Villeneuve-la-Garenne : des citoyens vigies pour surveiller la démolition de la barre Emmaüs

Un groupe d’habitants va suivre le chantier de démolition de cette barre et la construction du nouveau centre-ville dans les années à venir.

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 Villeneuve-la-Garenne, le 3 février. La ville a mis en place un groupe d’habitants afin de suivre la démolition de la barre Emmaüs, préambule au renouveau du centre-ville. La première réunion, avec le maire (UDI) Pascal Pelain s’est tenue le 23 janvier.
Villeneuve-la-Garenne, le 3 février. La ville a mis en place un groupe d’habitants afin de suivre la démolition de la barre Emmaüs, préambule au renouveau du centre-ville. La première réunion, avec le maire (UDI) Pascal Pelain s’est tenue le 23 janvier. Frédéric Fournier - Mairie de Villeneuve

Les palissades entourent l'immense barre, des cabanes de chantiers ont été livrées mercredi dernier et des utilitaires multiplient les va-et-vient. Les jours de la barre Emmaüs sont comptés à Villeneuve-la-Garenne. Mais avant que cet ensemble de plus de 130 logements ne soit démoli, la ville a constitué un « Groupe de suivi de chantier » (GSC) composé de dix habitants.

« Vingt-deux personnes ont répondu à notre appel à candidature. Dix ont été tirées au sort de manière impartiale », précise d'emblée Serge Leverbe, chargé de mission pour la démocratie locale. Le GSC sera chargé de faire l'intermédiaire entre le maître d'ouvrage (I3F), les entreprises à l'œuvre sur le chantier, les habitants et la municipalité. Cette démolition sera la première étape du nouveau centre-ville.

D'un côté, ces vigies du chantier informeront les habitants de l'avancée de l'opération. De l'autre, elles feront remonter les doléances de la population lors de réunions. « Il y a eu une concertation en amont du chantier. Nous voulions aussi associer les habitants à son évolution. Ils sont les premiers concernés et sont les experts de proximité. On a besoin de leur regard », assure Pascal Pelain, le maire (UDI) fier de ce qui est une « grande première, au moins dans les Hauts-de-Seine ».

Des faits, pas des rumeurs

Du haut de ses 86 printemps, Jacques est l'un des dix. « Mes fenêtres donnent sur la barre, je me sens concerné, argue-t-il. Faire partie du groupe, c'est le meilleur moyen pour être au courant de tout. Au moins, cela permet d'avoir des informations sûres et pas issues de rumeurs. »

A 86 ans, François, dont les fenêtres donnent sur la barre Emmaüs, a intégré le groupe de suivi du chantier. LP/O.B.
A 86 ans, François, dont les fenêtres donnent sur la barre Emmaüs, a intégré le groupe de suivi du chantier. LP/O.B.  

« Nous allons répercuter des faits précis d'un côté comme de l'autre. On ne sera peut-être pas d'accord mais on discutera des choses exactes », appuie Françoise.

À 29 ans, Sarah est la benjamine du groupe. « Je n'habite Villeneuve que depuis trois ans mais j'ai envie de participer au changement du centre-ville, indique la jeune femme qui travaille dans une entreprise culturelle J'ai aussi intégré le GSC par intérêt intellectuel. Nous serons bien le canal de la voix des habitants vers la ville et les entreprises. Et réciproquement. »

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« Faire partie du groupe de suivi est le prolongement logique de mon engagement associatif, résume Christine, par ailleurs membre du conseil citoyen. Une autre membre a, par exemple, abordé un sujet capital dont personne n'avait encore parlé : le traitement des déchets, les poussières… C'est riche et utile. »

La barre Emmaüs est devenue le symbole à la fois du passé de la commune mais aussi de son futur. Sa démolition marquera le début d'un long effet domino, qui s'achèvera dans plusieurs années par la réalisation du nouveau centre-ville. Après la phase de dépollution et de désossement qui commence actuellement, la barre sera grignotée cet été. En septembre, il n'en restera plus rien.

Elle sera remplacée par un marché provisoire comme celui construit place des Victoires, à Asnières. Le marché actuel sera alors détruit et reconstruit. Quand la nouvelle halle sera opérationnelle, en 2025 en théorie, un nouveau chantier commencera : la construction de nouveaux logements, avec des bâtiments de six étages au lieu de onze, des espaces verts et des commerces de proximité en lieu et place de la barre Emmaüs. Le but est d'offrir à Villeneuve un vrai centre-ville, quasiment un siècle après la naissance de la commune.

Ne pas faire table rase de l'histoire

Cette barre aura tenu debout 65 ans. Elle est née de l'appel de l'abbé Pierre lors de l'hiver 53-54. Emmaüs avait récolté 500 millions de francs de l'époque et le ministre de la Reconstruction, Maurice Lemaire, avait lancé la construction des cités d'urgence.

«Avec cette barre, une page s’écrivait en 1956. Avec sa démolition, elle se tourne.» LP/O.B.
«Avec cette barre, une page s’écrivait en 1956. Avec sa démolition, elle se tourne.» LP/O.B.  

« Villeneuve a répondu favorablement à la demande de la préfecture de la Seine et construit en 1956 une cité d'urgence de 270 logements, sur un vaste terrain situé à l'extrémité sud du boulevard Gallieni. Les habitants de cette cité seront majoritairement relogés dans la barre Emmaüs, dont la construction en centre-ville démarre dès 1956. 132 familles ont ainsi accès à leur premier vrai logement, doté d'une salle de bain et de toilettes individuelles. Un luxe inouï pour l'époque », rappelle-t-on en mairie.

Ce passé, Christine ne veut pas en faire table rase. « Cette barre a été une étape capitale pour la commune, avec l'arrivée des habitants des bidonvilles de Nanterre et des cités de transit du port de Gennevilliers, insiste la membre du groupe de suivi. On est passé d'une petite commune des bords de Seine à une ville qui se construit autour du mal-logement. Avec cette barre, une page s'écrivait en 1956. Avec sa démolition, elle se tourne. On a besoin d'un vrai centre-ville mais nous devons trouver le moyen de faire vivre cette mémoire, le moyen d'avancer sans effacer ce pan d'histoire. »