Viol à l’Hôpital américain de Neuilly : l’infirmier condamné à 14 ans de prison

Jugé pour le viol d’une jeune mannequin dans le prestigieux établissement de soins, Mohamed A. n’a reconnu qu’une relation consentie, ce lundi, aux assises des Hauts-de-Seine.

 Palais de justice de Nanterre (Hauts-de-Seine), lundi 21 septembre 2020. Me Sylvie Noachovitch a plaidé « la vie brisée » de sa cliente, après le viol de celle-ci à l’Hôpital américain de Neuilly-sur-Seine.
Palais de justice de Nanterre (Hauts-de-Seine), lundi 21 septembre 2020. Me Sylvie Noachovitch a plaidé « la vie brisée » de sa cliente, après le viol de celle-ci à l’Hôpital américain de Neuilly-sur-Seine.  LP/Valérie Mahaut

Jusqu'au bout, l'infirmier de l'Hôpital américain de Neuilly-sur-Seine, jugé pour le viol d'une patiente, a nié avoir abusé de cette jeune femme. Interrogé ce lundi, au troisième et dernier jour de son procès devant les assises des Hauts-de-Seine, il a répété avoir eu une relation sexuelle « consentie » avec celle qui l'accuse d'un viol sordide. Sans convaincre.

La cour d'assises l'a condamné ce lundi soir à 14 ans de réclusion criminelle, avec interdiction définitive d'exercer une activité médicale ou paramédicale. A sa sortie de prison, Mohamed A. devra se soumettre à un suivi sociojudiciaire pendant cinq ans.

Plus tôt dans la journée, l'avocat général, Dominique Borron, avait requis quinze à dix-sept ans de réclusion à l'encontre de cet homme de 51 ans.

Une patiente vulnérable

Pour le magistrat, impossible de remettre en question la grande vulnérabilité de la patiente, Aurélie, lorsqu'elle fut admise à l'hôpital au début du mois de février 2018. « Elle était passée de 50 à 41 kg en neuf mois, était anorexique, en dépression. » Quelques semaines plus tôt, celle qui était mannequin a fait « une crise allergique majeure » liée à son traitement antiépileptique. Admise en état de faiblesse évident, elle a été soignée avec des médicaments aux effets puissants.

« Les médicaments, c'est la clé du dossier », selon Dominique Borron. Pour s'y retrouver dans la jungle des molécules administrées, le magistrat a « fait un tableau » dont il a livré les grandes lignes aux jurés. L'ensemble des antiépileptiques, antihistaminiques, l'Atarax en intraveineuse, le Rivotril « classé comme stupéfiant, tellement c'est fort » ont plongé la victime dans « cet état très particulier : entre la veille et le sommeil, le songe ou plutôt le cauchemar ».

«Elle était incapable d'être consentante»

Un cauchemar remonté en flashs dans la mémoire d'Aurélie, le lendemain de la nuit de son agression et dont la jeune femme a livré le récit à la barre, vendredi. Le son d'un bouton-pression, le corps de l'infirmier sur elle, ses mains sur elle, la pénétration.

« Elle était dans une véritable soumission chimique », a plaidé son avocate, Me Sylvie Noachovitch avec véhémence. En laissant entendre que l'infirmier aurait pu lui-même augmenter les doses. Hypothèse à laquelle l'avocat général n'adhère pas.

Mais « c'est un professionnel compétent, tous ses collègues l'ont dit, a-t-il rappelé. Monsieur connaissait tous ces médicaments. Le cocktail a annihilé la conscience de la victime. Elle était incapable d'être consentante. »

« Si je lui avais fait du mal, pourquoi elle ne l'a pas signalé et demandé à changer d'infirmier ? », s'est défendu l'accusé en début de journée, avant de livrer sa version de la relation sexuelle. « Elle m'a pris la main, on s'est embrassés. Il y a eu des rapprochements entre nous. » En résumé, selon son récit, Aurélie l'aurait aguichée et initié le rapport sexuel.

Déjà condamné pour agression sexuelle

Alors, il le concède les bras croisés : « Ce n'est pas moral, je sais. J'ai honte de ça. » Son avocat, Me Fabien Arakelian, a fait ce qu'il a pu. « On a retrouvé des traces de sperme, son ADN partout. Bizarre pour quelqu'un qui a quelque chose à cacher. »

Même remarque pour le SMS qu'a envoyé l'infirmier à Aurélie, la nuit des faits : « Désolé ma belle » indiquait ce message. « Il l'a envoyé avec son propre téléphone ! »

Le pénaliste a soumis une « autre grille de lecture » aux jurés. « Et s'il avait encore fait une mauvaise interprétation » de l'attitude de la patiente. « Encore » car en 2011, Mohamed A. a été condamné pour l'agression sexuelle d'une patiente d'un autre hôpital.

Lundi soir, l'ex-mannequin « détruite, incapable de retravailler, devenue agoraphobe » selon son avocate, attendait une sanction lourde.