 et 10 000 en 2021 dont 4 800 mesures en priorité sur les équipements Télécom 5G. Toutes ces données seront rendues publiques. Je souhaite qu'un maximum de ces contrôles soient faits à la demande des maires ou des associations agréées. Nous allons donner les moyens à l'ANFR de répondre aux interrogations sur l'impact du déploiement de la 5G. Enfin, nous allons aussi lancer des études complémentaires sur la bande de fréquence de 26 Ghz qui sera la prochaine génération de la 5G déployée d'ici 2 à 3 ans.

PODCAST. Pourquoi le déploiement de la 5G électrise le débat

Que va apporter le rapport de l'Anses, attendu pour mars 2021, alors qu'il ne sera basé que sur des données issues de l'étranger en l'absence d'expérience de la 5G en France ?

Il y a eu 28 000 études internationales notamment de l'Anses sur le sujet des ondes magnétiques depuis les années 50 et aucune n'a apporté une conclusion différente sur leur dangerosité. La science nous dit aujourd'hui qu'il n'y a aucun impact sanitaire si l'on respecte les valeurs limites d'exposition. L'exposition des Français aux ondes est 150 à 200 fois inférieure aux limites reconnues dans le monde. Ce rapport ne sera pas une coquille vide car nous avons demandé à l'Anses une mise à jour de ses conclusions et il est fort probable que le 28 001e rapport aille dans le même sens que les précédents. L'enjeu est de confirmer pour la 5G ce que nous savons déjà pour d'autres fréquences déjà utilisées ou pour le wi-fi. Toutes les autorités sanitaires des 12 pays européens qui ont déjà la 5G ont extrapolé leurs études à cette nouvelle fréquence et en sont arrivées à la même conclusion sur l'absence de nocivité. Nous sommes donc confiants sur ce point-là.

Est-ce que vous vous attendez à une hausse en cette fin d'année des recours d'associations contre la 5G voire à des ZAD contre des futurs sites d'antennes ?

Je ne pense pas qu'il y ait une surface juridique pour s'opposer au déploiement comme il est prévu. Ceux qui veulent s'opposer au droit à la connexion de tous les Français posent un problème démocratique car c'est une demande forte des citoyens. Nous constatons que ceux qui voudraient s'attaquer à la 5G sont les mêmes qui incendient des pylônes 4G et des armoires dédiées à la fibre optique, je ne suis pas certains que cela soit la société que les Français désirent. Notre priorité est de finaliser la couverture du territoire en 4G et mobile.