Hauts-de-Seine : le calvaire de Lyes Alouane, héraut de la lutte contre l’homophobie en banlieue

A Gennevilliers, le jeune homme, engagé avec l’association Stop homophobie, avait subi plusieurs agressions au printemps 2018. Un de ses harceleurs présumé sera jugé ce mercredi, au tribunal correctionnel de Nanterre.

 Gennevilliers, 2018. Lyes Alouane, 25 ans aujourd’hui, a longtemps habité dans la cité-jardins. Victime d’insultes et d’agressions, il a payé le prix fort son engagement contre l’homophobie.
Gennevilliers, 2018. Lyes Alouane, 25 ans aujourd’hui, a longtemps habité dans la cité-jardins. Victime d’insultes et d’agressions, il a payé le prix fort son engagement contre l’homophobie. LP/O.B.

Son agresseur présumé, Lyes Alouane avait l'habitude de le croiser, ou plutôt de l'éviter, au pied des immeubles de la cité-jardins, à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), où résonnaient, à chaque rencontre ou presque, les insultes homophobes. Mais ce mercredi, c'est au palais de justice de Nanterre que les deux hommes ont rendez-vous. Et cette fois-ci, pas question d'esquiver.

Car cette audience, Lyes Alouane l'a attendue longtemps. Devant la 17e chambre du tribunal correctionnel, Mohamed S., 26 ans, est jugé pour « menaces de mort proférées en raison de l'orientation sexuelle ». Des menaces lancées à Gennevilliers, le 8 mai 2018.

A l' époque, Lyes Alouane avait choisi d'incarner, pour le meilleur et pour le pire, la lutte contre l'homophobie en banlieue. D'abord en témoignant de son propre parcours, puis en inaugurant la première antenne, au-delà du périphérique parisien, de l'association Stop Homophobie.

« Il y avait des rues que je ne pouvais plus emprunter »

« J'avais décidé de porter ce combat et forcément, je me suis retrouvé d'un coup plus exposé, relève-t-il aujourd'hui. Les insultes, les agressions, j'ai toujours connu ça. Mais à ce moment-là, elles ont redoublé de violences. Il y avait des rues que je ne pouvais plus emprunter, des endroits où je ne pouvais plus me rendre. C'était littéralement du harcèlement. »

Car dans le quartier où il a pourtant grandi, l'engagement de Lyes pour la cause gay dérange. Certains lui reprochent d'associer, aux yeux du grand public, homophobie et jeunes de banlieue. D'autres jalousent tout simplement sa naissante notoriété médiatique.

Des agressions devenues régulières

« Quelques jeunes de son quartier, et notamment son agresseur, semblent au final plus embêtés par son identité de genre, sa façon de se comporter, que par son orientation sexuelle » observe son avocat, Me Étienne Deshoulières.

Reste qu'en ce printemps 2018, les crachats, les insultes, les coups deviennent réguliers. L'une de ces agressions, filmée par les caméras d'Envoyé Spécial, suscite même un vif émoi lors de la diffusion de l'émission, le 7 février 2019, sur France 2.

Mais en dépit de l'émotion, Lyes Alouane l'assure : « Se faire entendre n'a pas été simple ». A six ou sept reprises, le jeune homme assure être reparti du commissariat, tête basse, découragé de ne jamais voir ses plaintes aboutir.

« Elles ont toutes été classées sans suite, se désole-t-il. Et sans l'aide de l'association Stop Homophobie, j'aurais certainement fini par laisser tomber. Ils m'ont soutenu à la fois moralement et financièrement. »

Il espère un « changement de mentalité » de son agresseur

Du procès de ce mercredi, Lyes Alouane, qui a quitté Gennevilliers pour emménager à Paris, dit espérer être enfin reconnu comme victime. Il attend aussi « une condamnation » de Mohamed S.

« J'aimerais surtout qu'il ait à effectuer un stage de sensibilisation au sein d'une association LGBT. C'est une expérience qui pourrait amener chez lui une prise de conscience et un changement de mentalité. »

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