Le Plessis-Robinson : l’hôpital Marie-Lannelongue sauvé par la fusion avec Saint-Joseph

Ce rapprochement doit notamment permettre la reconstruction de nouveaux locaux en 2024. Un sauvetage in extremis alors qu’il y a un an, la chambre régionale des comptes épinglait le déficit de l’établissement.

 Le Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine), le 1er octobre 2020. L’hôpital Marie-Lannelongue a fusionné avec l’hôpital Saint-Joseph le 1er janvier.
Le Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine), le 1er octobre 2020. L’hôpital Marie-Lannelongue a fusionné avec l’hôpital Saint-Joseph le 1er janvier. LP/Marjorie Lenhardt

Une situation financière dégradée, un bâtiment vieillissant et dévoré par l'amiante, l'avenir de l'hôpital Marie-Lannelongue au Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine) était plus qu'incertain. La prise en charge de patients Covid durant la crise sanitaire aurait pu finir de l'achever. Mais la fusion avec l'hôpital parisien flambant neuf Saint-Joseph, dans le 14 e, effective depuis le 1 er janvier, a permis de préserver ce centre d'excellence.

Marie-Lannelongue est spécialisé dans la chirurgie du thorax, des vaisseaux et du cœur, du nouveau-né à l'adulte. Les deux entités privées à but non lucratif continuent donc de prendre en charge les patients en secteur 1 sans dépassement d'honoraires.

« La fusion a fatalement amélioré la situation financière de l'hôpital Marie-Lannelongue, nous avons payé tous les fournisseurs fin décembre 2019, nous lui avons donné une assise financière », vante d'emblée Jean-Patrick Lajonchère, le directeur général du groupe hospitalier Paris Saint-Joseph.

12 000 mètres carrés disponibles dans le quartier Noveos

Ce nouvel ensemble de 795 lits et 100 places rassemblant les deux établissements va investir pas moins de 90 millions d'euros dans la reconstruction d'un nouvel hôpital au Plessis-Robinson. La mairie, qui avait la volonté de garder l'hôpital, a proposé à la direction le site de 12 000 mètres carrés des anciens ateliers de la ville dans le nouveau quartier d'activités Noveos, près de Renault. « Nous ne souhaitions pas le voir partir à la fois pour des raisons sentimentales et aussi car beaucoup de personnel vit au Plessis-Robinson », explique l'ancien maire (LR) et sénateur Philippe Pemezec.

Il y a à peine un an, l'avenir de Marie Lannelongue était loin d'être assuré. Dans son rapport d'août 2019, la chambre régionale des comptes (CRC) constate que « l'activité très spécialisée de l'établissement entraîne un risque financier », comme l'a d'ailleurs montré l'impact du départ entre 2015 et 2018 des chirurgiens cardiaques pédiatriques.

La CRC précise : « Le report à nouveau déficitaire atteignait 15,1 millions d'euros en 2017 et la marge brute, négative de plus de 2 millions d'euros tous les ans entre 2015 et 2017, ne permet pas à l'établissement de financer, sans appui d'autres pôles de santé franciliens, un programme de modernisation de ses locaux et de ses équipements pourtant indispensables ».

200 malades du Covid hospitalisés à Marie-Lannelongue, dont 39 en réa

Seul face au Covid, l'établissement sud francilien n'aurait sans doute pas pu faire face. « Cela aurait été intenable pour Marie-Lannelongue s'il n'y avait pas eu la fusion », estime le directeur général du groupement hospitalier. Toute l'activité « courante » a été mise en « panne » pour pouvoir prendre en charge les patients atteints du virus, les malades étrangers qui viennent s'y faire soigner habituellement n'ont pas pu venir et des frais complémentaires n'ont pas été facturés pendant toute cette période d'urgence sanitaire.

Près de 200 malades du Covid ont été hospitalisés à Marie-Lannelongue, dont 39 en réanimation de mars à mai. « La réanimation infantile a été transformée en réanimation adulte, ça a l'air de rien comme ça mais c'est tout à fait exceptionnel », souligne Jean-Patrick Lajonchère. Le groupe hospitalier se dirige ainsi vers une perte de 15 millions d'euros sur un budget annuel de 400 millions d'euros.

Pour autant, l'hôpital implanté au Plessis-Robinson depuis 1976 reste un centre de référence national pour les maladies cardiaques congénitales complexes et pour l'hypertension artérielle pulmonaire. Il est également un centre de greffe cardiopulmonaire et compte parmi les trois plus importants centres de transplantation pulmonaire français. « Nous sommes classés dans les 100 meilleurs hôpitaux au monde par le magazine américain Newsweek », précise Nadia Nouvion, directrice du développement de l'ensemble hospitalier.

«Le personnel est sur les rotules»

Outre quelques travaux de rafraîchissement, la fusion avec l'hôpital pluridisciplinaire Saint-Joseph se traduit d'ores et déjà par quelques investissements. « Nous avons ouvert un deuxième scanner, une cinquième salle de cathétérisme, une septième salle d'opération et nous avons étendu notre offre d'IRM », précise le directeur général, favorable à la méthode « 1/3 d'économie, 2/3 de développement » pour ramener un budget hospitalier à l'équilibre.

Le Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine), le 1er octobre 2020. L’hôpital Marie-Lannelongue, spécialisé dans la chirurgie du thorax, des vaisseaux et du cœur, du nouveau-né à l’adulte, vient d’ouvrir son deuxième scanner. LP/Marjorie Lenhardt
Le Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine), le 1er octobre 2020. L’hôpital Marie-Lannelongue, spécialisé dans la chirurgie du thorax, des vaisseaux et du cœur, du nouveau-né à l’adulte, vient d’ouvrir son deuxième scanner. LP/Marjorie Lenhardt  

Car l'hôpital robinsonnais n'échappera pas à un plan d'économie. La rémunération du personnel (et notamment les heures supplémentaires majorées) sera revue à la baisse en se basant sur celle de la convention collective de l'hôpital Saint-Joseph. Une réorganisation du parcours patient et des services va se faire avec des départs volontaires et en retraite. Les négociations avec les instances syndicales devraient démarrer « dans les semaines à venir ».

De quoi inquiéter une partie du personnel qui s'était mis en grève en juin dernier, d'abord pour réclamer la prime Covid (finalement versée) mais surtout par crainte de cette réorganisation. Frédéric Noé, représentant syndical (FO), se montre surtout inquiet d'une possible mutualisation des services : « Un hôpital de pointe comme nous ne fonctionne pas comme un hôpital standard comme celui du 14 e, nous avons de la recherche, de l'innovation, des soignants spécialisés qui ne peuvent pas être interchangeables sur différents services. »

Pour lui, le sauvetage économique de la fusion n'a été nécessaire qu'en raison « d'une mauvaise gestion initiale » pointée aussi par la CRC : « Le personnel pendant tout ce temps-là a ramé, multiplié les interventions, travaillé d'arrache-pied. Il est sur les rotules, je pense qu'il y aura un grand nombre de départs quand les négociations vont démarrer et beaucoup de personnes vont craquer. »