Vaccination anti-Covid : le casse-tête de la deuxième dose pour les villes d’Ile-de-France

Les municipalités ayant ouvert un centre de vaccination le 18 janvier dernier doivent décaler des centaines de rendez-vous suite à l’interdiction de l’ARS de démarrer les secondes injections avant le 15 février.

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 Clichy, le 18 janvier. Plusieurs villes d’Ile-de-France accueillant des centres de vaccination sont contraintes de décaler des rendez-vous dans un contexte de pénurie de doses.
Clichy, le 18 janvier. Plusieurs villes d’Ile-de-France accueillant des centres de vaccination sont contraintes de décaler des rendez-vous dans un contexte de pénurie de doses. LP/A.S.D

J + 21 ou J + 28? A quelle date doit impérativement être faite la deuxième injection pour les personnes de plus de 75 ans, dont la campagne de vaccination contre le Covid-19 a débuté le 18 janvier dernier? Si dans un premier temps le délai était de trois semaines entre les deux piqûres, il est rapidement passé à quatre semaines.

Pour les villes d'Ile-de-France ayant ouvert des centres de vaccination, cette évolution des règles se transforme aujourd'hui en casse-tête. Car plusieurs milliers de rendez-vous ont été pris pour les deux injections en tenant compte du délai initial de trois semaines.

Cette indispensable seconde injection devait donc s'effectuer entre le 8 et le 12 février pour les premiers concernés. Mais l'Agence régionale de santé (ARS) a exigé des communes qu'elles décalent ces rendez-vous d'une semaine.

«Je n'ouvre plus de rendez-vous tant que je n'ai pas les doses entre les mains»

« Nous avons donc dû rappeler 400 personnes car il ne suffit pas d'envoyer un simple SMS », souffle Jean-Didier Berger, le maire (Libres !) de Clamart (Hauts-de-Seine), où douze personnes sont mobilisées pour faire tourner le centre d'appels adossé à celui de vaccination.

Pour l'édile, l'incertitude la plus totale plane sur la capacité de vaccination de son centre la semaine prochaine. « Rien qu'hier nous avons eu 762 appels, notre liste d'attente ne cesse de s'allonger et je n'ouvre plus de rendez-vous tant que je n'ai pas les doses entre les mains », appuie-t-il.

Jusque-là, chaque centre des Hauts-de-Seine était doté de 420 doses par semaine. « On m'annonce 75 doses uniquement pour des primo-injections la semaine du 8 février, poursuit Jean-Didier Berger. Tout cela est contraire à la parole publique. Il ne s'agit absolument pas d'une accélération de la campagne de vaccination mais d'un ralentissement, voire d'un arrêt. »

De son côté, l'Agence régionale de santé (ARS) assure que 30 000 rendez-vous de première injection seront honorés la semaine prochaine en Ile-de-France. « La situation de la semaine du 8 février faisait craindre le report de plusieurs milliers de rendez-vous, écrit l'ARS. La mobilisation de 20 000 doses de vaccin Moderna (NDLR : jusqu'à présent seul le vaccin Pfizer était administré) qui seront concentrées sur cette semaine et le travail engagé pour fiabiliser, centre par centre, l'intégralité des données ont permis de repousser ce risque ».

L'ARS table sur 10 000 primo-injections la semaine du 15 février

Pourtant, pour les villes concernées, les reports de rendez-vous sont une réalité. « Pour nous, ce sont 500 rendez-vous de seconde injection qui ont du être décalés », déplore Jacques Kossowski, maire (LR) de Courbevoie (Hauts-de-Seine), qui ne comprend pas pourquoi « l'ARS n'a pas écouté les maires et privilégié les deuxièmes doses pour sécuriser la vaccination ».

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D'autres craignent d'avoir la réponse à cette épineuse question. « Avec cette quatrième semaine de primo-injections, on fait du chiffre, ce que cherche le gouvernement pour justifier l'accélération de la campagne de vaccination, au risque de mettre en péril les secondes injections », souffle un élu des Hauts-de-Seine.

L'agence régionale assure pourtant que « 66 000 deuxièmes injections et autour de 10 000 premières injections seront assurés la semaine du 15 février dans les centres ambulatoires » franciliens, au nombre de 116.

A Paris, «on fait le maximum pour qu'aucun rendez-vous déjà pris ne soit annulé»

« Reste à savoir combien de doses seront attribuées au département des Hauts-de-Seine, qui est nettement moins bien doté que Paris », s'agace un élu, mettant en parallèle les 5 500 doses hebdomadaires fournies aux centres du département - pour 122 646 habitants de plus de 75 ans - aux 10 000 doses hebdomadaires pour Paris, qui compte 162 912 personnes de plus de 75 ans.

Justement, pour la semaine du 8 février, Paris recevra seulement 7 000 doses. Pour les suivantes, « c'est l'inconnu », souffle-t-on à l'hôtel de ville. « A la demande de l'ARS, depuis la fin de semaine dernière, on ne donne plus de nouveau rendez-vous pour une première injection, détaille-t-on à la Ville de Paris. Mais on fait le maximum pour qu'aucun rendez-vous déjà pris ne soit annulé. Et notre priorité, c'est de sécuriser la seconde injection. »

« On pense y arriver en reportant d'une semaine les rendez-vous qui avaient été donnés 21 jours plus tard, reprend-on à la Ville de Paris. Cela représente plusieurs centaines de rendez-vous, prévus la semaine du 8, qui sont reportés à la semaine du 15. C'est très inconfortable. »

Situation contrastée en Seine-Saint-Denis

En Seine-Saint-Denis, certaines villes sont aussi contraintes de jongler avec les rendez-vous. « Depuis le 18 janvier, on a modifié 1 200 rendez-vous, c'est complètement fou », déplore le maire (DVD) de Neuilly-sur-Marne, Zartoshte Bakhtiar. La ville avait déjà dû repousser les deuxième injections prévues la semaine du 8 au 15 février.

Mais vendredi l'ARS a aussi demandé de « libérer un maximum de places pour la semaine du 8 au 15 février », le nombre de vaccins disponibles étant connu au dernier moment. « Mais on ne sait pas combien exactement, explique l'élu. Nous avons annulé 170 rendez-vous et on gère une liste d'attente parallèle en se préparant à appeler les gens du jour pour le lendemain. L'ARS vante la gestion de notre centre mais le back-office est en surchauffe. »

A Saint-Denis, au contraire, la municipalité (PS) assure avoir pu éviter, jusqu'ici, des reports. « On a été très prudent dès le début de la campagne de vaccination en évitant de miser sur une montée en charge car nous n'avions aucune certitude, explique Katy Bontinck, première adjointe en charge de la santé. On a toujours gardé le même nombre de doses (NDLR : 488, précisément, cette semaine). »

Dès les premières injections, des créneaux ont été automatiquement réservés pour la deuxième dose, « à J + 28 », précise l'élue. En attendant les livraisons de vaccins Moderna et AstraZeneca, la ville ne compte pas accélérer le rythme « avant la semaine du 22 février. »