Issy-les-Moulineaux : un tiers des emplois menacés chez l’un des géants de l’affichage

Victime de la crise sanitaire, la société Exterion Média (ex-Giraudy) a ouvert un plan social. Une centaine de postes sur 300 pourrait être supprimée. Les syndicats ont déposé un préavis de grève pour mardi.

 Quai François-Mitterrand, Paris (Ier). Exterion Media n’a pas remporté le marché de l’affichage publicitaire à Paris mais dispose tout de même de « beaux emplacements » dans la capitale comme la toile géante qui masque le chantier du Louvre.
Quai François-Mitterrand, Paris (Ier). Exterion Media n’a pas remporté le marché de l’affichage publicitaire à Paris mais dispose tout de même de « beaux emplacements » dans la capitale comme la toile géante qui masque le chantier du Louvre. LP/Benoit Hasse

Grosse mobilisation en perspective, ce mardi, au pied de l'entreprise Exterion-Média (ex-Giraudy), à Issy-les-Moulineaux. Les salariés de la société d'affichage publicitaire extérieur sont appelés par leurs syndicats à cesser le travail et à se rassembler - avec chasubles, mégaphones et banderoles - devant le siège de l'entreprise. Le but : s'opposer au plan social en cours de négociation chez l'afficheur, qui pourrait se traduire par une coupe claire dans les effectifs.

Mis en place par Samfi-invest - la société d'investissement normande qui a racheté Exterion, il y a seulement trois mois - le plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) prévoit la suppression de 99 postes sur les 300 que compte l'entreprise. La réduction d'effectifs devrait concerner aussi bien le siège d'Issy-les-Moulineaux, où travaillent 100 personnes, que les agences régionales du groupe, dont certaines pourraient être fermées.

« Après la crise sanitaire, ce serait, soi-disant, la seule solution pour sauver la boîte », rapporte une syndicaliste CFDT, entre doute et écœurement. « La Covid n'a pas arrangé les choses, c'est sûr. Mais c'est loin d'être la première explication à notre situation », poursuit-elle en évoquant une succession d'« erreurs stratégiques » dans un contexte de défiance grandissante contre l'affichage publicitaire pour raisons environnementales.

Entreprise plus que centenaire, connue sous son ancien nom de Giraudy, Exterion Média fait en tous cas partie des poids lourds du secteur de l'affichage publicitaire extérieur. La communication OOH, pour Out Of Home, dans le jargon de la profession. En 2019, l'entreprise avait candidaté pour le juteux marché de l'affichage publicitaire dans la capitale, au côté d'une filiale de JCDecaux (leader mondial du secteur) et de l'américain ClearChannel qui a remporté le contrat.

Le chiffre d'affaires a baissé du quart

Comme tous ses concurrents, la société d'affichage a subi de plein fouet les conséquences de la crise sanitaire. Elle s'est traduite par un arrêt total de l'activité durant le premier confinement et la désertification de l'espace public. Du fait des difficultés de trésorerie et de la frilosité des annonceurs, l'activité n'a repris que poussivement depuis. Selon les données transmises aux syndicats avant le lancement du PSE, le chiffre d'affaires d'Exterion Média, qui dépassait les 100 millions d'euros en 2019, a chuté de 26 % l'année suivante.

« Nous sommes revenus au niveau d'activité de 1999 », confirme la direction de l'entreprise, qui espère retrouver les résultats financiers d'avant-crise au plus tôt… en 2024! Dès le début de la crise sanitaire, le PDG de l'entreprise, Jean-François Curtil, avait tiré le signal d'alarme sur les réseaux sociaux, en comparant la situation économique du secteur de l'affichage à celle de l'aérien ou du tourisme. « Notre maison mère [ NDLR : à l'époque le groupe britannique Global] ne pourra pas combler seule toutes les crevasses qui apparaissent sur nos marchés », avertissait-il alors.

Huit mois plus tard, le PDG - maintenu dans ses fonctions par le nouvel actionnaire - insiste désormais sur « le plan d'investissement sans précédent », qui accompagnera le programme de relance de l'entreprise. L'afficheur, qui mise sur une baisse de ses coûts de fonctionnement de 10 millions d'euros par an, investira ainsi 37 millions, notamment pour le développement de la publicité digitale.

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« C'est un plan de la dernière chance, sans aucune reconnaissance pour le travail de salariés qui sont là, parfois, depuis plus de 20 ans et sans indemnité autre que le strict minimum légal », s'indignent les représentants des salariés. Ils ont bien l'intention d'afficher leur colère ce mardi, sur l'esplanade du Foncet et sous les fenêtres de leur direction.