L’Alcazar, le cinéma emblématique d’Asnières, change de mains

La nouvelle concession de service public a démarré le 1er janvier pour le cinéma classé Art et essai. Avec un changement d’exploitant, après 25 ans de gestion par Les Ecrans Indépendants.

 Asnières, la semaine dernière. Le cinéma L’Alcazar a changé d’exploitant à l’occasion du renouvellement de concession de service public.
Asnières, la semaine dernière. Le cinéma L’Alcazar a changé d’exploitant à l’occasion du renouvellement de concession de service public. LP/A.-S.D.

Ils ont appris la nouvelle à l'occasion du dernier conseil municipal. Après vingt-cinq ans d'exploitation du cinéma L'Alcazar, à Asnières, Les Ecrans Indépendants (LEI) ont vu leur passer sous le nez la concession de service public (CSP) de cet équipement de quatre salles et 634 fauteuils.

Patrick Brouiller, fondateur de LEI, a eu deux semaines pour faire ses cartons. Les 11 salariés, actuellement au chômage partiel en raison de la fermeture des cinémas depuis le 30 octobre, sont en revanche repris par le nouvel exploitant, Ciné Zéphyr.

Une société fondée par Xavier Orsel, ancien directeur général des Cinémas Pathé Gaumont, qui exploite déjà deux cinémas en France : La Rotonde à Étampes (Essonne) et Le Palace à Mulhouse (Haut-Rhin). « Je suis surtout un spectateur de L'Alcazar puisque je vis à Asnières où se trouve le siège de Ciné Zéphyr, sourit Xavier Orsel. J'avais évidemment une envie folle de reprendre ce cinéma emblématique ! »

L'opposition estime que la période n'est pas propice au changement

Ouvert en 1915 dans un bâtiment à la façade Napoléon III de la rue de la Station, L'Alcazar est le premier cinéma non parisien à avoir été classé Art et Essai en 1962. Il a été racheté par la ville d'Asnières en 1993 alors qu'il était menacé par un projet immobilier.

L’Alcazar est le premier cinéma de banlieue parisienne à avoir été classé Art et essai en 1962. LP/A.-S.D.
L’Alcazar est le premier cinéma de banlieue parisienne à avoir été classé Art et essai en 1962. LP/A.-S.D.  

Si LEI ne souhaitent pas s'exprimer pour le moment, l'opposition municipale estime, elle, que cette nouvelle CSP en pleine crise sanitaire soulève bien des questions. « Pourquoi tout changer alors que nous n'avons que peu de visibilité sur la reprise de l'activité et qu'on ne sait pas ce que 2021 va nous réserver », insistait la conseillère municipale d'opposition (LREM) Catherine Costa en séance, alors qu'aucune date de réouverture des salles obscures n'est pour l'heure annoncée.

« Nous avons l'impression d'une pochette-surprise où se mélangent séances art et essai et soirées pop-corn », soulignait également l'élue au sujet du projet culturel du nouvel exploitant, qui propose pourtant 50 % de séances art et essai — contre 35 % pour LEI — mais aussi des animations.

Pour arriver à ce chiffre, tout en diversifiant l'offre, le nouvel exploitant souhaite tout simplement augmenter de 800 le nombre de séances sur l'année. « Cela représente quatre séances supplémentaires par semaine pour chacune des quatre salles », précise Xavier Orsel. Qui veut également « attirer un public plus jeune », avec des soirées thématiques en s'ouvrant sur des genres comme les films d'horreur. D'où l'idée des soirées pop-corn.

Le prix du ticket moyen va augmenter

« Le cinéma est un formidable outil de lien social, poursuit le nouvel exploitant. Et je souhaite que L'Alcazar soit le reflet de la ville d'Asnières en proposant par exemple chaque mardi soir des séances au tarif unique de 5 euros ». Un tarif plus bas que le prix du ticket actuel (7,90 euros), déjà l'un des plus faible de la région parisienne.

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Mais Xavier Orsel ne cache pas que le prix devrait évoluer. « Le plus important, c'est le tarif moyen, estime-t-il. Alors pour proposer des places à 5 euros, il faudra augmenter le prix pour certains spectateurs qui en ont les moyens. Mais ce n'est pas pour tout de suite… » Car avant d'augmenter le prix des places – qui restera inférieur à 10 euros — le nouvel exploitant s'est engagé à réaliser d'importants travaux.

Un volet de sa candidature qui lui a fait marquer des points par rapport à l'ancien concessionnaire. « Le dossier présenté par Ciné Zéphyr était tout simplement plus intéressant sur le volet financier alors que sur la programmation, les deux projets étaient assez proches », répondait d'ailleurs Guillaume Mare, maire adjoint aux finances.

Ciné Zéphyr a ainsi proposé 985 000 euros d'investissement sur plusieurs années, pour notamment renouveler le matériel de projection, remplacer tous les sièges, réaménager le hall d'accueil et mettre le cinéma aux normes PMR. Un programme avec « une subvention maximum de 236 000 euros » demandée à la ville. Là où LEI demandaient le double, soit 502 000 euros, en raison d'une mise de départ plus importante — 1,2 million d'euros de travaux budgétés — avec un plafond de subvention de 40 % comme le prévoit la loi.

D'après la ville, la proposition de Ciné Zéphyr s'est également révélée pour intéressante en termes de redevance : 10 000 euros annuels de part fixe, plus une part variable à partir de 160 000 entrées, avec un objectif de 185 000 entrées annuelles. De son côté, LEI proposait 1 000 euros de part fixe puis 0,50 euro par entrée à partir de 185 000 entrées. Un seuil qui n'a été atteint que deux fois en 20 ans.