Hauts-de-Seine : toujours plus d’aspirants VTC malgré la raréfaction des courses

La profession de chauffeur VTC attire de plus en plus, en dépit du contexte économique. C’est ce que constate la Chambre des métiers, qui, malgré le confinement, continue de recevoir les candidats. Reportage.

 Nanterre, ce mardi 10 novembre 2020. Quatre candidats ont passé leur examen pratique pour obtenir la carte professionnelle de chauffeur VTC au centre d’examen de la chambre des métiers et de l’artisanat des Hauts-de-Seine.
Nanterre, ce mardi 10 novembre 2020. Quatre candidats ont passé leur examen pratique pour obtenir la carte professionnelle de chauffeur VTC au centre d’examen de la chambre des métiers et de l’artisanat des Hauts-de-Seine. LP/Marjorie Lenhardt

Plus que quelques minutes avant le début de l'examen, le stress monte, les questions de dernière minute fusent. Les uns sont sur leur 31, d'autres en tenue plus décontractée mais pour tous, l'enjeu est le même : obtenir la carte professionnelle de chauffeur de voiture de tourisme (VTC), sésame pour exercer le métier. Ils sont quatre candidats, ce mardi après-midi à la chambre des métiers et de l'artisanat des Hauts-de-Seine, à passer la partie pratique de l'examen.

Malgré le contexte sanitaire et la baisse drastique du nombre de clients qui en découle, cela n'a pas refroidi les aspirants. Bien au contraire. Chaque jour, le centre d'examen de la CMA92 — les chambres des métiers sont habilitées à faire passer cet examen depuis l'application de la loi Grandguillaume — fait passer entre quatre et huit postulants, voire plus certains jours.

Cet été, le centre d'examen à Nanterre a tourné à plein régime pour rattraper le retard pris pendant les deux mois du premier confinement (où l'activité avait été suspendue contrairement à ce deuxième confinement). Depuis le début de l'année et jusqu'au 31 octobre, pas moins de 1369 personnes ont tenté leur chance. C'est déjà plus que l'année passée, puisque 1281 candidats avaient passé la pratique en 2019 et encore plus qu'en 2018 avec 833 aspirants chauffeurs VTC.

«L'obtention de la carte est semée d'embûches»

Et ce n'est pas fini. « 350 candidats sont déjà inscrits pour novembre et décembre », précise France-Lise, responsable des examens à la CMA 92. « Je ne m'attendais pas à cela dans ce contexte : Covid ou pas Covid, il y a la queue pour pouvoir passer l'examen », nous confiait le président de la CMA 92, Daniel Goupillat, il y a déjà quelques semaines.

Réunis sur le parking de l'institution, Trésor, Abdoulaye, Jonathan et Serkan, écoutent attentivement les consignes de Malika, chargée de la gestion administrative des examens. « Vous avez six minutes pour faire l'itinéraire, préparer un devis […] une fois arrivé, vous avez trois minutes pour présenter la facture… » Puis, tour à tour, ils partent avec leur propre voiture à double commande louée à leurs propres frais, avec un jury composé d'un représentant de la CMA et une personne habilitée, équivalente à un moniteur d'auto-école.

« La CMA a rendu les examens difficiles, l'obtention de la carte est semée d'embûches », constate Trésor, 38 ans, qui passe l'examen pour la deuxième fois. L'informaticien de Gennevilliers a dépensé un peu plus de 1230 euros entre la formation, l'examen, la location de la voiture d'examen pour obtenir le sésame. « Je veux un deuxième emploi, je passe beaucoup d'heures devant l'ordinateur, j'ai besoin de contacts humains et ça peut rapporter beaucoup d'argent, je veux bien vivre et vivre avec une seule paye de 1 500 euros, ce n'est pas facile », explique-t-il.

«Vu la conjoncture, on est obligé de cumuler les jobs, ne serait-ce que pour obtenir un crédit»

« J'ai beaucoup de candidats dans ce cas qui ont une activité et qui font cet examen en plus. D'autres ont une activité et veulent arrêter pour devenir leur propre patron pour différentes raisons… Mais surtout j'ai une grosse partie qui est en recherche d'emploi », observe Malika.

C'est le cas de Serkan, 36 ans, en recherche d'emploi depuis que l'entreprise de désamiantage pour laquelle il travaillait en tant que chargé d'affaires a été liquidée. Cet habitant d'Asnières-sur-Seine s'était inscrit à l'examen en février dernier avant que tout ne soit décalé à cause du coronavirus. Mais le trentenaire fonce malgré tout et ne voit pas d'autres solutions que d'être son propre patron.

« J'avais fait des recherches d'emploi mais même dans le bâtiment, je ne trouvais pas le même niveau de salaire qu'avant. Je suis en train d'ouvrir un restaurant et je pourrais faire chauffeur VTC le week-end en plus, vu la conjoncture, on est obligé de cumuler les jobs, ne serait-ce que pour obtenir un crédit ».

«Je sais que les chauffeurs VTC sont en souffrance actuellement mais le processus est engagé»

Nanterre, ce mardi 10 novembre 2020. Jonathan veut devenir chauffeur VTC pour avoir un complément de revenus. LP/M.L.
Nanterre, ce mardi 10 novembre 2020. Jonathan veut devenir chauffeur VTC pour avoir un complément de revenus. LP/M.L.  

Jonathan, 31 ans, cumule déjà deux emplois mais veut troquer l'un de ses CDI dans la restauration et la logistique pour le transport de particuliers quand cette « vague difficile » du covid-19 sera passée. « Financièrement j'ai besoin de cumuler deux emplois mais je pourrai mieux gérer mon temps, profiter de mon fils », espère cet habitant de Persan (Val-d'Oise).

Plus profiter de sa famille, c'est aussi l'espoir d'Abdoulaye, 40 ans, qui travaille en tant que réceptionniste de nuit dans un hôtel de La Défense depuis plusieurs années. « Je sais que les chauffeurs VTC sont en souffrance actuellement mais le processus est engagé, j'ai réfléchi pendant le confinement et me suis décidé à changer, je fais la carte et puis j'attends, je démissionnerai quand je serai bien lancé. »

Les candidats vont croiser les doigts pendant quinze jours dans l'attente des résultats. Ils se lanceront ensuite comme autoentrepreneur via différentes plateformes comme Uber ou chauffeur indépendant.