Nanterre : l’immeuble ronfle, les habitants n’en dorment plus

Le sifflement du vent dans les barres métalliques devant supporter de futures plantes grimpantes génère une nuisance jugée insupportable par les habitants d’un immeuble tout neuf. Le promoteur assure que l’installation n’est pas encore achevée.

 L’immeuble Iconik se dresse comme une proue de navire dans le nouveau quartier de la gare Nanterre-Université. Mais derrière son architecture ambitieuse, les habitants se plaignent de malfaçons...
L’immeuble Iconik se dresse comme une proue de navire dans le nouveau quartier de la gare Nanterre-Université. Mais derrière son architecture ambitieuse, les habitants se plaignent de malfaçons... LP/F.H.

« J'en ai passé des nuits blanches… Et ce bruit inquiète même les enfants, alors qu'ils n'entendent pas les trains passer. » Ce père de famille qui ne dort plus a investi dans un bel appartement tout neuf dans l'immeuble Iconik, vraie figure de proue à l'entrée du nouveau quartier de la gare Nanterre-Université.

A l'image de son nom, le bâtiment a fière allure. Imaginé par Oxo Architectes, Iconik était présenté ainsi par son promoteur : « il a été pensé à partir du confort de ses habitants. Il s'agit d'une tour, bénéficiant d'une position privilégiée, reliée à la rue par une série de terrasses plantées en cascade créant ainsi un véritable jardin vertical. » Mais un jardin planté de mauvaises surprises…

De nombreuses réserves à la livraison

En septembre dernier, le père de famille s'installe donc avec femme et enfants dans son nouvel appartement, comme la majorité des 49 acquéreurs. Mais avec de nombreuses réserves, dues notamment à des matériaux qui ne correspondaient pas à ceux présentés au moment de la réservation de ce logement acquis (aux environs de 4 000 euros le m²) en VEFA. « Certains n'ont pas accepté leur logement, explique ce copropriétaire. Nous, nous l'avons pris mais nous sommes encore en travaux ».

« Notre équipe a visité une première fois les 49 appartements d'Iconik pour relever les différentes réserves émises par nos clients pour lesquelles des actions correctives ont été immédiatement mises en œuvre, indique de son côté Bouygues Immobilier. Plus de 70 % des réserves de livraison sont d'ores et déjà levées. »

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« La livraison d'Iconik a eu lieu après deux mois d'arrêt des chantiers, dû au premier confinement, qui ont généré du retard dans les finitions du programme, reconnaît le promoteur immobilier. Mais nous tenions absolument à ce que nos clients puissent disposer de leur appartement en septembre au plus tard afin de pouvoir faire la rentrée scolaire dans des conditions correctes. » Certains copropriétaires, eux, estiment que les travaux ont justement été terminés trop rapidement et bâclés, pour livrer le programme à temps.

Comme un instrument à vent

Surtout, avec la fin de l'été, une autre surprise attendait les occupants de l'immeuble. Un sifflement par à-coups, d'autant plus gênant la nuit qu'il n'est pas étouffé par le bruit de fond ambiant et ceux de la rue. « Le vent s'engouffre dans l'allée de Corse, qui crée une sorte d'entonnoir », explique le copropriétaire. Comme ses voisins, il attribue le phénomène à la vibration des barres métallique (qui serviront au soutien des mailles pour conduire les plantes de la façade végétale) sous l'effet du vent.

Des barres longues « et flexibles », souligne-t-il, qui courent le long des murs extérieurs sur les quatorze étages de l'immeuble, et qui agissent comme les anches d'un instrument à vent. « Ce phénomène est très aléatoire, et il s'amplifie quand les températures diminuent », ajoute le copropriétaire, justifiant ainsi le fait que cette nuisance sonore n'ait été constatée par les habitants que plusieurs semaines après leur emménagement.

L’immeuble Iconik est bardé d’un grillage sur lequel doivent s’accrocher des plantes grimpantes.LP/F.H.
L’immeuble Iconik est bardé d’un grillage sur lequel doivent s’accrocher des plantes grimpantes.LP/F.H.  

Interrogé sur le bruit dû aux barres d'acier, Bouygues demande aux acquéreurs un peu de patience. « Nous avons été prévenus il y a trois semaines (NDLR : fin octobre) d'une problématique sonore au niveau de la façade lorsque le vent forcit, indique-t-on chez Bouygues. Or, il faut savoir que l'installation des éléments de façade n'est pas encore terminée. Il reste des mailles à installer entre des barres métalliques qui seront posées dans les prochaines semaines. »

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Les plantes destinées à végétaliser la façade doivent pousser en s'accrochant sur les mailles, elles-mêmes fixées sur les barres. Et Bouygues d'insister : « Ces barres ont été posées conformément au permis de construire et ont fait l'objet, comme le reste du bâtiment, de la validation du bureau de contrôle indépendant Socotec ».

D’après les habitants, ce sont les barres qui soutiennent les grillages qui sont la source du ronflement. LP/F.H.
D’après les habitants, ce sont les barres qui soutiennent les grillages qui sont la source du ronflement. LP/F.H.  

« Avant de pouvoir se prononcer sur le bruit, il faut donc attendre que l'ensemble de la façade soit posé, conclut le promoteur immobilier. Cependant, si le bruit persistait après la finalisation de la façade, nous mandaterions alors un bureau d'études spécialisé qui pourra quantifier le bruit et nous donner les recommandations techniques pour le faire cesser. »

Le précédent Panoramik à Rennes

Les sifflements du vent dans le bardage extérieur de l'immeuble Iconik ont tout de suite rappelé à Kalil, un autre propriétaire, le calvaire vécu par les habitants de la tour Panoramik à Rennes (Ille-et-Vilaine). Lui qui a également acquis son appartement en VEFA il y a deux ans n'a pas accepté de réceptionner la livraison. Il estime que « Bouygues utilise le confinement comme prétexte pour masquer des malfaçons et un retard de plus d'un an » sur les travaux.

Et s'étonne que les marques des matériaux utilisés pour la décoration intérieure ne soient pas celles présentées initialement dans le showroom. Les deux copropriétaires évoquent des carrelages de moins bonne qualité, un parquet qui marque dès qu'une paire de clés tombe au sol, ou encore des cloisons en placo trop minces pour supporter le poids des radiateurs sèche serviettes de la salle d'eau…

« Aujourd'hui, aucune malfaçon n'a été répertoriée ou remontée par nos clients, se défend Bouygues, « cependant il y a bien des réserves dans les appartements ou parties communes qui sont toutes en cours d'être levées. » Le promoteur estime que 90 % d'entre elles pourraient pouvoir être levées avant les vacances de Noël. Une réunion est prévue vendredi 27 novembre avec les copropriétaires. Nul doute que leurs questions et doléances seront nombreuses.