Pourquoi les maires des Hauts-de-Seine veulent (presque) tous siéger au département

C’est un des derniers cumuls de mandats possible : maire et conseiller départemental. Dans les Hauts-de-Seine, treize maires, ou anciens maires, le sont déjà, et d’autres espèrent bientôt les rejoindre.

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 A l’instar de Pierre-Christophe Baguet, maire (LR) de Boulogne-Billancourt, de nombreux édiles siègent aussi au conseil départemental des Hauts-de-Seine.
A l’instar de Pierre-Christophe Baguet, maire (LR) de Boulogne-Billancourt, de nombreux édiles siègent aussi au conseil départemental des Hauts-de-Seine. LP/Olivier Boitet

Rien ne dit qu'elles auront bien lieu en juin, dans le contexte sanitaire actuel. Mais dans le doute — et puisque les règles d'une campagne électorale s'imposent dans les six mois précédant le scrutin — les maires des Hauts-de-Seine ne cachent plus leurs ambitions pour les élections départementales.

Outre les sortants — ils sont treize, dont la plupart seront candidats — d'autres édiles sont déjà sur la ligne de départ. Il y a ceux qui avaient quitté le conseil départemental avant 2015 et ceux qui viennent tout juste d'être élus à l'occasion des dernières municipales.

Pourquoi les maires des Hauts-de-Seine veulent (presque) tous siéger au département

L'appétit des maires pour le mandat de conseiller départemental n'a donc jamais été aussi fort. Il faut dire qu'avec celui de conseiller régional, c'est le seul mandat qu'ils peuvent encore cumuler. « C'est le mandat le plus complémentaire car le département et les villes travaillent en parfaite harmonie », estime surtout Georges Siffredi, le président (LR) du département.

L'ancien maire de Châtenay-Malabry sait de quoi il parle, même s'il a dû abandonner l'hôtel de ville dans la foulée de son élection à la tête du département après le décès de Patrick Devedjian, car seul le président de la collectivité ne peut cumuler avec la fonction de maire.

En attendant l'officialisation des dates et la composition précise des 23 binômes paritaires qui se présenteront dans chaque canton des Hauts-de-Seine, tour d'horizon des candidatures.

Le département leur manque, ils y retournent

Jean-Christophe Fromantin (DVD) n'en fait guère un secret : il sera bien candidat aux départementales sur le canton de Neuilly, dont il est maire depuis 2008. Il avait déjà siégé à Nanterre entre 2011 et 2012, avant de quitter l'assemblée départementale pour l'Assemblée nationale.

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Jusqu'à ce que la loi sur le non-cumul des mandats interdise la double fonction de député-maire en 2017. « Beaucoup de mes collègues maires siègent au département, il y a une vraie cohérence, estime Jean-Christophe Fromantin. C'est un lieu de pouvoir politique et stratégique. Pour Neuilly, qui est la porte d'entrée depuis Paris vers La Défense, il y a de nombreux enjeux en termes d'aménagement du territoire. »

Jean-Christophe Fromantin fera campagne avec Alexandra Fourcade. LP/Philippe de Poulpiquet
Jean-Christophe Fromantin fera campagne avec Alexandra Fourcade. LP/Philippe de Poulpiquet  

Et il entend comme ses homologues aller chercher des financements au département. « Pour autant, le département n'est pas une banque et il faut s'inscrire dans un projet commun », précise-t-il. Jean-Christophe Fromantin fera campagne avec son adjointe et conseillère départementale sortante (DVD) Alexandra Fourcade.

Le maire (PCF) de Gennevilliers, Patrice Leclerc, a également décidé de rempiler aux départementales, lui qui a déjà été conseiller départemental entre 2001 et 2015. « C'était l'époque Pasqua et Sarkozy, j'en ai de très bons souvenirs », souligne l'élu, qui siégeait évidemment dans l'opposition.

Patrice Leclerc a déjà été conseiller départemental 15 ans, jusqu’en 2015. LP/Olivier Bureau
Patrice Leclerc a déjà été conseiller départemental 15 ans, jusqu’en 2015. LP/Olivier Bureau  

« Malgré les désaccords politiques, le département est un lieu qui reconnaît à chaque élu sa légitimité sur son territoire », rappelle le maire de Gennevilliers, qui entend « aller défendre avec force les milieux populaires ».

« Il pleut toujours là où c'est mouillé et il serait bien que le nord du département bénéfice lui aussi des aides de la collectivité », poursuit Patrice Leclerc. Qui devrait donc prendre le relais de Gabriel Massou (PCF), sortant et non candidat.

Nouveaux maires, ils tentent le doublé pour la première fois

Les élections municipales, dont le deuxième tour s'est déroulé en juin dernier, ont fait émerger de nouveaux maires, aujourd'hui tentés d'aller rejoindre leurs homologues à Nanterre. C'est notamment le cas d' Agnès Pottier-Dumas, maire (LR) de Levallois-Perret, qui va tenter de reprendre le canton-ville à l'opposition locale.

Agnès Pottier-Dumas entend, comme tous les maires, défendre les intérêts de sa ville. LP/Aurélie Ladet
Agnès Pottier-Dumas entend, comme tous les maires, défendre les intérêts de sa ville. LP/Aurélie Ladet  

Jusqu'à présent, la ville faisait figure d'exception avec un binôme de conseillers départementaux (DVD) — Arnaud de Courson et Frédérique Collet —, qui siégeaient dans la majorité au département mais dans l'opposition municipale. « Force est de constater que cela ne fonctionne pas et que la ville a été pénalisée avec très peu de soutien du département sur le dernier mandat », estime Agnès Pottier-Dumas. « En cette période de crise, les villes ont plus que jamais besoin du soutien du département et c'est avec un dialogue direct que l'on peut être le plus efficace pour les habitants », ajoute l'édile.

Dans le sud du département, Etienne Lengereau, maire (UDI) de Montrouge depuis 2016 mais élu pour la première fois par les habitants en juin dernier, est lui aussi candidat. « Le premier partenaire de la ville est le département, peu de sujets lui échappent », justifie-t-il.

Etienne Lengereau sera candidat dans une configuration plus complexe que d'autres maires, puisque le canton est aussi composé de la ville de Malakoff et que les dernières élections départementales y ont vu la victoire d'un binôme de gauche : Catherine Picard et Joaquim Timoteo (PS).

Ils ne sont pas intéressés

Tous les maires ne sont évidemment pas candidats aux départementales, notamment parce qu'il n'y a « que » 23 cantons pour 36 villes. Certains préfèrent les régionales comme Philippe Laurent, maire (UDI) de Sceaux, et Bernard Gauducheau, maire (UDI) de Vanves. D'autres ont des fonctions incompatibles, comme Patrick Ollier, maire (LR) de Rueil-Malmaison et président de la Métropole du Grand Paris (MGP).

Dans la catégorie nouveau maire mais pas forcément candidat à autre chose, figure Guillaume Boudy (LR), élu à Suresnes en juin dernier. Le successeur de Christian Dupuy, encore pour quelques mois vice-président (LR) du département des Hauts-de-Seine, ne suivra pas forcément la même voie.

« Bien sûr, c'est important pour la ville mais il faut aussi que cela s'inscrive dans un projet personnel, et le mien c'est avant tout d'être maire », explique Guillaume Boudy, qui est également depuis 2018 secrétaire général pour l'investissement, sous l'autorité du Premier ministre.

Patrick Chaimovitch est par principe opposé au cumul des mandats. LP/O.B.
Patrick Chaimovitch est par principe opposé au cumul des mandats. LP/O.B.  

Egalement nouveau maire, Patrick Chaimovitch (EELV), qui a fait basculer Colombes face à la maire sortante et conseillère départementale Nicole Goueta (LR), a lui d'ores et déjà répondu par un « non » ferme et définitif mettant en avant « son opposition au cumul des mandats ».

Enfin, tout au sud du département, Jean-Yves Sénant (LR), maire d'Antony depuis 2003, ne semble pas avoir l'ambition de rejoindre ses homologues au département. Jusqu'à présent, la question ne se posait pas puisque le canton était celui de Patrick Devedjian, lui-même maire d'Antony entre 1983 et 2002, conseiller départemental à partir de 2004 et président du département à compter de 2007.

« Il y a des sortants, même si Jacques Legrand (NDLR : le suppléant de Patrick Devedjian) ne siège que depuis quelques mois et je n'ai pas l'intention de prendre tous les pouvoirs », justifie Jean-Yves Sénant.