Applis de rencontre : «Le confinement a permis d’approfondir les rencontres virtuelles»

Privés d’une première rencontre physique, les utilisateurs ont changé d’habitude sur les applications de « dating ». Elles aussi ont dû se réinventer.

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 Confinés et soumis à la distanciation sociale, les célibataires ont dû repousser le cap du premier échange dans la vraie vie.
Confinés et soumis à la distanciation sociale, les célibataires ont dû repousser le cap du premier échange dans la vraie vie. LP/DLC

Trouver l'âme sœur à l'heure de la distanciation sociale. Privé de lieux de rencontres comme les bars ou les fêtes entre amis, les célibataires ont trou vé refuge sur les applications de rencontre en ligne lors du premier confinement. Mais l'absence de contacts physiques a modifié en profondeur les comportements des utilisateurs, contraints de repousser la rencontre physique au prochain assouplissement des restrictions.

Entretien avec Didier Rappaport, patron de l'application française Happn. Il tire le bilan d'une année où même Cupidon a appliqué les gestes barrière.

Co-fondateur de Dailymotion, Didier Rappaport a lancé l’application Happn en 2014 /DR
Co-fondateur de Dailymotion, Didier Rappaport a lancé l’application Happn en 2014 /DR  

Vous annoncez ce mardi avoir passé le cap des 100 millions d'utilisateurs. En 2020, les différents confinements liés au Covid-19 ont-ils été un accélérateur ou un frein ?

DIDIER RAPPAPORT. Je veux démonter les idées qui circulent sur les effets uniquement bénéfiques du confinement pour les applis de rencontre, ce n'est pas vrai. Nous avons fait moins bien qu'une année normale et les conditions psychologiques n'ont pas aidé. Nous avons observé dès les deux premières semaines du confinement une baisse d'activité car les gens avaient d'autre chose à penser que rencontrer l'âme sœur. Un stress important s'était installé et n'était pas favorable à la rencontre amoureuse.

Mais les célibataires n'avaient ensuite pas grand-chose d'autre à faire que de consulter l'application sur leur canapé…

Le digital a évidemment bénéficié de cette crise sanitaire car les gens, notamment les célibataires, devaient continuer à vivre et à créer des relations avec les autres. Il a eu une fonction sociale importante mais ce n'est pas le « dating » qui en a le plus profité mais plutôt les réseaux sociaux qui fournissent du contenu. Le bilan de la crise du Covid est mitigé pour nos finances mais nous avons quand même réussi à avoir une croissance de revenus de 20 % et une hausse de 1,5 million d'utilisateurs en France en 2020.

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Vos algorithmes de « matching » reposent sur la géolocalisation des personnes rencontrées dans la rue ou au travail. La distanciation sociale aurait pu vous faire très mal…

Nous avons été obligés d'adapter nos produits. C'était compliqué de retrouver qui on croise, comme le dit notre slogan, en plein confinement. Le fonctionnement de l'application a été modifié pour proposer à nos utilisateurs des gens qu'ils auraient pu croiser. Nous avons simplement élargi le rayon autour des géolocalisations connues pour proposer des personnes de la vraie vie.

Nous avons conservé notre spécificité qui est la rencontre avec des célibataires qui partagent des intérêts communs, qui font leurs courses, travaillent ou sortent au même endroit. C'est le seul moyen de s'imposer en entreprise indépendante face aux géants américains de la rencontre en ligne.

Comment avez-vous relancé l'intérêt d'une application pour les célibataires confinés ?

De nouveaux outils comme la vidéo, auparavant optionnelle, sont devenus indispensables. Nous n'avions pas à l'origine vocation à développer la vidéo car nous craignions les effets pervers et les détournements de l'outil. Nous l'avons lancé pendant le confinement avec une heure de gratuité et c'est maintenant un « must-have » pour toutes les applications comme nos concurrents Tinder ou Match.com. Elle est devenue un substitut car l'échange par message ne suffit pas quand vous êtes dans une dynamique de rencontre.

Il y a eu ensuite un besoin de lien social qui a poussé à une modification des comportements sur l'application. Il y a eu des échanges plus profonds et des temps de messages plus longs. Nous avons constaté une hausse de 18 % du volume de messages échangés. Cela a permis d'approfondir des relations avant la rencontre physique. Nous n'étions plus du tout dans la culture du « hook-up » ou le coup d'un soir.

Vous êtes présent à l'international dans des pays comme l'Inde ou le Brésil qui ont vécu des confinements ou des restrictions à des degrés divers. Comment cela s'est-il passé là-bas ?

La situation a été relativement similaire dans notre quinzaine de marchés principaux, à part en Suède ou dans certains pays d'Amérique latine où les règles sanitaires ont été moins strictes. En Inde, l'activité a ralenti malgré l'ouverture des restaurants et des restrictions de circulation plus légère car il y avait tout de même la peur de rencontrer des inconnus en pleine pandémie.