Municipales à Colombes : Patrick Chaimovitch ajoute une pointe de vert dans les Hauts-de-Seine

Appelé à devenir l’unique maire écologiste du département, Patrick Chaimovitch a arraché Colombes à la droite, dimanche soir. Il a profité de la vague verte mais aussi des divisions de ses adversaires.

 Colombes, le 28 juin 2020. L’écologiste Patrick Chaimovitch a battu la sortante LR Nicole Goueta avec plus de 53 % des voix.
Colombes, le 28 juin 2020. L’écologiste Patrick Chaimovitch a battu la sortante LR Nicole Goueta avec plus de 53 % des voix. LP/O.B.

Au milieu de la foule en liesse, il disparaît presque, enseveli par les poings levés, les pouces dressés et autres V de la victoire. Presque discret mais indéniablement vainqueur.

Dimanche soir, à Colombes, Patrick Chaimovitch marchait sur l'eau, la foule l'acclamait comme un champion du monde de foot ou un messie. Après une nuit aussi courte que les six ans à venir seront longs, les choses sérieuses commencent pour la tête de liste EELV, qui a fait chuter la maire sortante, Nicole Goueta (LR), avec plus de 53 % des voix.

A 63 ans, celui qui était le leader de l'opposition municipale jusqu'à ce 28 juin, 21h15, a fait basculer Colombes, à gauche. À l'issue du conseil municipal d'installation prévu à la fin de cette semaine, il devrait être élu maire, faisant de cette ville de 85 000 habitants la première et seule commune des Hauts-de-Seine gérée par un encarté écologiste.

De maire adjoint au chef de file de l'opposition

Patrick Chaimovitch n'est ni un novice, ni un dinosaure de la politique. Après avoir milité dans des associations et des syndicats, il rejoint les Verts en 2000. Huit ans plus tard, quand la gauche prend la ville, déjà à Nicole Goueta, il devient l'adjoint à l'urbanisme du maire PS d'alors, Philippe Sarre.

Colombes étant fidèle à sa tradition de balancier - un coup à droite, un coup à gauche -, l'écologiste passe de nouveau sur les bancs de l'opposition, en 2014, alors que Nicole Goueta se réinstalle dans le fauteuil de maire. En 2018, il prend du galon et endosse les inconfortables habits de chef de l'opposition après la démission de Philippe Sarre.

« Pendant ce mandat, comme opposant, j'ai appris la concertation et à écouter tout le monde. Et c'est ce qui a fait la différence entre nous et nos adversaires pendant cette campagne », assure l'ancien cadre territorial.

Sa victoire historique lui a valu le déplacement de Yannick Jadot, véritable figure de l'écologie politique qui gagne. Dimanche, peu avant 23 heures, l'eurodéputé a salué son camarade de lutte.

L’eurodéputé Yannick Jadot est venu saluer le vainqueur. LP/O.B.
L’eurodéputé Yannick Jadot est venu saluer le vainqueur. LP/O.B.  

« Il y a longtemps que je connais Patrick, confie ce dernier. Prendre Colombes était un sacré pari, la preuve que l'écologie n'est pas que bobo. Depuis vingt-cinq ans, Patrick milite pour une écologie extrêmement concrète et ambitieuse. »

« Vingt ans en fait. Yannick a dû se laisser emporter par le moment », rectifie Patrick Chaimovitch, quelques heures plus tard, avec amusement.

« La conjonction de deux vagues »

La vague verte sur laquelle il est tentant de surfer, en référence à celle qui a poussé le vote écologiste dans l'Hexagone, ne doit cependant pas occulter une réalité locale plus complexe et plurielle. Car c'est bien à la tête d'un rassemblement de toutes les nuances de la gauche, des communistes aux écologistes, en passant par le PS, que le chef de « Pour Colombes 2020 » a emporté la mise.

S'il a porté l'union de la gauche, Patrick Chaimovitch a aussi profité des divisions de ses adversaires. Outrés par le ralliement de Sébastien Perrotel (UDI) à Nicole Goueta, entre les deux tours, les Marcheurs de Colombes ont mené une véritable campagne contre leur ancien leader, appelant à voter contre Nicole Goueta et son nouvel allié.

« C'est la conjonction de ces deux vagues, celle des quartiers nord [NDLR : favorable à la gauche] et celle des quartiers sud [plus favorable au centre et à la droite] qui a voté écolo ou s'est abstenue, qui l'a fait gagner. Mais il va devoir gérer un attelage très difficile à manœuvrer », commente un membre de LREM, jadis encarté chez les Verts.

L'ancien maire PS Philippe Sarre se dit aussi persuadé que l'offensive des Marcheurs contre Nicole Goueta et Sébastien Perrotel a été décisive pour Patrick Chaimovitch.

Perfectionniste et chaleureux, selon ses proches

Celui-ci a l'image d'un homme on ne peut plus sérieux, qu'il soit dans la majorité ou l'opposition. Intraitable, il épluche le moindre dossier, le plus petit alinéa. Pinailleur ou perfectionniste, c'est une question de point de vue.

« C'est un énorme bosseur, un homme qui connaît les dossiers sur le bout des doigts, confirme Fatoumata Sow, patronne du PS local et colistière. Tout cela on le savait, on connaissait l'élu mais pendant la campagne, on a découvert l'autre Chaimovitch, un homme agréable, rassembleur, chaleureux, qui a réussi à faire l'union autour de lui. Sans cela, autant de monde ne l'aurait pas suivi. »

Le futur maire est aussi un père de famille adepte de randonnées, de bandes dessinées et de romans policiers. Son ancien colistier sous l'ère Philippe Sarre, le Marcheur Frédéric Sarkis résume ainsi sa personnalité : « Qu'on l'apprécie ou pas, Patrick est honnête et c'est beaucoup. Il est aussi techno. À l'époque, il était le tenant de l'écoquartier de la Marine, cette écologie qui vient du haut. »

« Il maîtrise ses dossiers et notamment tout ce qui touche à l'urbanisme. Patrick, c'est quelqu'un de bien et de sérieux », conclut Philippe Sarre, présent dimanche soir, au premier rang des groupies.