«On a besoin de toujours plus» : la Banque alimentaire d’Ile-de-France face à la déferlante

La structure francilienne, qui fournit plus de 300 associations d’aide aux plus démunis, s’attend à devoir aider 7000 personnes supplémentaires à cause de la crise sanitaire.

 Gennevilliers, le 7 octobre. L’effet Covid est visible dans l’organisation de l’entrepôt de la Banque alimentaire.
Gennevilliers, le 7 octobre. L’effet Covid est visible dans l’organisation de l’entrepôt de la Banque alimentaire. L.P/O.B

« C'est pour qui les 100 kg de raisins? » Gilet orange sur le dos, ce bénévole de la Banque alimentaire d'Ile-de-France (Bapif) slalome entre les rangées de caisse de vivres en poussant un chariot plein de cartons de fruits. Il est 10 heures et l'activité bat son plein dans l'entrepôt de la Bapif, ouvert sur le port de Gennevilliers depuis six ans.

Avec la crise sanitaire liée au Covid, la Bapif a été contrainte de s'adapter, de revoir son fonctionnement et même de voir plus grand. « Avec les licenciements de cet été, la demande va encore progresser », prédit sombrement Nicole Farlotti, la présidente de la Bapif.

Fonctionnant comme un grossiste, la Banque alimentaire fournit en denrées 310 associations caritatives de la région, dix de plus que l'an passé. Leurs besoins ne cessent de croître, la demande, qui vient de toute l'Ile-de-France mais notamment de Seine-Saint-Denis, se répercute donc auprès du fournisseur des associations.

« En temps normal, nous venons en aide à 280 000 personnes dans la région. On s'attend à une progression de 25 %, soit 7 000 personnes supplémentaires. C'est énorme », souligne Nicole Farlotti.

Gennevilliers, le 7 octobre. La Banque alimentaire d’Ile-de-France, présidée par Nicole Farlotti, fournit quelque 310 associations.LP/O.B.
Gennevilliers, le 7 octobre. La Banque alimentaire d’Ile-de-France, présidée par Nicole Farlotti, fournit quelque 310 associations.LP/O.B.  

« On a besoin de toujours plus. Avant, on venait trois fois par semaine. À cause du Covid, on ne vient plus que deux fois mais on prend plus », témoigne Brahim de l'Armée du Salut des Lilas (Seine-Saint-Denis), venu récupérer des produits d'épicerie.

À deux pas, Sabine, de la Croix-Rouge du Bourget (Seine-Saint-Denis) est sur le départ. Le petit utilitaire qu'elle utilise avec son binôme est plein de 800 kg de denrées alimentaires. Elle dresse le même constat : « on a de plus en plus de familles dans le besoin et la situation n'est pas près de s'améliorer. Alors, oui, il nous faut davantage de vivres ! »

De nouvelles habitudes

L'an dernier, la banque alimentaire d'Ile-de-France avait distribué quelque 6 500 tonnes de denrée : 60 depuis son siège et son entrepôt historique d'Arcueil (Val-de-Marne), le reste depuis le site de Gennevilliers qui alimente des structures du nord des Hauts-de-Seine, de l'ouest de la Seine-Saint-Denis, et du Val-d'Oise. Depuis un an et demi pour la Seine-et-Marne, la Bapif a en plus signé un partenariat avec Croix-Rouge insertion, qui dispose d'un entrepôt à Savigny-le-Temple et du réseau de distribution.

Cent trente bénévoles se répartissent sur les deux premiers sites. « Nous en avons besoin de nouveaux bénévoles, indique Nicole Farlotti. Pendant le confinement, nous avions eu des étudiants et des personnes en chômage partiel et après, les bénévoles classiques sont presque tous revenus. Mais face aux besoins accrus des associations, on a besoin de plus de bras. Nous cherchons aussi des gens spécialisés dans les relations avec les associations, d'autres dans la prospection auprès de donateurs et évidemment des chauffeurs. »

Gennevilliers, le 7 octobre. Béatrice, bénévole de 71 ans, a hésité à revenir après le confinement mais n’a finalement pas lâché la Bapif.LP/O.B.
Gennevilliers, le 7 octobre. Béatrice, bénévole de 71 ans, a hésité à revenir après le confinement mais n’a finalement pas lâché la Bapif.LP/O.B.  

La banque alimentaire se distingue des autres associations en étant ouverte seulement en semaine. Les bénévoles sont donc presque tous des retraités. À l'instar de Béatrice. À 71 ans, cette Gennevilloise consacre trois jours par semaine à la Bapif. Tri, rangement, manutention, distribution, elle a tout fait depuis qu'en 2014, une équipe de la banque alimentaire a fait une intervention dans son club de retraités.

Dans la ruche qu'est l'entrepôt de Gennevilliers, la crise a bouleversé ses habitudes, ainsi que celles de ses homologues. « En fait, tout a changé. Avant, l'entrepôt était en libre-service. Aujourd'hui, personne n'entre. Il y a un comptoir, où les gens des associations demandent ce dont ils ont besoin, et on a aménagé un petit présentoir, où on expose ce qu'on a en épicerie », détaille-t-elle d'une voix assourdie par le masque, forcément obligatoire.

« On en change souvent. C'est d'autant plus pénible qu'on fait un boulot physique quand même, ajoute l'active retraitée. Je suis restée chez moi pendant le confinement et après, honnêtement, j'ai hésité à revenir. »

«On fait de la lutte contre le gaspillage en amont»

Autre nouveauté et pas la moins remarquable, la banque alimentaire a, pour la première fois, acheté de la nourriture. « Nous avons touché des subventions dont 200 000 euros de la région. Nous devions les utiliser pour acheter des produits auprès d'agriculteurs franciliens. C'était une forme de solidarité en circuit court avec l'agriculture locale. Sodexo nous a aussi fait un don financier », apprécie la présidente de la Bapif.

L'essentiel des denrées viennent quand même des collectes. Mais là aussi, il y a du changement. Les opérations auprès des magasins et petits supermarchés ont disparu.

Gennevilliers, le 7 octobre. Des centaines de kilos de produits frais sont fournis par les plates-formes de la grande distribution. LP/O.B.
Gennevilliers, le 7 octobre. Des centaines de kilos de produits frais sont fournis par les plates-formes de la grande distribution. LP/O.B.  

Afin de limiter les contacts physiques, la Bapif se fournit désormais principalement auprès de très grandes surfaces et des plates-formes qui approvisionnent la grande distribution. Elles se trouvent à Rungis (Val-de-Marne), Fleury-Mérogis (Essonne), près de l'aéroport de Roissy ou sur le port de Gennevilliers pour l'entrepôt de Hourra, le site de vente en ligne de la chaîne Cora.

Les quantités récupérées se chiffrent en centaines de kilos. « On repart avec leurs excédents, les retards de livraison, les fruits et légumes pas assez ou trop mûrs, ce qui est mal calibré et ne peut être mis en rayon, comme des pamplemousses trop petits. De toute façon, si on ne prend pas, c'est jeté. On fait de la lutte contre le gaspillage en amont », résume Nicole Farlotti.

Ce nouveau mode de fonctionnement avec de grandes quantités récupérées en une seule fois est jugé plus sûr, plus rapide et permet des économies à la Bapif, avec moins de « petits trajets ». L'association a ainsi su tirer parti de la crise pour aider toujours plus de personnes.

Gennevilliers. Le nombre de véhicules est désormais limité à cinq à l’intérieur du site. Les autres sont mis en attente un peu plus loin sur le port.LP/O.B.
Gennevilliers. Le nombre de véhicules est désormais limité à cinq à l’intérieur du site. Les autres sont mis en attente un peu plus loin sur le port.LP/O.B.  
Il faut un millier de bénévoles en plus pour la grande collecte

La grande collecte nationale de la Banque alimentaire se tiendra du vendredi 27 au dimanche 29 novembre. L’opération est capitale : les denrées récoltées représentent un tiers des approvisionnements de l’année pour la banque alimentaire. « Pendant ces trois jours, nous serons présents dans un millier de magasins de la région », rappelle Nicole Farlotti, présidente de la Banque alimentaire d’Ile-de-France (Bapif).

Pour assurer cette mission, la Bapif doit mobiliser plus de 10 000 bénévoles, qui assureront les collectes dans les magasins de la région. « On espère que les gens donneront, reprend Nicole Farlotti. Mais comme ils ont de moins en moins de moyens, le risque de voir les dons diminuer nous inquiète. »

Seul point positif : la date. La collecte est systématiquement organisée le dernier week-end de novembre. Si celui-ci tombe autour du 25-26, les salaires ne sont pas encore versés et les dons sont plus faibles. « Du 27 au 29, cela devrait aller », veut croire la présidente de la Bapif.