Sur le Vendée Globe comme au quotidien, ce coach de Boulogne enseigne la maîtrise du souffle

Edouard Stacke a entraîné Stéphane Le Diraison, le skipper de Boulogne-Billancourt, avant son départ pour le Vendée Globe. Ses conseils de respirologue s’appliquent aussi bien aux sportifs de haut niveau qu’aux enfants ou personnes sédentaires.

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 Boulogne-Billancourt, vendredi 29 janvier 2021. Edouard Stacke est psychosociologue, consultant et coach, président de l’association de promotion de la réspirologie et de l’éducation à la santé (A.P.R.E.S).
Boulogne-Billancourt, vendredi 29 janvier 2021. Edouard Stacke est psychosociologue, consultant et coach, président de l’association de promotion de la réspirologie et de l’éducation à la santé (A.P.R.E.S). LP/Marjorie Lenhardt

Prenez un maximum d'air et rugissez à pleines dents ! Inspirez puis expirez lentement… Chantez à tue-tête ! Et si, en ces temps de morosité ambiante, vous vous accordiez, ne serait-ce que quelques minutes par jour, un petit temps de détente rien que pour vous pour faire le plein de sérénité et de vitalité ?

À bord de son bateau « Le Flegmatique » amarré sur le quai le Gallo à Boulogne-Billancourt, Edouard Stacke déborde de bons conseils pour retrouver un peu de positivité alors que plane la menace d'un troisième confinement et que le moral des Français est au plus bas.

L'homme de 75 ans à la chevelure argenté est respirologue. Il a fait du souffle son cœur de métier. Après avoir été pêle-mêle, kinésithérapeute, psychothérapeute, professeur de yoga, il est devenu coach en entreprises et a formé des managers dans une trentaine de pays à travers le monde.

Depuis 2016, Edouard Stacke entraîne aussi régulièrement le skipper boulonnais Stéphane Le Diraison avant qu'il ne se lance dans l'immense périple du Vendée Globe. Le navigateur est sur la route du retour vers Les Sables-d'Olonne et vient de dépasser le tropique du Cancer. Un parcours déjà plus réussi qu'il y a quatre ans, où il avait dû abandonner la course à mi-parcours, et qui doit beaucoup aux vents mais aussi un peu à la maîtrise de son propre souffle.

«Chanter à pleine voix, c'est une bonne façon de se vider la tête»

La méthode d'Edouard Stacke, conçue avec son épouse Agnès, s'appelle Vital'Respir. Elle consiste à la fois à retrouver le calme, la conscience globale de son corps, la stimulation de réflexes archaïques puis la mobilisation de la puissance du souffle pour favoriser ses capacités expressives.

Prendre quelques minutes pour respirer profondément, faire un petit son « mmmm » et ouvrir son diaphragme, « se défatiguer ». « La réponse physiologique est immédiate, faites le test en faisant cinq respirations quelques minutes », conseille-t-il. Chanter très fort en exagérant l'articulation. « Dans votre voiture, dans un embouteillage par exemple, chanter à pleine voix pendant 10 - 15 minutes n'importe quoi, on devient euphorique, c'est une bonne façon de se vider la tête », poursuit-il.

À l'inverse, le coach conseille aussi de chanter très lentement, une berceuse par exemple, un mot sur une respiration. « Psychiquement, il faut se calmer, il y a un sentiment d'urgence chez tout le monde, mais l'urgence n'est que dans la tête ». Une fois défatigué, on peut stimuler son énergie en s'étirant quelques minutes, faire du sport, monter les escaliers quatre à quatre… « Il faut continuer à stimuler son énergie pour ne pas subir mais au contraire combattre ».

Stéphane Le Diraison pousse des cris pour « réveiller le cerveau reptilien »

Avant son départ en mer, Stéphane Le Diraison a suivi plusieurs séances avec le coach pour apprendre à se défatiguer alors que les heures de sommeil sont rares et courtes sur son bateau à voile mais aussi pour apprendre à relâcher la pression.

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Alors que le skipper venait de passer le Cap Horn, il s'était confié lors d'une liaison en direct organisée par la ville : « il y a le cri et des rituels que j'ai appris, presque comme des hakas quand je réussis des manœuvres, je fais presque des sons guerriers, je me mets dans un esprit agressif et combatif, je pratique des exercices énergisants qui réveillent le cerveau reptilien quand la vie à bord devient animale, avec des conditions terribles de froid. »

A bord de son bateau, le skipper Stéphane Le Diraison applique les techniques de respiration d’Edouard Stacke. Alexis Courcoux.
A bord de son bateau, le skipper Stéphane Le Diraison applique les techniques de respiration d’Edouard Stacke. Alexis Courcoux.  

En pleine tempête, le marin pratique la relaxation profonde. « C'était vraiment bien quand j'étais à bout de nerfs ». Et pour s'oxygéner à plein poumon, il chante très fort : « Ça fait beaucoup de bien, il y a plein de petites techniques que j'ai apprises et mises à bout à bout, c'est très efficace », poursuit le sportif.

« La respiration, c'est tellement simple qu'on peut l'expliquer à des enfants de 6 ans »

Sensibilisé à l'éducation à la santé depuis son adolescence comme masseur déjà de ses grands frères sportifs de haut niveau, Edouard Stacke milite pour le développement de l'éducation à la santé. « En France, on est plus dans le cure (guérison) mais pas le care (prendre soin), en Chine à l'inverse, ils cultivent l'art de vieillir en bonne santé. Vous trouvez que j'ai l'air d'avoir 75 ans ? » interroge-il rieur, respirant la bonne santé.

Il est clair qu'on ne respire pas de la même façon à bord d'une péniche près du parc de Saint-Cloud qu'au milieu de tours de béton, mais essayer de renouer avec son souffle, au moins quelques minutes par jour, ne peut pas faire de mal. « La respiration est gratuite », sourit-il.