Hauts-de-Seine : en pleine tempête, ils ont osé créer leur entreprise

Couvre-feu, reconfinement, fermeture des commerces non essentiels… Faisant fi du contexte plus qu’incertain, des entrepreneurs comme Julien Gracia à Boulogne-Billancourt ont lancé leur affaire. La deuxième vague compromet leur avenir.

 Boulogne-Billancourt, mardi 27 octobre 2020. Malgré le contexte sanitaire et économique incertain Julien Gracia a ouvert son restaurant « Les Beaux Dégâts » il y a un mois. Le jeune entrepreneur veut rester optimiste.
Boulogne-Billancourt, mardi 27 octobre 2020. Malgré le contexte sanitaire et économique incertain Julien Gracia a ouvert son restaurant « Les Beaux Dégâts » il y a un mois. Le jeune entrepreneur veut rester optimiste. LP/Marjorie Lenhardt

Il a ouvert son restaurant une semaine avant la fermeture obligatoire des bars à Paris et dans la petite couronne. Après avoir passé deux ans à mûrir son projet, chercher un local et des fournisseurs, Julien Gracia ne se voyait pas tout retarder, et a donc inauguré « Les Beaux Dégâts » à Boulogne-Billancourt il y a tout juste un mois. Malgré la deuxième vague de l'épidémie de Covid-19.

Toujours optimiste face aux vents contraires, même à la veille de nouvelles annonces restrictives, le trentenaire essaye de s'adapter au jour le jour. « Bien sûr que ce n'est pas facile de commencer dans un tel contexte, mais c'est ce que je voulais faire depuis des années. Je me dis que je commence en bas, donc je ne peux que remonter. Je comprends que ce soit plus difficile pour ceux qui étaient déjà au top », raconte le Boulonnais. Il propose des déjeuners sur le pouce - sandwichs, quiches et soupes - préparés par ses soins et des dégustations de vins de producteurs locaux, tapas et planches.

« Il faut bien que la vie continue »

Afin de s'adapter au couvre-feu, le gérant a modifié ses horaires en ouvrant dès 9 heures le matin au lieu de 11 heures et dès 17 heures l'après-midi. « Ça commençait à prendre notamment le midi, comme il y a beaucoup de bureaux autour. Mais entre les vacances et le télétravail, c'est retombé. Par contre, le soir, ça fonctionne bien car mes produits et formules d'apéro-dînatoires correspondent bien au couvre-feu », expliquait Julien Gracia il y a deux jours. Les annonces d'Emmanuel Macron risquent de lui porter un coup très dur.

Dans un autre quartier de Boulogne-Billancourt, Michèle et Pierre Jung, un couple qui travaille dans la restauration depuis une vingtaine d'années, ont également ouvert un établissement, « La Tambouille » le 14 octobre dernier, en « pleine tourmente », alors que tout le monde les décourageait. Ils ont modifié les horaires pour respecter le couvre-feu en ouvrant plus tôt et vont certainement mettre en place un système de « click and collect » qui permettra de réserver des plats en ligne et les récupérer.

Michèle et Pierre Jung ont ouvert le restaurant La tambouille le 14 octobre/DR
Michèle et Pierre Jung ont ouvert le restaurant La tambouille le 14 octobre/DR  

« C'est le projet d'une vie, ils en rêvaient depuis des années, ils ne se voyaient pas tout abandonner alors qu'ils venaient d'obtenir le local. Ils ont travaillé le projet pendant le confinement et fait les travaux après. Il faut bien que la vie continue », explique Amale Cosma, sœur et associée de Michèle.

« Avec les annonces qu'on attend, j'ai des craintes »

De son côté, l'entrepreneuse est aussi à la tête d'un réseau de microcrèches qu'elle va continuer d'étendre en Ile-de-France en début d'année prochaine. « Je suis plutôt quelqu'un de positif, je ne vais pas baisser les bras », explique-t-elle.

À Rueil-Malmaison, Tayyab Syed a lui aussi ouvert son restaurant de cuisine indienne et pakistanaise, le Diwali, en ces temps troublés. « Je devais prendre les clés en mars. Avec le confinement, ça a été reporté en juin, raconte le restaurateur. Ça commençait à bien marcher le midi, mais là, avec les annonces qu'on attend, j'ai des craintes. Je ne suis pas sûr de tenir. »

Près de 3500 créations d’entreprises en septembre

« Après un creux en avril, nous constatons un redressement des créations d’entreprises depuis l’été, indique Pascale Roux, élue à la chambre de commerce et d’industrie des Hauts-de-Seine (CCI 92). Il y a eu 2885 en juin, 3494 créations en septembre. On se rapproche des chiffres de 2019. »

La CCI 92 vient d’ailleurs de lancer la sixième édition du concours des jeunes entreprises Made in 92 intitulé justement « entreprendre dans la tempête ». « Le confinement a aussi été l’occasion de mûrir des projets, c’est pour cela que nous avons intensifié notre dispositif d’accompagnement aux jeunes créateurs, Webinars, mis en place à distance. »

La Chambre de métiers et de l’artisanat des Hauts-de-Seine - (CMA92) a également constaté un report des créations d’entreprises à partir du mois de septembre, avec 425 immatriculations au registre des métiers contre 327 le même mois l’année passée. En tout, il y a eu 2723 immatriculations auprès de la chambre des métiers depuis le mois de janvier contre 3374 sur la même période en 2019, soit une baisse de 19 %. Moins de créations, mais aussi moins de radiations, avec une baisse de 40 % (1954 contre 1174).

« Il y a quand même une dynamique et toujours plus d’immatriculations que de radiations ou de liquidations », constate Daniel Goupillat, président de la CMA 92. Ce dernier note toutefois que plus de 50 % des créations sont des autoentreprises dont la durée de vie maximale n’excède souvent pas trois ans.