Protection de l’enfance dans les Hauts-de-Seine : un rapport épingle les séjours longs en hôtel

Le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales, commandé après le meurtre d’un adolescent de 17 ans dans un hôtel social de Suresnes, juge « médiocres » des conditions d’hébergement des enfants placés.

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 Colombes, 27 mars 2020. A l’instar de Mohamed, un quart des enfants confiés à la protection de l’enfance dans les Hauts-de-Seine sont hébergés en hôtel.
Colombes, 27 mars 2020. A l’instar de Mohamed, un quart des enfants confiés à la protection de l’enfance dans les Hauts-de-Seine sont hébergés en hôtel. DR

Un quart des enfants placés auprès de l'aide sociale à l'enfance (ASE) dans les Hauts-de-Seine sont hébergés à l'hôtel. Voilà ce qui ressort du rapport l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) publié lundi. Ses auteurs jugent notamment les conditions d'hébergement de ces adolescents « médiocres » et leur suivi « défaillant ». Le rapport avait été commandé par le secrétaire d'État à la Protection de l'enfance Adrien Taquet, après le meurtre d'un jeune confié à l'ASE dans un hôtel social de Suresnes en décembre 2019.

Selon l'Igas, plus de 600 jeunes confiés à l'ASE sont accueillis, de manière durable, dans des hôtels des Hauts-de-Seine. À la date du 27 février dernier, les deux tiers de ces adolescents placés y séjournaient depuis plus de quatre mois alors que 27 % y étaient hébergés depuis plus d'un an. Des délais jugés trop longs par la mission, qui demande au département des Hauts-de-Seine de mettre fin à ces hébergements durables en hôtels et de privilégier des solutions alternatives.

Les auteurs du rapport proposent ainsi de développer les capacités d'accueil dans le cadre de l'appel à projets interdépartemental lancé en 2019, afin de moins user de la solution hôtelière. Il conseille aussi d'engager une réflexion partagée entre le département, l'agence régionale de santé (ARS) et le ministère de la Justice « afin d'élargir la palette des réponses possibles pour les jeunes « sans solution » accueillis en établissements hôteliers ».

« Le nombre de postes vacants de travailleurs sociaux est devenu critique »

À dire vrai, ces critiques ne sont pas nouvelles. Souvent, par le passé, le manque d'éducateurs et de places d'accueil dans les structures d'hébergement adaptées dans les Hauts-de-Seine a été pointé du doigt, comme lors des manifestations relatives à la restructuration des services sociaux. Une restructuration dont les conséquences - 30 % des professionnels de l'ASE ont quitté le département en 18 mois - sont jugées « problématiques » par l'Igas.

« Le nombre de postes vacants de travailleurs sociaux est devenu critique dans les services territoriaux, et le rythme actuel des recrutements ne permet pas d'anticiper un redressement de la situation, pointe le rapport. Il importe que l'exécutif départemental se saisisse de la question de l'attractivité de la collectivité. »

Sur ce point, les travailleurs sociaux se désolent, eux aussi, de la réorganisation engagée. « La vérité, c'est que beaucoup sont à en grande souffrance, tous proches du burn-out, confie une ex-agent de l'ASE du 92 partie sous d'autres horizons. Ils se démènent sans qu'on leur donne pour autant les moyens de leurs actions. S'il le souhaitait, pourtant, le département des Hauts-de-Seine aura largement les moyens financiers d'assurer correctement ses missions de protection de l'enfance. »

« Nous y consacrons 160 millions d'euros par an »

De son côté justement, le département assure ne pas négliger l'aide sociale à l'enfance. « Nous y consacrons 160 millions d'euros par an dont 30 millions dédiés à la seule prise en charge d'environ 1 300 mineurs non accompagnés, rappelle ainsi Marie-Laure Godin, vice-présidente (LR) du conseil départemental en charge des affaires sociales, des solidarités et de l'insertion. Pour mémoire, ces mêmes mineurs non accompagnés n'étaient que 300 il y a cinq ans et le budget qui leur était réservé ne s'élevait qu'à 6,5 millions d'euros. Mais on a dû faire face, ces dernières années, à un afflux important de ces populations. »

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Au conseil départemental, on relève aussi que « cette mission d'accompagnement des mineurs non accompagnés s'ouvre de plus en plus à d'autres profils qui relèvent davantage du champ pénal. Les services d'accueil en établissements classiques refusent de plus en plus d'accueillir ces jeunes, violents et délinquants récidivistes, ne laissant pas d'autres possibilités au département que d'assurer des hébergements en hôtels. »

Concernant l'hébergement, justement, l'exécutif dit multiplier, dans le cadre d'appels à projets, les partenariats avec des associations comme les Apprentis d'Auteuil ou SOS village d'enfants. Le département affirme ainsi avoir ouvert plus de 400 places d'accueil depuis 2018.

Enfin, selon Marie-Laure Godin, « 90 % des jeunes qui sont à l'hôtel depuis plus d'un an sont de jeunes majeurs et non des mineurs ». A Suresnes, pourtant, lors du meurtre survenu en décembre 2019, la victime n'avait pas atteint sa majorité. Pas plus que son meurtrier présumé, alors âgé de 15 ans.