Meurtre à Neuilly-sur-Seine : un crime dicté par la colère et l’humiliation

Au deuxième jour de son procès d’assises, ce mercredi, Mohamed J. a raconté cette nuit de février 2019, où il a tué son ex-compagnon.

 Neuilly, le 20 février 2019. Hervé S. a été tué chez lui, dans son appartement situé au septième étage de cet immeuble.
Neuilly, le 20 février 2019. Hervé S. a été tué chez lui, dans son appartement situé au septième étage de cet immeuble. LP/Valérie Mahaut

« Sans cette gifle, ce ne serait sans doute pas arrivé. » C'est l'expert psychiatre qui le dit, ce mercredi, devant les jurés de la cour d'assises des Hauts-de-Seine. Mohamed J. y est jugé depuis mardi pour le meurtre de son ex-compagnon, Hervé S., tué dans la nuit du 19 au 20 février 2019, dans l'appartement de la victime, à Neuilly-sur-Seine.

Un geste dicté par « la colère, la rage », encore selon le mot de l'expert psychiatre, pour qui l'accusé « souffre d'un trouble grave de la personnalité, qu'on peut qualifier d'état limite ». D'ailleurs, les psys s'accordent à conclure à l'altération de son discernement.

Au deuxième jour de son procès, l'accusé a été interrogé en détail sur les heures qui ont précédé son crime, sur ce qui l'a poussé à supprimer son ancien compagnon, sur les coups de couteau donnés au thorax et à la gorge de la victime. Ce soir de février, Mohamed J. a d'abord passé la soirée avec un autre ex-compagnon.

Puis il rentre chez Hervé, qui l'hébergeait depuis un an. Homosexuel rejeté par sa famille, handicapé par une maladie neurologique, incapable de tenir son budget, Mohamed J. avait trouvé refuge chez Hervé. Mais ce dernier estimait qu'il était temps pour Mohamed de retrouver un logement. Il devait d'ailleurs l'accompagner au centre social de la ville pour entreprendre les démarches.

« T'es un bon à rien, tu finiras clochard »

De retour dans l'appartement de Neuilly, le 19 février, il trouve Hervé saoul. « J'ai pris un Coca zéro et on a eu une première discussion. Plus tard, c'était une dispute. Il a dit T'es un bon à rien, tu finiras clochard. Après, il s'est calmé et on a eu une troisième dispute. Il a redit T'es un bon à rien et il m'a donné une gifle. Ça m'a étonné parce qu'il n'a jamais été violent. Il a bu le fond de son verre et il est allé se coucher. »

Quelques minutes ou dizaines de minutes ont passé. « Après, j'ai eu comme un dédoublement, c'était comme une personne qui me disait Va prendre le couteau », décrit l'accusé. Il n'est pas question pour autant de schizophrénie, selon l'expert qui a déposé à la barre, ce mercredi.

Mohamed a enfilé des gants de cuisine, saisi un couteau et rejoint la chambre où dormait Hervé. « J'ai mis des coups là, reprend l'accusé en posant sa main sur le plexus. » Des coups à la gorge, il n'a « pas le souvenir ». Du tapis dans lequel il a enroulé les jambes de la victime, non plus.

« Le ventre, à un moment, il a arrêté de bouger »

La présidente de la cour d'assises, Inès da Camara, suggère qu'il aurait pu tenter de « cacher le corps ». Mohamed ne sait pas. « Ce tapis est trop petit pour dissimuler un corps », relève plus tard l'avocat de l'accusé, Me Yann Le Bras.

Du moment où il a jeté les gants de cuisine ensanglantés par la fenêtre et de celui où il a nettoyé le couteau, il ne souvient pas non plus. « J'étais perturbé, reprend-il doucement. Après, je suis allé chez le voisin. »

Ce dernier a appelé les pompiers, qui ont ensuite guidé Mohamed au téléphone, pour tenter les gestes de réanimation. « Mais le ventre, à un moment, il a arrêté de bouger. Après, la police est venue. J'étais dans le couloir, j'ai avoué. »

Si la gifle et l'humiliation de trop semblent bien constituer l'élément déclencheur, Mohamed n'a aucun mal à dire qu'Hervé S. « ne méritait pas ça ». « Il est très généreux, il m'a beaucoup aidé. Tous les jours, je pense à lui et il me manque », affirme l'accusé, avec une évidente sincérité.

Comme au premier jour de son procès et tout au long de l'instruction, Mohamed J. a nié avoir voulu se venger en découvrant qu'il ne figurait pas sur le testament d'Hervé. La présidente n'a pas manqué de rappeler que, quelques heures seulement avant le crime, il avait demandé à une connaissance d'Hervé d'intercéder en sa faveur pour hériter de l'appartement de Neuilly.

« Non. Je savais que ce n'était pas possible. Dans le testament, il donnait l'appartement au centre social. C'était noir sur blanc », répond l'accusé.

« N'y aurait-il pas eu confusion, malentendu ? suggère Me Le Bras, en interrogeant son client. Vous devez aller au centre social de Neuilly avec Hervé pour un appartement. Et Hervé lègue son appartement au centre social de Neuilly. » Mohamed ne sait pas. Son procès s'achève jeudi.