Le meurtre de Bilel, 26 ans, à Asnières-sur-Seine, un règlement de comptes pour laver un affront ?

Moussa D. est accusé d’avoir tué un jeune homme de 26 ans, place Le Vau, en septembre 2017. Deux de ses amis comparaissent à ses côtés pour l’avoir aidé dans sa cavale. Une suspicion d’infection au Covid-19 a retardé l’ouverture du procès, ce lundi.

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 La victime a été abattue sur cette place, dans le quartier des Courtilles, le 20 septembre 2017.
La victime a été abattue sur cette place, dans le quartier des Courtilles, le 20 septembre 2017. LP/Victor Tassel

Une guerre de territoire pour un point de deal? Peu probable. Un règlement de comptes pour laver un affront? Plus vraisemblable. Mais il n'est pas sûr que le procès, qui s'est ouvert ce lundi, devant la cour d'assises des Hauts-de-Seine, pour être rapidement suspendu pour une suspicion d'infection au Covid-19, apporte les véritables réponses. Pas sûr que les accusés expliquent le mobile du meurtre de Bilel B., tué d'une balle dans la tête le 20 septembre 2017, à Asnières-sur-Seine, place Le Vau.

D'abord, seul un des trois accusés l'est pour avoir tiré. Et comme depuis son arrestation et jusqu'à la fin de l'instruction, ce jeune homme, âgé maintenant de 27 ans, nie avoir tiré, il serait surprenant qu'il change de version les premiers jours de son procès.

Moussa D. admet bien sa présence place Le Vau dans l'après-midi du 20 septembre, avec ses copains Ibrahim M. et Tapsirou B. Mais pas plus. Les copains, eux, sont jugés pour « soustraction d'un criminel à l'arrestation et aux recherches », autrement dit pour avoir aidé Moussa D. dans sa cavale.

C'est justement l'un de ces deux hommes, qui est à l'origine de la suspension d'audience, ce lundi matin. Il a dû passer un test antigénique dans une pharmacie du quartier. Le résultat étant négatif, le procès a pu véritablement commencer en début d'après-midi pour aborder les faits.

Un Beretta dans une voiture calcinée

Le jour du drame, vers 16 h 30, Bilel B., 26 ans, quitte son domicile de Bois-Colombes pour la place Le Vau, dans le quartier des Courtilles à Asnières. Ce n'est pas le quartier dans lequel il a ses habitudes. D'autant moins depuis la fin juillet, après qu'il a été violemment agressé lors d'une rixe sur cette même place.

Ce 20 septembre 2017, une heure après son arrivée au pied de la barre d'immeuble bordant cette place, le jeune homme reçoit une balle dans la tête. L'ogive est entrée par le cou et a touché plusieurs parties du cerveau.

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Des personnes lui ont porté secours, dont l'accusé Ibrahim M., qui a prodigué un massage cardiaque. Les pompiers ont pris le relais, transporté le jeune homme en état critique à l'hôpital. Vingt-quatre plus tard, Bilel B. s'y est éteint.

A quelques mètres de l'endroit où la victime s'est effondrée, la police a trouvé un étui percuté de 9 mm. Une balle avait traversé le pare-brise d'une Mercedes devant laquelle Bilel a été abattu.

Un peu plus loin, un Beretta semi-automatique était caché dans la carcasse d'une voiture calcinée. Selon les analyses balistiques, c'est probablement Bilel qui a utilisé cette arme. Celle qui l'a tué, en revanche, n'a jamais été découverte.

«Vas-y Moussa, barre-toi !»

Avant d'identifier Moussa D. et ses copains, les enquêteurs de la police judiciaire ont multiplié les auditions de témoins. Certains n'ont entendu qu'un coup de feu, d'autres deux ou trois, voire quatre.

Le prénom de Moussa, ce gars de Colombes familier de la place Le Vau, est vite apparu. On l'aurait entendu crier « Je l'ai eu, je l'ai eu ! » Il serait ce suspect observé en train de fuir la scène de crime, avec sans doute une arme à la main et accompagné d'Ibrahim et Tapsirou. Un autre riverain interrogé a entendu l'un des copains dire à Moussa : « Vas-y, Moussa, barre-toi ! » Ces témoignages recueillis par les enquêteurs l'ont été en partie sous X, c'est-à-dire sous anonymat.

Les analyses génétiques sur des indices prélevés sur les lieux du crime et le bornage des téléphones des uns et des autres a permis de cerner le trio. Mais Moussa D. est demeuré plusieurs mois introuvable.

Toujours grâce au bornage, les policiers ont démontré qu'il a rejoint Le Havre (Seine-Maritime) un moment, avec ses deux copains, pour se planquer ensuite à Gennevilliers, dans un appartement sous-loué de l'avenue de Chandon, où seront découverts un fusil à pompe et des munitions. Le jeune homme a été arrêté quatre mois après le meurtre, à Orly (Val-de-Marne), alors qu'il s'apprêtait à embarquer pour Dakar, au Sénégal.

Une rixe quelques semaines plus tôt

Moussa D., présenté par certains témoins comme le chef du deal place Le Vau, avait un problème avec Bilel, cela paraît acquis. Si ce n'est pour le marché du shit dans le quartier, c'est au moins pour l'embrouille de fin juillet.

Bilel aurait tenté de dénouer un conflit entre un proche et des jeunes des Courtilles. Il avait alors été rudement violenté, au point d'être hospitalisé. La vidéo de son agression a circulé sur les réseaux sociaux, humiliation suprême… Il se trouve que les trois accusés jugés cette semaine par la cour d'assises ne sont pas étrangers à cette rixe de juillet. Le procès doit durer toute la semaine. Moussa D. risque trente ans de réclusion, ses copains trois ans.