Montrouge : cette professeure des écoles n’a pas été payée depuis la rentrée

De retour de congé parental depuis la rentrée de septembre, Claire, qui enseigne dans une école maternelle de Montrouge, n’a toujours reçu aucun salaire mi-octobre. Son «dossier était incomplet», justifie la direction académique.

 Claire, institutrice d'une classe de moyenne section à l'école Marcelin-Berthelot, n'a pas été payée depuis la rentrée.
Claire, institutrice d'une classe de moyenne section à l'école Marcelin-Berthelot, n'a pas été payée depuis la rentrée. DR

Chaque jour, Claire accueille sa classe de moyenne section à l'école Marcelin-Berthelot, à Montrouge (Hauts-de-Seine). Elle enseigne, apprend, corrige... Comme si de rien n'était. Pourtant, depuis la rentrée de septembre, l'institutrice n'a toujours pas été payée. «Je ne me sens pas reconnue...» souffle-t-elle.

A l'origine de ce retard, un problème administratif. Après plusieurs années passées à enseigner à l'étranger, détachée de l'académie de Versailles, elle est rentrée en France il y a deux ans. «J'avais des enfants en bas âge et j'ai décidé de prendre un congé parental dès mon retour», explique-t-elle.

Elle le renouvelle trois fois, avant de prévenir la direction académique, en mars dernier, de sa volonté de retrouver le chemin de l'école pour cette nouvelle rentrée. Dès juin, Claire est informée de son affectation dans l'école de Montrouge. Comme tout fonctionnaire, elle doit constituer un «dossier de prise en charge financière».

«J'ai attendu un jour, puis deux, puis trois...»

«Quand il y a une phase de détachement, cela coupe le dossier financier avec la direction départementale des finances publiques. Il faut en reconstituer un avec toutes les pièces indispensables, explique-t-on à la direction académique des Hauts-de-Seine. C'est la même procédure pour tous les fonctionnaires.»

Selon la direction académique, une première demande de dossier aurait été faite à Claire, par mail, dès le 24 juillet. Des échanges s'engagent alors entre les services de l'Education nationale et Claire. «J'ai envoyé tout mon dossier la première quinzaine de septembre», indique-t-elle.

La professeure des écoles est censée recevoir sa paie le 28 septembre. «J'ai attendu un jour, puis deux, puis trois...» se souvient-elle. Mais rien n'arrive sur son compte en banque. «On m'a recontactée pour me demander des papiers que je suis persuadée d'avoir envoyés. Je les ai renvoyés malgré tout », précise-t-elle.

Une avance lui a été proposée

Les services de la direction académique affirment n'avoir reçu le dossier complet que le 2 octobre. «Pour être payée en septembre, il aurait fallu qu'elle transmette ses documents avant le 25 août. Et pour octobre, elle aurait dû envoyer tous ses documents avant le 24 septembre, précise la direction académique. Sa situation est bien connue. Pour être payée, il faut envoyer un certain nombre de documents.»

En attendant la régularisation, une proposition d'avance sur salaire lui a été faite. «Mais ce n'est pas un salaire. Et je ne sais même pas quand je la toucherai, souffle-t-elle. Au final, jusqu'à fin novembre, je n'aurais pas eu de paie. Ça aura duré trois mois.»

La direction académique assure que ses services ont «été très assidu dans les échanges» et «ont fait leur travail». Mais le fait est : mi-octobre, Claire n'a toujours pas touché de salaire.

Celle qui vit au Mans (Sarthe) dépense plus de 600 euros dans des billets de train, chaque mois, pour faire chaque jour les trajets entre son domicile et son école. «C'est un choix personnel de vivre là-bas et je l'assume, explique-t-elle. Mais ça commence à peser. Heureusement, je suis entourée. Les parents des enfants de ma classe me soutiennent aussi. Mais je pense à d'autres professeurs qui n'ont pas la même chance que moi...»

Ce n'est pas un cas unique, selon un syndicat

Claire pousse donc «un coup de gueule» pour «mettre en lumière ce problème certes marginal mais qui arrive tous les ans». «Quelle entreprise privée accepterait ça ?, interroge-t-elle. Si au moins, on m'avait prévenue, j'aurais pu prendre mes dispositions. Là, je me retrouve devant le fait accompli.» L'enseignante a «l'impression de crier dans le vide». «J'aime mon métier mais on manque de reconnaissance», regrette-t-elle.

Mathilde Eisenberg, syndicaliste au SNUipp-FSU 92, le syndicat national unitaire des instituteurs et professeurs des écoles, confirme : «On nous remonte des situations comme celle-là chaque année.»

«Ça paraît hallucinant, reconnaît-elle. C'est régularisé à chaque fois mais ça peut durer quelques mois.» Voire plus lorsqu'il s'agit du versement de primes. «La prime de déplacement pour les remplaçants, celle pour les enseignants qui travaillent en éducation prioritaire... Parfois, il faut se battre plusieurs années pour les toucher», affirme la représentante syndicale.

«C'est rare, rétorque la direction académique. On a 9000 enseignants qu'on gère directement. On ne peut pas dire qu'il n'y a jamais eu quelques situations qui surviennent au moment de la rentrée mais les services n'ont pas eu d'alerte de ce type cette année.»