«Il m’avait aspergé d’essence» : un ado séquestré à Boulogne raconte son calvaire, son tortionnaire aux assises

Gabriel avait 13 ans quand le compagnon de sa mère l’a pris en otage, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), en 2015. L’accusé est jugé pour l’avoir séquestré et tenté de le tuer. Le procès d’assises a débuté ce mardi pour trois jours.

 Initialement prévu en décembre dernier, le procès avait été reporté à cause des grèves des transports et des difficultés administratives de la victime, établie au Cap Vert avec sa mère.
Initialement prévu en décembre dernier, le procès avait été reporté à cause des grèves des transports et des difficultés administratives de la victime, établie au Cap Vert avec sa mère. LP/V.M.

Son doux visage apparaît sur l'écran installé dans la salle de la cour d'assises. Ce mardi, depuis le Cap-Vert où il vit désormais avec sa mère, Gabriel (le prénom a été modifié), 17 ans, livre tout en retenue le récit de son terrifiant kidnapping, au premier jour du procès de celui qui l'a séquestré, ligoté et aspergé d'essence un soir d'avril 2015, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Mû vraisemblablement par une sorte de dépit amoureux.

Antonio F., 59 ans, voulait reconquérir le cœur de la mère de Gabriel. Elle ne tenait pas à s'engager dans une relation au long cours avec cet homme, qu'elle avait connu vingt-six plus tôt et retrouvé en 2013. Il ne l'acceptait pas.

«Il m'a attaché les pieds et les mains avec du scotch»

Avant la rupture, Antonio, éducateur spécialisé, était « très bien avec mon fils », a témoigné la mère de Gabriel, elle aussi par écran interposé. Ce 29 avril 2015, comme il le faisait régulièrement, l'adolescent, alors âgé de 13 ans, rejoint Antonio. Celui-ci l'aide à l'époque à progresser en français et lui fait faire du sport.

« On avait une bonne relation, il me traitait tout le temps très bien, commence le jeune homme. Il est venu me chercher en voiture, on s'est arrêté pour faire des courses, je me souviens même de ce qu'il a acheté. Après, chez lui, on a fait une dictée. Il a corrigé la dictée et on a commencé le sport. Il m'a dit qu'il avait une nouvelle technique pour faire des abdos. C'est là qu'il m'a attaché les pieds et les mains avec du scotch et qu'il a en mis aussi sur ma bouche. » Antonio aurait même ajouté : « Tu vas voir, ça va être drôle. »

Ligoté, immobilisé sur le canapé, Gabriel comprend qu'il ne s'agit plus d'une séance d'abdos, mais contient sa peur. « Il fallait que je pense, que je réfléchisse à ce que j'allais faire », explique le jeune homme, surprenant de maturité.

«Il m'avait aspergé d'essence»

Dans le même temps, sa mère s'inquiète. Par téléphone, elle venait de décliner l'invitation à dîner d'Antonio. Il avait raccroché brutalement. Ce qui n'était pas dans les habitudes de cet homme qu'elle n'avait jusqu'alors jamais vu énervé. Quand la mère de Gabriel arrive au pied de l'immeuble dans lequel vit Antonio, route de la Reine, la situation a dégénéré pour de bon.

Depuis la fenêtre de son appartement, au quatrième étage, Antonio exige que la mère de Gabriel monte. Elle refuse. Il réapparaît à la fenêtre avec un bidon d'essence. « Et je crois un briquet », selon cette femme de 57 ans.

A l'intérieur, l'adolescent s'efforce de rester concentré. « Il m'a fait aller à la fenêtre, il m'avait aspergé d'essence, il voulait que je dise à ma mère de monter mais je lui ai fait des clins d'œil pour qu'elle ne vienne pas, raconte le jeune homme. J'avais compris son plan. Je crois qu'il ne voulait pas me faire de mal au début mais après, quand il a vu la police arriver, il a dit : Les choses ont changé. Et il a mis de l'essence partout dans l'appartement, sur lui, sur moi, sur ma tête. Et il disait Je suis désolé. »

«Il a voulu nous tuer, moi et ma mère»

Sur place, le commandant de police, arrivé quinze minutes après l'alerte, comprend qu'attendre le RAID pour dénouer la situation est plus que risqué. « Je me suis rendu sur le palier. Il a dit qu'il voulait tout faire sauter. Et nous avons senti une forte odeur d'hydrocarbure. Deux minutes après, il y avait de la fumée. »

Les policiers défoncent la porte. Antonio, dont les vêtements brûlent, se réfugie dans sa chambre. Le petit Gabriel, qui a tenté d'échapper à son incontrôlable geôlier en lui donnant un coup de poing, est tombé au sol. Ses vêtements sont embrasés aussi. Il parvient à se dégager de ses liens et à se sauver. « Il a voulu nous tuer, moi et ma mère », affirme l'adolescent, dont le corps restera marqué de brûlures.

S'il n'a pas encore été interrogé sur les faits, l'accusé le répète depuis son arrestation : il ne voulait pas la mort de l'adolescent. Mais il est bien jugé pour tentative de meurtre. Son procès se tient jusqu'à jeudi.