Neuilly-sur-Seine : treize ans de réclusion pour le meurtre de son bienfaiteur

Les jurés de la cour d’assises des Hauts-de-Seine ont rendu leur verdict ce jeudi soir. Ils ont retenu l’altération du discernement de Mohamed J., handicapé et souffrant de troubles de la personnalité.

 Neuilly (Hauts-de-Seine), février 2019. Le procès d’assises de l’accusé jugé pour le meurtre commis dans cet immeuble de la rue Perronet s’est clos ce jeudi soir. L’homme a été reconnu coupable.
Neuilly (Hauts-de-Seine), février 2019. Le procès d’assises de l’accusé jugé pour le meurtre commis dans cet immeuble de la rue Perronet s’est clos ce jeudi soir. L’homme a été reconnu coupable. LP/V.M.

Il veut dire quelque chose « mais ça n'arrive pas à sortir ». Juste avant que les jurés de la cour d'assises des Hauts-de-Seine se retirent pour délibérer, ce jeudi après-midi, Mohamed J. voulait parler, exprimer plus que ses « regrets » pour avoir poignardé son ami à mort. « Mais ça bloque. Ça arrive parfois, ça ne veut pas sortir. »

Après de longues et vaines secondes de silence, son avocat, M e Yann Le Bras, lui vient en aide. « Vous vous en voulez? » « Oui bien sûr, je m'en veux. » L'accusé ne parviendra qu'à se tortiller un peu plus les doigts, sans parvenir à prononcer d'autres mots pour clore son procès pour meurtre. Le meurtre d'Hervé S., l'ex-compagnon devenu son « meilleur ami ». Et même son bienfaiteur, celui qui l'hébergeait et subvenait à ses besoins depuis plus d'un an.

Pour ce crime, commis dans la nuit du 19 au 20 février 2019 dans l'appartement même de la victime à Neuilly-sur-Seine, la cour d'assises a condamné Mohamed J., ce jeudi soir, à treize ans de réclusion criminelle et dix années de suivi sociojudiciaire.

Des réquisitions tout en humanité

C'est un peu moins que la peine suggérée par l'avocate générale, Juliette Renault, qui demandait quinze à dix-sept ans de réclusion mais pas autant de suivi sociojudiciaire. Malgré la peine assez lourde demandée, l'avocate générale n'a rien éludé des souffrances de Mohamed J. dans ses réquisitions tout en humanité.

« Il a grandi dans une fratrie de sept, avec une éducation religieuse. Il est resté chez ses parents jusqu'à l'âge de 30 ans mais sa famille l'a rejeté à cause de son homosexualité. » L'isolement ajouté à l'expulsion de son logement, ses hospitalisations en psychiatrie ou à cause du sida : « Il est dans une situation précaire réelle et préoccupante, relève sans détour Juliette Renault. Il faut la prendre en compte, comme son état psychique. »

C'est manifestement ce que les jurés ont fait, en retenant l'altération du discernement de Mohamed J. Pour autant, ce procès laisse un sentiment de malaise, cristallisé dans ces quelques instants de fin d'audience où Mohamed J. a peiné à s'exprimer. Il est handicapé à 80 % par une maladie neurologique, souffre d'un léger retard mental et de troubles de la personnalité. Et il est placé sous curatelle renforcée.

Une violence extrême

Mais cet homme n'est pas fou et devait donc répondre de ses actes, dont il ne garde pas un parfait souvenir. « Il a effacé ce qui lui était insupportable », a appuyé Me Le Bras, reprenant l'analyse des psys. « Je pense vraiment qu'il ne se souvient plus de tout, concède l'avocate générale. Mais il ne fait aucun doute qu'il avait l'intention de tuer Hervé S. »

La nuit du crime, les deux hommes se sont disputés à plusieurs reprises. Hervé S. souhaitait que Mohamed quitte son appartement de Neuilly. Ivre, il a crié des mots blessants à l'adresse de celui qu'il aidait et assistait. Et lui a donné une gifle.

« Mohamed J. a pris le couteau dans la cuisine, l'a planté à treize reprises dans la gorge de la victime, retrace l'avocate générale. La langue a même été touchée, le larynx sectionné. Puis il y a eu ces deux coups au thorax, la lame a traversé le corps de part en part. La victime n'avait aucune chance de survie. »

«Ce qu'il a fait est irrationnel»

Cette violence extrême, personne n'en aurait imaginé Mohamed capable. « Ses amis et ceux d'Hervé ont tous été abasourdis d'apprendre ce qu'il s'était passé, a plaidé Me Anouck Michelin, qui défendait Mohamed au côté de Yann Le Bras. Ce qu'il a fait est irrationnel. »

« La clé de lecture » du crime, c'est l'expert psychiatre, Bernard Cordier, qui l'a donnée, a détaillé Me Le Bras. « Sans cette gifle, ce ne serait sans doute pas arrivé », a en effet dit le spécialiste à la barre. « Après cette gifle, la colère l'a envahi. Ce père de substitution le rejetait, comme son père des années avant. C'était insupportable », a encore développé Yann Le Bras.

Cette rage incontrôlée fut « comme une bombe qui a explosé ». « Mais une bombe, ça n'explose qu'une fois », a plaidé l'avocat pour convaincre les jurés de ne pas prononcer de trop longues années de prison.

Dans sa palette d'arguments, le pénaliste a insisté sur le casier judiciaire vierge de son client, ses aveux immédiats. Mieux, Mohamed J. avait lui-même donné l'alerte et, guidé par les pompiers, pratiqué le massage cardiaque pour tenter de ranimer celui qu'il venait de poignarder.