Meurtre à Neuilly-sur-Seine : l’accusé n’aurait pas supporté la «raillerie de trop»

Mohamed J. est jugé depuis ce mardi, aux assises des Hauts-de-Seine, pour avoir poignardé l’homme qui l’hébergeait, à Neuilly-sur-Seine, en février 2019. Rejeté par sa famille pour son homosexualité, il avait trouvé refuge chez la victime.

 Le meurtre a été commis au 7e étage de cet immeuble de la rue Perronet, à Neuilly-sur-Seine, dans la nuit du 19 au 20 février 2019.
Le meurtre a été commis au 7e étage de cet immeuble de la rue Perronet, à Neuilly-sur-Seine, dans la nuit du 19 au 20 février 2019.  LP/V.M.

Une remarque humiliante ? Ou la rage en se découvrant exclu de l'héritage ? Le mobile du crime que les jurés de la cour d'assises des Hauts-de-Seine examinent depuis ce mardi se pose ainsi, avec deux hypothèses aux antipodes l'une de l'autre.

Avant de trancher, les jurés ont appris à connaître un peu l'accusé de ce meurtre commis dans la nuit du 19 au 20 février 2019, à Neuilly-sur-Seine, au domicile même de la victime. Mohamed J., 46 ans, comparaît pendant trois jours pour avoir poignardé à mort son ancien amant, qui l'hébergeait depuis un an.

Dans le box, la silhouette pataude de Mohamed J. dit ce mal-être qu'il traîne depuis si longtemps. Alors que la cour se penchait en particulier sur sa vie, ce mardi, personne ou presque n'est venu parler de lui. Ni l'enquêtrice de personnalité, pourtant tenue d'exposer à la barre le parcours de l'accusé. Ni sa mère, hospitalisée. Ni le seul de ses six frères avec lequel les ponts ne sont pas coupés.

Rejeté à cause de son homosexualité

Lui a parlé. S'est raconté, parfois d'une voix trop basse. Né dans une famille «stable», il grandit à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) avec ses parents et ses frères. Il n'a pas de problème scolaire mais son handicap le prive d'amis. «J'ai une dyskinésie depuis l'âge de 3 ans. Ma jambe droite tremble depuis le pied jusque-là, explique-t-il en touchant sa hanche. Quand les gens voient ça, ils tournent la tête.»

A l'adolescence, c'est sa famille qui tourne un peu la tête, quand elle «sent» qu' il serait homosexuel. «Moi, je le sais depuis que j'ai 15 ans.» Dans son éducation, l'homosexualité n'est pas une option acceptable. Mohamed a donc tenté de se marier avec une femme.

«Pour essayer de vivre comme mes frères. Mais ça a été une catastrophe», résume-t-il. «Une catastrophe», répète l'accusé en levant les bras. Dans la foulée de cette union ratée, en 2004, il jette quelques affaires «dans un sac en plastique» et quitte le domicile familial pour toujours.

Une vague relation sentimentale

Ses proches, il les reverra à l'hôpital, où il fut soigné pour le sida, en 2012. Depuis, rien. Comme il a été expulsé de son appartement qu'il ne payait plus, qu'il s'est fait licencier du centre d'aide par le travail où il était embauché depuis vingt ans, qu'il a rompu avec son dernier compagnon, Mohamed J. a fini par échouer chez celui qui deviendra sa victime, Hervé S., sexagénaire noyé dans la solitude et le whisky.

Les deux hommes ont entretenu une vague relation sentimentale puis sont devenus des amis. Unanimement décrit comme un homme «généreux», Hervé S. offrait le gîte et le couvert à Mohamed J. Et entretenait d'autres relations.

«Hervé aimait s'entourer d'hommes jeunes et rinçait tout le monde, raconte un témoin. C'est un peu comme s'il achetait l'amitié.» L'accusé le dit aussi : «S'il voyait quelqu'un dans la rue, il lui disait de venir chez lui manger, se laver, dormir une nuit.»

La victime n'a pas fait apparaître l'accusé sur son testament

Dans la bande, il y avait aussi Jory, la trentaine aujourd'hui, bénéficiaire d'une assurance vie prise par la victime en 2018. Mais qui n'apparaît pas dans le testament qu'a rédigé Hervé S. un mois et demi avant sa mort, notamment pour léguer son appartement de Neuilly au centre social de la ville.

Mohamed J. n'y figure pas non plus. Et il se trouve que quelques heures avant son crime, l'accusé a demandé à une autre relation d'Hervé S. d'intercéder en sa faveur pour être couché sur ce testament, comme l'a rappelé à la barre le capitaine de police qui a mené l'enquête.

L'accusé réfute clairement ce mobile. Il affirme n'avoir pas supporté une raillerie de trop de la part d'Hervé, qui avait avalé une bouteille de whisky dans la soirée. S'entendre dire qu'il n'avait «rien dans le crâne» a fait l'effet de la «goutte d'eau qui a fait déborder le vase».

Mohamed J. a alors enfilé des maniques dans la cuisine, saisi un couteau. Et planté la lame dans la gorge et le thorax d'Hervé, plus ou moins ensommeillé.

Sur le détail de ses gestes et ce qui l'a poussé à agir ainsi, l'accusé sera interrogé ce mercredi. Le procès s'achève jeudi.