Neuilly-sur-Seine : le père qui a vécu 18 mois avec le cadavre de son fils condamné à 25 ans

Mohieddine D. a été condamné ce vendredi soir par la cour d’assises des Hauts-de-Seine pour le meurtre de son fils, tué d’un coup de couteau et dont le corps a été découvert dix-huit mois après son décès.

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 Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Le cadavre a été découvert dans l’appartement familial, situé au rez-de-chaussée de cet immeuble.
Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Le cadavre a été découvert dans l’appartement familial, situé au rez-de-chaussée de cet immeuble. LP/V.M.

Il a toujours contesté avoir tué son fils mais ne s'est jamais clairement dit « innocent ». Les jurés de la cour d'assises des Hauts-de-Seine ont tranché. Pour eux, Mohieddine D. est « coupable ». Ce vendredi soir, ils ont condamné ce père jugé pour le meurtre de son fils, qui aura vécu dix-huit mois avec le cadavre pourrissant dans son appartement de Neuilly-sur-Seine, à une peine de 25 ans de réclusion, suivant strictement les réquisitions de l'avocate générale.

Ce verdict écarte de facto la thèse de l'accident qu'a servie Mohieddine D. tout au long de l'instruction et jusqu'à la fin de son procès. Pour l'avocate générale, Marion Camaro, c'est limpide : « Ce n'est pas un accident domestique comme le dit Mohieddine D. Son fils ne s'est pas empalé tout seul sur le couteau. » Aux yeux de l'avocate générale, rien de ce que dit cet homme de 69 ans, sûr de lui et arrogant, n'est crédible.

Avant les réquisitions, Mohieddine D. a été longuement interrogé sur les faits, sur ce jour de décembre 2015 où son fils est mort d'une hémorragie massive à cause d'une plaie par arme blanche, à Neuilly-sur-Seine. Comme tout au long de son procès, le sexagénaire à l'allure élégante a noyé la cour d'assises de digressions.

Une dispute avant Noël

Si l'on évacue ces digressions le menant toujours à vanter ses gros moyens financiers, alors qu'il était ruiné, ses « relations de haut niveau » et nombreux amis, alors qu'aucun n'est venu témoigner, on retient un récit confus, confinant par instants au ridicule.

La veille de Noël 2015, Mohieddine D. et son fils se disputent. Jusqu'à présent, c'est parce que l'enfant n'avait pas envie de partir en vacances en Algérie, selon son père. Au dernier jour du procès, c'est à cause de « cadeaux » que l'enfant aurait réclamés pour lui et son chien, avance Mohieddine D., avec ce ton suffisant.

L'enfant, qui n'a pas tout à fait 15 ans, est dans sa chambre. Si l'on suit Mohieddine D., l'adolescent prend un couteau et fait « comme ça », mime-t-il depuis le box des accusés, pour montrer que le gamin fait semblant de se poignarder. « Je n'ai pas pris ça au sérieux. Il a commencé à sauter sur le lit et après c'est la chute », poursuit-il. La lame se serait alors enfoncée dans le ventre de l'adolescent.

«C'est bel et bien un homicide volontaire»

« Enfoncée de 15 cm, rappelle l'avocate générale. L'expert légiste l'a dit. Dans le cas d'une chute, le réflexe consiste à lâcher le couteau, pas à le tenir fermement. » Argument insuffisant selon Me Zoé Royaux, avocate de Mohieddine D. : « On n'a pas tous les mêmes réflexes. »

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Quant au couteau, jamais retrouvé, Mohieddine D. a dit un jour que son fils le gardait dans sa chambre pour bricoler ses consoles de jeux, un autre qu'il était sur le plateau-repas apporté à son enfant juste avant le drame. « Mais c'est un couteau de boucher, pas un couteau qui sert à table », corrige l'avocate générale. Quant aux plaies dans le dos, certaines profondes de 10 cm, la victime n'a pas pu se les infliger elle-même. « Ce n'est pas un accident domestique, c'est bel et bien un homicide volontaire. »

Maîtres Zoé Royaux et Laurent Simeray, avocats de Mohieddine D. LP/V.M.
Maîtres Zoé Royaux et Laurent Simeray, avocats de Mohieddine D. LP/V.M.  

Quelles que furent les circonstances de la mort de la victime, Mohieddine D. n'a pas réagi. L'adolescent saignait. « Je voyais ses tripes, c'était terrible. Je l'ai mis dans le salon, il disait J'ai mal, j'ai mal, a relaté l'accusé. Je l'ai assis sur une chaise, deux secondes après il est tombé, la tête du côté de la chambre. »

«J'étais en sidération»

Il est mort, son père n'a pas appelé les secours, l'a recouvert de tissus et voilà. Le cadavre est resté là, dans ce petit couloir menant à la salle de bains et à la chambre de la victime, pendant un an et demi. « J'étais en sidération, n'a cessé de répéter Mohieddine. Le mot raison n'était plus dans mon vocabulaire. »

« La sidération est fugace. Dix-huit mois de cohabitation avec le corps de son fils dans un couloir ne s'expliquent pas par la sidération », rétorque Marion Camaro. « Cette sidération qu'il décrit, c'est en réalité un stress post-traumatique, le psychiatre l'a expliqué », a plaidé Me Royaux, reprochant à l'avocate générale de n'avoir pas tenu compte de « la dépression » de son client et invitant les jurés à tenir compte de ses « fragilités ».

A la fin de l'année 2014, l'épouse de Mohieddine D. est décédée. Dans le même temps et bien qu'il s'en défende, ses affaires ont périclité. Lui pour qui la réussite est une nécessité, pour qui le rang social est d'une importance majeure, a commencé à vaciller.

Il a « surinvesti » son fils, « cristallisé tous ses espoirs » sur cet enfant, résume Zoé Royaux. « Je lui ai payé les meilleures écoles, il avait les félicitations de ses professeurs », a assuré Mohieddine D. Sauf que pas du tout. Son fils affrontait de sérieuses difficultés scolaires et son père était dans le déni. Le déni encore, pendant ces dix-huit mois passés avec le corps pourrissant de son enfant.