Ile-de-France : un historien vous guide sur les traces de la guerre oubliée de 1870

En partenariat avec le Souvenir français, l’historien Jean-François Decraene lance une série de guides sur la guerre de 1870 et le siège de Paris, département par département. Le premier, sur les Hauts-de-Seine, est présenté ce vendredi.

 Suresnes (Hauts-de-Seine). Claude Guy, du Souvenir français 92 (à gauche) et Jean-François Decraene, l’historien qui a écrit une série de guides sur le siège de Paris (1870-181) en Ile-de-France.
Suresnes (Hauts-de-Seine). Claude Guy, du Souvenir français 92 (à gauche) et Jean-François Decraene, l’historien qui a écrit une série de guides sur le siège de Paris (1870-181) en Ile-de-France. LP/O.B.

Elle est la guerre tombée dans l'oubli. L'association le Souvenir français et l'historien Jean-François Decraene ont décidé de l'en sortir alors qu'on commémore cette année le 150e anniversaire de la guerre franco-allemande de 1870 et en particulier du siège de Paris.

«La guerre de 1870 n'est qu'une succession de défaites françaises. C'est une des raisons pour lesquelles, elle a été bannie des mémoires», explique l'historien Jean-François Decraene, qui va publier une série d'ouvrages, département par département francilien, qui emmènera le lecteur sur les traces de ce conflit dans la région Ile-de-France. Ce vendredi, le premier, consacré aux Hauts-de-Seine, doit être dévoilé à Meudon.

Le siège de Paris a commencé début septembre 1870 après la défaite de Sedan et la déchéance de Napoléon III. Il durera jusque début 1871.

Des rives de la Saône à Rouen, un tiers du territoire français était occupé par les forces allemandes qui convergent de toutes parts vers Paris.

En trois mois, les pertes françaises se sont élevées à 78 000 âmes, dont 47 000 civils, 24 000 soldats tués dans les combats et 7 000 morts de maladie (variole, typhoïde, bronchite, tuberculose…). On recense quelque 12 000 décès dans le camp adverse, parmi les soldats.

«Paris devait tomber toute seule»

«Toute la région a été touchée à des degrés divers. Aucun village n'a été épargné», souligne Jean-François Decraene. L'Ile-de-France était alors composé des départements de la Seine avec Paris, la Seine-et-Oise et la Seine-et-Marne. Une vaste province où, après Paris, la plaine et les forêts s'étendaient à perte de vue.

Etampes (Essonne), la grande ville du sud et ses alentours, ont été le théâtre de combats sanglants. Plus à l'ouest, Versailles la royale (Yvelines), la préfecture de la Seine-et-Oise à l'époque, abritait le QG des Allemands depuis le 19 septembre 1870. C'est ce même jour que Paris est véritablement encerclée.

Courbevoie (Hauts-de-Seine). Inauguré le 12 octobre 1883, la statue érigée à la gloire des soldats ayant défendu Paris durant la guerre franco-allemande de 1870 trône à La Défense. LP/Olivier Boitet
Courbevoie (Hauts-de-Seine). Inauguré le 12 octobre 1883, la statue érigée à la gloire des soldats ayant défendu Paris durant la guerre franco-allemande de 1870 trône à La Défense. LP/Olivier Boitet  

La capitale est alors protégée par une ceinture de places fortes, correspondant aujourd'hui à la petite couronne : la ville fortifiée de Saint-Denis, ainsi que les forts d'Aubervilliers, Romainville, Rosny, Noisy, Nogent, Vincennes, Charenton, Ivry, Bicêtre, Montrouge, Vanves, Issy et celui du Mont-Valérien.

«Plutôt que de risquer une guerre de rues, les Allemands voulaient prendre Paris par la faim et le moral. Paris devait tomber toute seule», poursuit Jean-François Decraene. Non seulement, leurs troupes étaient basées hors de portée des canons français mais les dégâts des puissantes pièces d'artillerie prussiennes, situées à Châtillon, seront dévastateurs.

Paris capitule, la France perd l'Alsace

Le 9 octobre 1870, des combats font rage à Rueil et Chevilly. Le 13, la 2e bataille de Châtillon porte le fer à Clamart, Fontenay-aux-Roses et Châtillon. Le 21, on se bat à Rueil lors de la première bataille de Buzenval, un hameau de la commune impériale, puis du 28 au 30 au Bourget. Le même jour, le sang coule à Champigny.

Alors que les Allemands prennent le dessus, les soldats se battent par -10°C et même en deçà. Dans le même temps, les forts français sont attaqués et les bombardements deviennent continus. Problème supplémentaire, début janvier 1871, les canons Krupp hissés sur les hauteurs de Meudon font déferler l'enfer sur Paris. Le 19 janvier, la dernière tentative française, à Buzenval encore, échoue. Paris capitule. L'armistice est signé le 28 janvier 1871 : la France perd l'Alsace et une partie de la Lorraine.

Ce pan de l'histoire a été largement occulté. «Il ne reste qu'un monument aux morts, place de Fontenoy et deux à l'intérieur du cimetière du Père-Lachaise. S'ajoute Défense de Paris, cette sculpture de 1883 installée aujourd'hui dans le quartier de La Défense», ajoute l'historien convaincu que ce conflit perdu a été sciemment occulté.

Huit années de travail

Il aura fallu huit années à cet ancien instituteur pour retrouver tous les lieux de mémoire, les sites des batailles, les noms de rues s'y référant, etc. Huit années à écumer les archives nationales et municipales, à se plonger dans des fonds privés et dans les pépites de la bibliothèque nationale (BNF). Huit années, à raison de dix heures de travail quotidien, et des centaines de kilomètres pour se rendre sur place.

Rueil-Malmaison. Tous les 19 janvier, le Souvenir français rend hommage aux soldats morts lors des batailles de Buzenval, à Rueil en 1870 et 1871. Souvenir Français
Rueil-Malmaison. Tous les 19 janvier, le Souvenir français rend hommage aux soldats morts lors des batailles de Buzenval, à Rueil en 1870 et 1871. Souvenir Français  

«Je suis allé partout, assure Jean-François Decraene. J'ai voulu vérifier au plus près du terrain. J'ai aussi découvert des tombes de soldats.»

«Ce sera la plus importante somme historique sur le siège de Paris», abonde Claude Guy, délégué général du Souvenir Français pour les Hauts-de-Seine. Chaque année, le 19 janvier, cette association qui entretient la mémoire, commémore justement la dernière bataille, celle de Buzenval.

Le guide sur les Hauts-de-Seine, sera suivi par celui sur le Seine-Saint-Denis en novembre, sur le Val-de-Marne en fin d'année, puis Paris en 2021. Les ouvrages consacrés aux combats en grande couronne seront publiés plus tard.

«Lieux de mémoire des deux sièges, 1870-1871, guide des Hauts-de-Seine», collection Gloria Victis aux éditions Librairie des Musées. 160 pages, 18 euros.