Hauts-de-Seine : prison pour le motard blessé lors d’un accident avec une voiture de police

En avril à Villeneuve-la-Garenne, l’histoire de Mouldi C. avait déclenché les passions, sur fond d’accusations de violences policières. Ce mardi, il a été condamné à seize mois d’emprisonnement pour sa conduite dangereuse.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Villeneuve-la-Garenne, le 18 avril 2020. Le choc s’était produit contre la portière d’une voiture de police.
Villeneuve-la-Garenne, le 18 avril 2020. Le choc s’était produit contre la portière d’une voiture de police.  DR

Mouldi C., le motard grièvement blessé dans un accident impliquant une voiture de police, à Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine) le 18 avril dernier, a été condamné ce mardi à seize mois d'emprisonnement. Deux de moins que la peine suggérée par la procureure, Delphine Le Bail, dans cette affaire qu'elle a qualifiée d'« emblématique ».

« Elle est l'illustration de ce fléau que sont les rodéos à moto dans les cités des Hauts-de-Seine, emblématique de l'emballement médiatique et des réseaux sociaux et de l'emballement de la violence », selon la magistrate.

La tension s'étend en banlieue parisienne après l'accident de Villeneuve-la-Garenne

Il est vrai qu'au lendemain de l'accident et après la diffusion d'une vidéo de Mouldi C. blessé, hurlant de douleur et entouré de policiers, des émeutes avaient éclaté dans le nord du département. « Mon client avait appelé au calme », s'est agacé Me Stéphane Gas, l'avocat de Mouldi, indigné que la procureur fasse de cette affaire celle des rodéos et des émeutes.

Car finalement, il ne s'agit que d'une série d'infractions routières, de l'imprudence d'un jeune homme inconscient peu soucieux du respect du Code de la route et des règles en général.

Le jeune homme roulait «à une vitesse excessive, sans casque»

Ce 18 avril 2020 au soir, il s'amuse au guidon de sa moto de cross jaune, une Suzuki non homologuée qui ne pouvait donc pas circuler en ville. « Vous vous éclatez sur une moto en roulant à une vitesse excessive, sans assurance, sans casque, en brûlant les feux rouges, en zigzaguant », résume le président du tribunal, Jacques Gazeaux.

« C'est vrai, c'était le confinement et j'étais dehors. Mais c'est parce que je voulais essayer ma moto, je voulais la tester le lendemain dans une forêt dans le Val-d'Oise. » « Mais le lendemain, c'était encore le confinement », relève le président. « Oui mais j'y serais allé en camion », répond le prévenu du tac au tac. « Mais ça revient au même » insiste le président, pas convaincu que le prévenu ait bien compris.

Il donne un coup de guidon à droite, la portière s'ouvre

Donc ce soir d'avril, Mouldi « tourne avec [sa] moto ». Les caméras de surveillance le filment à partir de 21h30. Il multiplie les imprudences, roule trop vite, prend les sens giratoires à l'envers, les pistes cyclables ou voies du tramway…

Newsletter L'essentiel du 92
Un tour de l'actualité des Hauts-de-Seine et de l'IDF
Toutes les newsletters

Neuf minutes plus tard, Mouldi déboule avenue de Verdun. Une voiture de police est arrêtée au feu rouge. Le motard roule au milieu de la voie. Puis donne un coup de guidon à droite pour dépasser la voiture. Le policier passager ouvre justement la portière pour contrôler le motard. Portière que Mouldi percute sur la tranche.

« Pourquoi avoir fait cet écart par la droite ? » l'interroge le président. « Je n'allais pas m'arrêter au feu parce que c'était le confinement, et je n'avais pas le droit de tourner en cross », se justifie le prévenu.

«Boiteux toute sa vie»

« Il assume avoir fait n'importe quoi et il va le payer toute sa vie », a plaidé son avocat, évoquant les blessures graves de son client qui restera « un boiteux toute sa vie ».

Le tribunal a relaxé Mouldi pour le rodéo filmé dans l'après-midi, toujours dans les rues de Villeneuve-la-Garenne. « L'identification du conducteur est impossible », a justifié le président. De même, il est relaxé pour le défaut d'assurance car la moto étant non homologuée, Mouldi ne risquait pas de l'assurer.

« La peine est disproportionnée, a commenté M e Gas au sortir de l'audience, insistant sur la relaxe pour rodéo urbain. En fait il est condamné pour avoir doublé par la droite. » Ce procès ne clôt pas totalement l'affaire. Mouldi C. a en effet déposé une plainte avec constitution de partie civile contre la police, ce qui oblige la justice à enquêter. Le prévenu estime la police responsable de son accident.