Stationnement dans les Hauts-de-Seine: «si on veut éviter la prune, faut rester vigilant»

Solidaires de leurs administrés, plusieurs villes des Hauts-de-Seine ont renoncé aux recettes du stationnement payant pendant le confinement. D’autres non, comme Suresnes, qui assume son choix.

 Suresnes, ce mardi. Les automobilistes en infraction sont verbalisés par une agent de la société Moovia. En passant au stationnement gratuit, la ville redoutait, entre autres, un déport de véhicules des villes voisines. Conséquence : le stationnement restera payant pendant la durée du confinement.
Suresnes, ce mardi. Les automobilistes en infraction sont verbalisés par une agent de la société Moovia. En passant au stationnement gratuit, la ville redoutait, entre autres, un déport de véhicules des villes voisines. Conséquence : le stationnement restera payant pendant la durée du confinement. LP/D.L.

Payant ici, gratuit là-bas. À l'aube du reconfinement, plusieurs municipalités des Hauts-de-Seine ont décidé d'adapter leur politique tarifaire en matière de stationnement. À l'image de Levallois ou Issy-les-Moulineaux, une partie des villes ont opté pour la gratuité. Mais une partie seulement. Pour certaines, comme à Bagneux, Suresnes ou Colombes, visiteurs et résidents devront s'acquitter des tarifs habituels pour garer leurs véhicules.

Alors pour s'y retrouver, Gérald a noirci son planning d'intervention d'une nuée de petites croix de couleurs : verte pour les villes gratuites, rouge pour celle où il doit dégainer son porte-monnaie. Une sorte de pense-bête pour rappeler à ce technicien de bien mettre une pièce dans l'horodateur quand, au gré de ses réparations de photocopieurs, il sera amené à stationner son utilitaire dans des rues des villes où le stationnement est resté payant. Comme à Suresnes, où il est amené à intervenir ce mardi matin.

« Si on veut éviter la prune, faut rester vigilant, grogne, sous son masque, le solide gaillard, en grimpant dans sa camionnette. Parce que là où c'est resté payant, je peux vous dire que les pervenches, elles, ne sont pas au chômage partiel… » Comme pour appuyer son propos, l'homme désigne, d'un coup de menton, une agent chargée du contrôle de stationnement, machine à PV en bandoulière. « Voyez vous-même, dans certaines villes, peu importe le contexte, la trêve n'existe pas… »

Une recette de 10 000 € par jour

Ce choix, la ville de Suresnes l'assume. Elle le justifie par le fait que les allées et venues entre le domicile et le travail sont autorisées en journée, que les écoles, les collèges et les lycées restent ouverts ou encore que 88 % des Suresnois disposent d'un abonnement mensuel à 12 €. Enfin, la ville assure vouloir concentrer ses efforts sur « le soutien aux habitants, aux commerçants et aux acteurs de la vie locale » et dit par conséquent ne pas pouvoir se priver des « 10 000 € par jour » que représente le stationnement payant.

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« Et puis, si on passe tout en gratuit, certaines voitures vont rester stationnées en plein centre-ville plusieurs jours, voire plusieurs semaines sans jamais bouger, observe Florian, tout heureux de pouvoir garer son SUV Toyota à deux pas de la rue du Général-Leclerc. Maintenir le stationnement payant, c'est assurer un turn-over indispensable en zone de tension. Y compris en période de confinement. »

« Ça ne me choque pas de demander aux automobilistes de payer, appuie Jeremy. Je remarque juste que lors du premier confinement, le stationnement était devenu gratuit à Suresnes. Mais depuis, les élections sont passées… »

« Si je devais payer, ça me coûterait une fortune »

Autre ville, autre ambiance. À Asnières, la question du stationnement ne fait pas débat parmi les habitants. Dans les rues, la décision du maire (LR) Manuel Aeschlimann et de sa majorité de rendre le stationnement gratuit pendant la période de confinement est saluée par tous.

« Vu le contexte, c'est bien de prendre en compte les difficultés de chacun, estime Mehdi qui télétravaille depuis son appartement de la rue Robert-Aylé. Ma voiture ne bouge pas de toute la journée et si je devais payer, ça me coûterait une fortune. »

Même constat pour Nassira, mise au chômage partiel par son employeur basé dans le parc d'activités situé à deux pas l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle. Depuis, sa vieille Renault Clio reste à quai. « Heureusement que je ne dois pas la surveiller toute la journée pour éviter l'amende, souffle-t-elle. Avec le virus, le confinement, les attentats, le climat est pesant et les bonnes nouvelles plutôt rares. Alors le stationnement gratuit, on prend… »