Hauts-de-Seine : avec l’essor du télétravail, ses fauteuils de bureau d’occasion font un carton

Tricycle, entreprise d’insertion basée à Gennevilliers, commercialise du mobilier de bureau d’occasion, récupéré puis retapé. Effet collatéral de la crise sanitaire, ses ventes ont explosé.

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 Gennevilliers, le 16 février. La société dirigée par Raphaëlle George vend du matériel cinq fois moins cher qu’à l’état neuf.
Gennevilliers, le 16 février. La société dirigée par Raphaëlle George vend du matériel cinq fois moins cher qu’à l’état neuf. LP/Olivier Bureau

« Ça, c'est la Rolls du fauteuil de bureau avec dos massant. Un Hermann Miller, c'est 2000 euros neuf, ici c'est 399 », cite en exemple Raphaëlle George, la directrice générale adjointe (DGA) de Tricycle.

Cette entreprise d'insertion basée quai des Grésillons, à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), s'est spécialisée dans la vente de matériel de bureau d'occasion. La crise sanitaire et l'essor du télétravail, qui l'accompagne depuis bientôt un an, ont rebattu les cartes.

«On en est à 600 articles vendus par mois !»

Les produits phares de Tricycle, le fauteuil et la chaise de bureau, qui représentent 41 % des ventes, s'arrachent comme des petits pains ces derniers mois. « Pour ces produits, la progression est de 30 % au cours de l'année passée. On en est à 600 articles vendus par mois ! Nous avons 40 références de fauteuils et 60 de chaises », détaille Raphaëlle George.

« On travaille surtout avec les entreprises, mais les particuliers représentent quand même 10 % de nos clients. Avant la crise, les proportions étaient les mêmes, ce sont les volumes qui ont changé », précise Raphaëlle George.

Ici, en contrebas de l'avenue Marcel-Paul qui enjambe la Seine, le matériel est vendu à 20 % de son prix neuf. Un fauteuil coûte de 79 à 399 euros. « Mais attention, on ne fait que du haut de gamme », précise la directrice.

Du mobilier neuf à partir de déchets en bois

Dans l'immense entrepôt de 5000 mètres carrés, des centaines de sièges nettoyés, restaurés, remis à neuf ont colonisé des racks à perte de vue. Tricycle vend aussi des tables, des étagères, des portemanteaux et autres caissons.

Un peu plus loin dans le bâtiment, on trouve des parois amovibles, des dalles de faux plafond, des radiateurs, des cuvettes de toilettes, des passe-câbles et des éclairages en pagaille. Car Tricycle ne se limite pas à la revente de matériel de bureau récupéré.

Gepetto est la filiale qui fabrique des meubles neufs avec du matériel issu d’opérations de vidage de bureaux, par exemple à La Défense./LP/O.B.
Gepetto est la filiale qui fabrique des meubles neufs avec du matériel issu d’opérations de vidage de bureaux, par exemple à La Défense./LP/O.B.  

La PME, fondée en 2009 par Xavier Porcher, est en fait un ensemble d'ateliers aux missions bien précises. A sa création, l'enseigne a commencé par récupérer les déchets des entreprises (papier, piles, etc.). En 2016, la société est passé aux DIB, les déchets non inertes et non dangereux, et aux déchets d'ameublement.

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Dans la foulée, Xavier Porcher a créé Rénov Office, une branche chargée de retaper, embellir et redimensionner des bureaux. Dans cette veine, 2020 voit la naissance de l'atelier Gepetto, qui fabrique du mobilier neuf à partir de déchets comme des panneaux de bois.

Une cinquantaine de salariés en insertion

Tricycle s'attelle aussi à des activités plus lourdes comme le curage d'entreprise. « On enlève tout, des murs au plafond en passant par les sanitaires, les fils électriques. Ensuite, tout est revendu d'occasion, via notre filiale Bâti Cycle, ou réutilisé. L'idée est de produire le moins de déchets. Quand on part, il ne reste que les quatre murs », décrit Raphaëlle Georges.

Tricycle s'est ainsi occupé du vidage de la tour Saint-Gobain (33000 mètres carrés) et du curage de la tour Engie (17000 mètres carrés) à La Défense. Ce que la société ne peut pas prendre en charge est injecté dans le circuit du recyclage. Des organismes spécialisés s'occupent par exemple des déchets d'ameublement et électroniques.

Un incessant ballet de camions apporte des tonnes d’équipements et de matériaux, qui seront nettoyés, retapés et revendus. LP/O.B.
Un incessant ballet de camions apporte des tonnes d’équipements et de matériaux, qui seront nettoyés, retapés et revendus. LP/O.B.  

Les tonnes d'équipement récupérées sont acheminées par camion à Gennevilliers – la société dispose de 20 utilitaires et d'un poids lourd. Tout est pris en charge par une cinquantaine de personnes en insertion, des migrants et des personnes en difficulté orientées par Pôle emploi et les missions locales.

Des clients séduits par le rapport qualité-prix

A l'autre bout de la chaîne, le showroom et la vente. Ce jour-là, Philippe, patron d'une société de conseil, est venu faire du repérage. « Le côté économie sociale et solidaire est un plus mais ce qui m'attire, c'est surtout l'aspect financier, reconnaît le chef d'entreprise. J'ai besoin d'équiper deux bureaux et ici, on a des produits d'excellente qualité, du très haut de gamme pour le prix du tout-venant. »

Parmi ses clients, la PME sociale et écologique de Gennevilliers compte logiquement la mairie de cette ville. « On a équipé leur nouveau service emploi, il y a deux ans et demi », se souvient Raphaëlle George.

« Parfois, c'est assez sportif. En décembre dernier, le PDG d'un grand groupe a décidé d'équiper ses salariés en télétravail, se souvient Raphaëlle George. On a livré 300 fauteuils à domicile dans l'Ouest parisien en quelques jours. Un vrai marathon ! »

 
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