«On va tous devenir fous» : au Petit-Nanterre, le chantier tape sur les nerfs des locataires

En plein confinement, les travaux menés dans le parking souterrain, racheté par l’enseigne Aldi, d’un immeuble HLM mettent les locataires au supplice. Ces derniers réclament un aménagement horaire du chantier.

 Nanterre (Hauts-de-Seine). Excédés par le bruit du chantier, les locataires (ici, Hiba et Belkacem) ont adressé deux pétitions au bailleur Logirep.
Nanterre (Hauts-de-Seine). Excédés par le bruit du chantier, les locataires (ici, Hiba et Belkacem) ont adressé deux pétitions au bailleur Logirep. LP/David Livois

IN-SUP-POR-TA-BLE. Le mot s'invite, depuis trois semaines, dans toutes les phrases que prononce Belkacem. La raison de ce soudain tic de langage? Le vacarme des marteaux-piqueurs, qui pourrit le quotidien de ce locataire confiné dans sa résidence de la place des Muguets, au cœur du quartier du Petit-Nanterre (Hauts-de-Seine).

« Il faut que ce bruit s'arrête », implore ce comptable de profession dont l'appartement, en cette période de confinement, fait aussi office de bureau. « Ça commence dès 8 h 30 le matin et ça dure non-stop jusqu'à 16 h 30. A ce rythme-là, on va tous devenir fous… »

En cause : le chantier qui vise à rénover de fond en comble le parking souterrain de l'immeuble. Un parking où une vingtaine d'ouvriers s'activent depuis son rachat par l'enseigne de distribution allemande Aldi. Son ouverture est imminente.

« C'est très bien qu'il y ait une nouvelle offre de commerce dans le quartier, souffle Belkacem, les traits tirés. Mais on ne peut pas nous faire payer un tel prix. Je suis censé être en télétravail mais la vérité, c'est que je ne peux rien faire. Il m'arrive de remplir dix attestations en une seule journée pour échapper au bruit. Et au-delà de mon cas, il y a dans l'immeuble des familles avec des nouveau-nés, des gens malades. »

Réfugiée dans les parties communes

Sur le même palier en effet, Hiba, épileptique, assure éprouver toutes les peines du monde à s'accorder le repos dont elle a pourtant besoin. « En journée, c'est impossible », regrette-t-elle. Une pause pour laisser passer une longue salve de marteaux-piqueurs et la jeune femme reprend : « On a demandé un aménagement horaire. On espérait une demi-journée de travaux mais tout ce qu'on a obtenu, c'est un petit décalage d'une demi-heure. »

Initialement programmés de 8 h 30 à 16 h 30, les travaux ont désormais lieu de 9 heures à 17 heures. Une demi-heure qui ne signifie pas grand-chose pour ces locataires désemparés. A l'image de cette mère de famille, nourrisson dans les bras, assise dans la cage d'escalier. Geste à l'appui, elle explique préférer l'inconfort des parties communes où le bruit se révèle plus supportable plutôt que rester dans son appartement. « Chez moi, c'est invivable, le bébé ne dort pas », résume-t-elle, désolée.

Deux pétitions ont déjà été adressées au bailleur, Logirep, afin qu'une solution soit trouvée. En attendant, c'est vers le bureau du gardien, au rez-de-chaussée de l'immeuble, que convergent les plaintes des locataires. « C'est devenu le bureau des pleurs », grince ce dernier, avouant au passage ne pas pouvoir faire grand-chose.

L'ancienne supérette était fermée depuis trois ans

Contacté, le bailleur, qui a investi près d'un million d'euros dans la rénovation du parking et la reprise de la dalle, reconnaît lui aussi son impuissance. « On a conscience de la situation et des nuisances importantes engendrées par ce chantier mais nous avons très peu de marge de manœuvre. Il faut encore un peu de patience. Si tout se passe comme prévu, tout devrait être terminé au début du mois de décembre. »

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La ville de Nanterre, qui s'est battue pour l'arrivée de l'enseigne allemande au Petit-Nanterre, insiste de son côté sur les bienfaits de l'implantation d'un tel commerce dans le quartier. « Cela fait maintenant trois ans qu'il n'y a plus de supérette au Petit-Nanterre et l'arrivée de ce commerce figurait parmi les engagements de campagne », rappelle l'entourage du maire (DVG), Patrick Jarry.

Les locataires de la résidence de la place des Muguets, eux, ne voient pas si loin. Ils redoutent juste que les travaux s'étirent bien au-delà de la semaine prochaine.