«On sera encore plus précaires» : à Meudon, des animateurs luttent pour ne pas être confiés au privé

Les personnels du périscolaire ont manifesté ce lundi contre le projet d’externalisation de leur service. Le maire de cette ville des Hauts-de-Seine a reçu une délégation et assure être ouvert à la discussion.

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 Meudon, ce lundi. Plus d’une centaine de personnels du service périscolaire communal se sont regroupés devant la mairie, soutenus par des parents.
Meudon, ce lundi. Plus d’une centaine de personnels du service périscolaire communal se sont regroupés devant la mairie, soutenus par des parents. LP/O.B.

Les professionnels de l'animation ont donné de la voix, ce lundi matin à Meudon (Hauts-de-Seine). Plus d'une centaine de personnels du service périscolaire de la ville se sont regroupés devant la mairie. Des parents d'élèves, très remontés, sont venus leur prêter main-forte. Tous manifestaient leur hostilité au projet d'externalisation du service d'animation, qui ferait de Meudon un cas unique dans les Hauts-de-Seine. « On veut nous confier au privé », résume un animateur.

« On a appris leur projet il y a trois semaines », gronde une mère. Le service de gestion des temps périscolaire et extrascolaire, principalement le service animation, compte 150 agents à Meudon. « Mais 90 % sont des précaires, des CDD, des vacataires, précise Guillaume Bac, représentant CFDT des agents communaux. Depuis des années, nous demandons la régularisation et là, on nous parle d'externalisation… »

Les familles «pas associées aux discussions»

Le projet porté par la majorité municipale est de confier, dès septembre, l'organisation des activités périscolaires à un prestataire privé. « Nous n'avons pas été associés aux discussions et on ne comprend pas ce choix », commente Stéphane, un père venu manifester avec ses enfants.

Après avoir fait le tour de l'hôtel de ville, la petite foule se masse devant l'entrée. « Je travaille avec des enfants de primaire, cela représente un engagement social et humain. Si on passe au privé, tout cela sera bafoué, craint Victoria (le prénom a été changé). On va aboutir à une dégradation des conditions de travail pour nous et à une dégradation du service pour les enfants. Nous sommes un complément à l'éducation. On sera aussi encore plus précaires… »

Le lien entre l'animateur et l'enfant est au cœur des préoccupations des parents qui ont battu le pavé ce lundi. « Les animateurs sont des repères pour les petits et on a peur que cela change, soupire Gaëlle, élue FCPE. En plus, il n'y a eu aucune information, aucune consultation. C'est épuisant, cette impression d'être invisible et ce flou qui entoure l'appel d'offres. »

Un employé en CDD depuis huit ans

Face à cette colère martelée au cri d'« Animateur, c'est un métier », au déploiement de pancartes et aux prises de paroles à la sono, le maire (UDI), Denis Larghero, est finalement descendu dans l'arène. Face à lui, Raphaël se fait porte-parole du mouvement. « Je travaille depuis huit ans et je suis toujours en CDD. Si le futur prestataire décide de quitter la ville, on fera quoi? On devra le suivre? », interroge-t-il. Chacune de ses interventions est accueillie par des applaudissements. « Animateur est un métier et il est temps de le reconnaître », ajoute-t-il.

Mégaphone à la main, le maire se défend. Denis Larghero met en avant la réforme des rythmes scolaires, qui a « eu un impact fort sur la filière animation » dans une ville qui « n'a pas pu conserver tous ses animateurs » et que le problème est qu'il « n'existe aucune vraie filière animation dans la fonction publique ».

Crainte d'une dégradation des services

Quand il se dit ouvert à la discussion, les manifestants font bloc : « On stoppe le projet d'abord et on discute après ! » « On est tous abattus ici, ce que vous faites n'est pas respectueux », tacle Raphaël. Dans la foule, Louisa, 66 ans, opine du chef à chaque intervention des animateurs. « Je suis grand-mère et solidaire, lance-t-elle. La privatisation va entraîner une hausse du prix des prestations et un moins bon service… »

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Dans l'après-midi, Denis Larghero a reçu une délégation d'animateurs. L'élu se veut rassurant. « Nous en sommes au début du processus, cadre-t-il. Et, attention, il ne s'agit pas d'une privatisation pure et simple mais d'un transfert à un organisme associatif. Il y a énormément de situations différentes dans ces professions. Au sein de ces structures, les personnels auront davantage de stabilité. »

Meudon, ce lundi matin. Le maire (UDI), Denis Larghero, assure qu’il «ne s’agit pas d’une privatisation pure et simple mais d’un transfert à un organisme associatif». LP/O.B.
Meudon, ce lundi matin. Le maire (UDI), Denis Larghero, assure qu’il «ne s’agit pas d’une privatisation pure et simple mais d’un transfert à un organisme associatif». LP/O.B.  

A trois jours du conseil municipal, l'opposition s'est en toute logique emparée du dossier. « La municipalité ne veut plus gérer les gens. Asnières a tenté l'expérience en 2006 avant de remunicipaliser son service », tacle Renaud Dubois (EELV), qui reprend les griefs exposés par les manifestants.

L'externalisation pose un autre problème : « Une société privée n'a pas accès au fichier judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles et violentes (Fijais), ce qui peut être utile quand il s'agit de recruter des animateurs », ajoute l'opposant qui compte présenter un vœu hostile à l'externalisation lors du conseil de ce jeudi.