Quais de Seine interdits à la circulation : pourquoi pas plus souvent ?

Ce dimanche avait lieu l’opération Quais libres d’Asnières à Courbevoie et Puteaux. Les familles en redemandent. Les candidats aux municipales en promettaient davantage mais les projets patinent.

 Courbevoie, dimanche 20 septembre 2020. Opération Quais libres toute la journée sur trois communes, Puteaux, Courbevoie et Asnières et 6 km le long de la Seine, sur la D 7 interdite aux véhicules à moteur.
Courbevoie, dimanche 20 septembre 2020. Opération Quais libres toute la journée sur trois communes, Puteaux, Courbevoie et Asnières et 6 km le long de la Seine, sur la D 7 interdite aux véhicules à moteur. LP/Florence Hubin

Un ruban de bitume de deux fois deux voies sur six kilomètres, en bord de Seine, sous le soleil, au pied des tours de La Défense. Malgré les poneys et les bambins en tricycle faisant parfois irruption sur la chaussée, la Départementale 7 est devenue, ce dimanche, une piste cyclable de rêve pour les familles des communes riveraines.

Une fois par an depuis septembre 1999, les quais de Seine sont interdits à la circulation. Avec une interruption en 2016 et 2017, après plusieurs attentats au camion-bélier. Depuis, des barrières en béton anti-voiture bélier sont installées à chaque intersection.

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En ce dimanche estival, les habitants des communes participantes (Asnières, Courbevoie, Puteaux) sont ravis. « Nous habitons Puteaux et avons de la famille à Asnières, dans le quartier de Bécon », confient Alix et Samba, un jeune couple dont la fillette de 2 ans et demi a abandonné le vélo pour trouver refuge sur les épaules de son père. « D'ordinaire on aurait pris la voiture. Aujourd'hui on va mettre plus d'une heure à pied mais on est presque arrivés. Ce serait bien de renouveler l'opération au moins une fois l'été et au printemps. »

C'est aussi l'avis de Sandra, une cycliste de Courbevoie. « Quand on habite en ville, avoir cet espace, c'est vraiment sympa », assure celle qui a adopté le vélo depuis la fin du confinement pour éviter de se rendre au travail, à Colombes, en bus. « Il faudrait faire ça au moins trois fois par an, au printemps, en été et à l'automne. »

Une organisation coûteuse

L'opération est si populaire que certains candidats aux municipales en avaient fait un thème de campagne, notamment les candidats LREM Aurélie Taquillain à Courbevoie, et Alexandre Brugère à Asnières. Ce dernier avait réclamé au conseil départemental des quais de Seine piétons une fois par mois. Mais sur les trois villes concernées par Quais libres, les trois maires républicains réélus, Joëlle Ceccaldi-Raynaud à Puteaux, Jacques Kossowski à Courbevoie, Manuel Aeschlimann à Asnières, ne s'étaient pas engagés à renouveler l'opération plusieurs fois par an.

L'une des raisons de leur frilosité est le coût de l'événement. « Le faire une fois par mois, c'est trop cher, justifie Marie-Pierre Limoge (UDI), première adjointe au maire de Courbevoie. Il faut notamment indemniser la station-service (NDLR : qui évidemment ne travaille pas sans les voitures et scooters). Cela ne peut se faire que ponctuellement. » « Pour la seule ville d'Asnières, Quais libres représente un budget de 50 000 €, dont 29 000 € de barrières antibélier en béton et anti-intrusion », indique Marie-Do Aeschlimann (LR), adjointe au maire d'Asnières déléguée à l'enfance et à l'éducation.

Des expérimentations plus modestes

L'opération mobilise également de nombreuses équipes de la Croix-Rouge et des dizaines d'agents municipaux pendant un dimanche complet. Sans compter les animations, même si certaines ont été annulées cette année en raison des contraintes sanitaires. « L'édition a été orientée uniquement sur la mobilité », précise Marie-Do Aeschlimann. Qui n'écarte pas l'idée de renouveler Quais libres à une autre période de l'année, si les villes limitrophes sont d'accord.

Les élus en place visent des expérimentations plus modestes. À Courbevoie, Marie-Pierre Limoge annonce la fermeture à la circulation d'une courte rue du quartier de la gare de Bécon, l'avenue de la Liberté. « C'est un projet du budget participatif et un engagement de la municipalité. On y travaille avec les commerçants », affirme la première adjointe sans donner de date. Les cyclistes de l'association Mieux se déplacer à bicyclette (MDB) en réclament davantage et veulent la piétonnisation de la rue de Bezons, entre le centre-ville et la gare de Courbevoie. « La mairie met du temps à agir », regrette un adhérent de l'antenne locale MDB.

À Asnières, la piétonnisation de la rue de la Station a été testée cet été. « Elle a bien fonctionné. Cependant à cause des contraintes sanitaires, on n'a pas pu faire de concert et cela n'a pas eu l'attrait espéré, regrette Marie-Do Aeschlimann. Mais on a des projets de zones semi-piétonnes autour des gares d'Asnières et de Bécon. »

De la place pour les terrasses

À Puteaux, une rue a également été fermée à la circulation cet été, indique la mairie. « La rue Monge, c'est surtout pour faire une terrasse de restaurant », commente la représentante de MDB de Puteaux, qui se plaint d'avoir fait plusieurs visites de terrain avec la ville sans résultat probant.

C'est également pour faire de la place aux restaurateurs que, sur l'autre rive de la Seine, la municipalité de Neuilly a interdit à la circulation une portion de la rue de Longchamp. « Cela a eu un tel succès que la piétonnisation va être prolongée au-delà du 20 septembre », date initiale de la fin de l'opération, indique la mairie. Et elle sera probablement renouvelée l'année prochaine.

Dans la ville voisine de Levallois, la nouvelle équipe municipale réfléchit à un dimanche sans voitures aux abords du marché, quand celui-ci rouvrira en fin d'année.