Hauts-de-Seine : les Bistrots pas Parisiens sur pause encore deux mois

Le groupe cofondé par Hakim Gaouaoui et Norbert Tarayre compte huit restaurants dans le département, qui auront fermé six mois cette année à cause de la crise sanitaire. Ce qui n’est pas sans conséquence pour l’avenir.

 Suresnes, le 24 novembre. Comme le restaurant Là-Haut, les sept autres adresses du groupe les Bistrots pas Parisiens, cofondé par Hakim Gaouaoui (notre photo) et Norbert Tarayre, sont actuellement fermés
Suresnes, le 24 novembre. Comme le restaurant Là-Haut, les sept autres adresses du groupe les Bistrots pas Parisiens, cofondé par Hakim Gaouaoui (notre photo) et Norbert Tarayre, sont actuellement fermés LP/ Anne-Sophie Damecour

La vue sur La Défense fait le charme du lieu avec son immense baie vitrée. Mais la salle du restaurant Là-Haut, à Suresnes, où règne d'habitude une effervescence à l'heure du déjeuner et du dîner est d'un calme rare. Il en sera ainsi jusqu'au 20 janvier.

Soit trois mois de fermeture totale, due au confinement actuel, lié à la pandémie de Covid-19, qui viennent s'ajouter aux trois mois du printemps dernier. Si les dernières annonces du président de la République ne sont pas une surprise pour Hakim Gaouaoui, le cofondateur des Bistrots pas Parisiens avec Norbert Tarayre, elles s'accompagnent de beaucoup de questions.

Pour son groupe, lancé en 2014 et qui possède aujourd'hui huit restaurants dans le nord des Hauts-de-Seine (Splash à Asnières, Saperlipopette à Puteaux, Macaille et Là-Haut à Suresnes, Sapristi et Perlin Tatin à Rueil-Malmaison, Bistrot de Paris à Colombes, O Mazette ! à La Défense), cette année 2020 aura des conséquences sur le long terme. Actuellement, les 285 salariés sont au chômage partiel, tous les établissements étant fermés. Seule la boulangerie-pâtisserie Perlin Tatin, située à Rueil-Malmaison est ouverte.

« Nous ne vendons pas des pizzas ou des sushis, il nous était impossible de fonctionner avec les plateformes de livraison », explique Hakim Gaouaoui, qui s'est imposé en six ans sur le département avec un concept ayant rapidement trouvé son public.

Des restaurants branchés, comme à Paris, sans avoir à se rendre à la capitale. « Nous avons su créer un écosystème en petite couronne, avec une offre de restauration qui n'existait pas, qui génère de l'activité et de l'emploi », souligne le patron, qui « remercie la maire de Paris d'avoir rendu la capitale aussi inaccessible ! ».

Des projets différés

Son concept, le chef d'entreprise y croit toujours dur comme fer, même si la pandémie vient contrarier un plan de développement ambitieux. Le groupe devait ouvrir cinq nouveaux restaurants cette année à Sèvres, Puteaux, Clamart, Bois-Colombes et Saint-Cloud.

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« Les projets sont validés mais désormais en attente, et on ne pourra évidemment pas tous les ouvrir en même temps », précise le patron qui doit faire face à une nouvelle équation. « En temps normal, l'ouverture d'un restaurant est financée à 20 % par un apport du groupe et 80 % par un prêt mais aujourd'hui, les banques ne prennent plus aucun risque. »

Le patron accueille donc avec réserve les annonces gouvernementales. « Des mesurettes, qui donnent l'illusion d'accompagner les restaurateurs mais en réalité, seuls les salariés sont protégés », estime-t-il, considérant que le chômage partiel n'est « ni plus, ni moins qu'un transfert de charges financières avec l'assurance chômage, pour éviter les licenciements qui auraient été inéluctables ».

Comme beaucoup de restaurateurs, le groupe bataille également avec son assurance pour obtenir l'indemnisation des six mois de perte d'activité. Ces pertes représentent actuellement 150 000 euros par mois, selon le patron, et impactent mécaniquement sa trésorerie.

«Personne ne demande de cadeau, nous voulons seulement avoir les moyens d'exister»

« C'est scandaleux car non seulement il faut aller devant les tribunaux pour faire valoir ses droits mais les professionnels reçoivent désormais un avenant à leur contrat excluant toute garantie de pertes d'exploitation en cas de pandémie », détaille le patron, alors que de nombreux chefs montent au front sur le sujet.

Le chef Norbert Tarayre est l’associé de Hakim Gaouaoui. LP/Bénédicte Agoudetsé
Le chef Norbert Tarayre est l’associé de Hakim Gaouaoui. LP/Bénédicte Agoudetsé  

« Personne ne demande de cadeau, nous voulons seulement avoir les moyens d'exister encore demain », plaide Hakim Gaouaoui, qui met sur la table plusieurs pistes. À commencer par la baisse temporaire de la TVA à 5,5 %, qui permettrait de soutenir le secteur mais à laquelle le ministre de l'Économie n'est pas favorable. « C'est une mesure simple qui permettrait de dégager des marges de manœuvre et de relancer l'activité », défend le patron.

De son côté, le gouvernement assure préférer les « aides directes ». « Là encore, il y a des annonces mais nous sommes dans l'incertitude totale, avec une impossibilité de nous projeter », déplore-t-il, faisant référence aux aides évoquées mardi avec une subvention pouvant atteindre 20 % du chiffre d'affaires perdu.

« Pour qui, sur quelle période et avec quel plafond ? », enchaîne-t-il, précisant que certains de ses restaurants, considérés comme des entités de la holding, pourraient « éventuellement bénéficier de la mesure, mais sans certitude ».

Hakim Gaouaoui veut néanmoins rester optimiste, en raison de la solidité du groupe et de son potentiel. « Nous avons la chance de ne pas dépendre de l'activité touristique, souligne-t-il. Et comme nous l'avons constaté cet été, au moment de la réouverture, nos clients vont revenir nombreux car nous sommes avant tout des marchands de bonheur ! »