Hauts-de-Seine : à Nanterre et Villeneuve-la-Garenne, l’espérance de vie limitée rime avec pauvreté

Dans les Hauts-de-Seine, c’est dans ces villes que l’on vit le moins longtemps. Deux communes populaires où le chômage et la pauvreté sont élevés.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Ville très populaire, Nanterre comporte aussi sur son territoire le plus grand centre d’hébergement pour les personnes sans abri à proximité de Paris, le Chapsa.
Ville très populaire, Nanterre comporte aussi sur son territoire le plus grand centre d’hébergement pour les personnes sans abri à proximité de Paris, le Chapsa. LP/C-E. AK

Comment expliquer que l'espérance de vie est la plus réduite dans les deux communes les plus populaires, pour ne pas dire pauvres, des Hauts-de-Seine, Nanterre et Villeneuve-la-Garenne? La réponse est déjà dans la question.

A l'inverse, elle est la plus longue à Vaucresson pour les femmes et Saint-Cloud pour les hommes. L'écart est flagrant avec ces deux villes réputées aisées.

Une femme vit en moyenne six ans de plus à Vaucresson qu'à Villeneuve (89,5 contre 83,4 ans). La différence est du même ordre pour les hommes. Un habitant de Saint-Cloud peut compter vivre en moyenne jusqu'à 84,1 ans, alors que celui qui vit à Nanterre a une espérance de vie de 77,6 ans, soit 6,5 ans de moins.

A Villeneuve, l'observatoire régional de santé (ORS) confirme que la mortalité générale est « significativement supérieure au niveau régional ». Il en dresse le tableau d'une commune où les voyants sociaux sont au rouge : un taux de chômage de 18,4 % (6 points que plus que la moyenne régionale), un taux de pauvreté de 24 % (de 8,7 points supérieurs à la moyenne régionale), un jeune de 20 à 24 ans sur cinq sans emploi, etc.

L'ORS détaille aussi les pathologies de la population. En particulier, plus de 8 % de la population de cette ville du nord des Hauts-de-Seine est traitée pour du diabète contre 5,2 % au niveau francilien et 6,1 % dans le département.

« L'explication de ces chiffres est bien sociale. Villeneuve a une culture de l'accueil depuis quelques décennies, analyse Pascal Pelain, le maire (UDI). En plus, nous avons un déficit en médecins sur la ville. Lutter contre la pauvreté et pour un meilleur accès aux soins, c'est lutter contre une espérance de vie aussi basse. Nos projets en matière d'urbanisme et la création d'un centre de santé vont dans ce sens. »

Des employés en première ligne depuis le Covid

Pour le conseiller municipal PCF Gabriel Massou, une commune comme Villeneuve, avec une forte proportion d'ouvriers, employés et personnes sans diplôme, est forcément plus exposée aux problèmes de santé. « Ce sont des villes, qui concentrent ceux qui sont actuellement en première ligne ( NDLR : pendant la crise sanitaire), comme les personnes qui travaillent dans le nettoyage et l'entretien. On l'a vu au printemps avec un pic de mortalité à Villeneuve ou Gennevilliers », commente l'élu.

Newsletter L'essentiel du 92
Un tour de l'actualité des Hauts-de-Seine et de l'IDF
Toutes les newsletters

A Nanterre, les inégalités sociales et l'espérance de vie sont aussi étroitement liées. Dans la ville préfecture, le chômage dépasse les 16 % et le taux de pauvreté 21 %, soit un peu moins qu'à Villeneuve mais, globalement, le niveau de vie des ménages demeure inférieur au reste de la région.

« Je suis, hélas, peu étonné. Les enquêtes qui se succèdent aboutissent aux mêmes conclusions, commente Didier Debord, conseiller municipal délégué (PS) à la santé et à la prévention. On a beau vivre dans le département le plus riche de France, en matière sanitaire, il y a des inégalités territoriales flagrantes. Les mauvaises conditions de travail, la pollution, la pénibilité du travail, le mal-logement jouent un rôle évident. Le mode de vie aussi… »

Un taux de mortalité élevé à Nanterre dû en partie au centre de sans-abri

Or, Nanterre compte sur son territoire le centre d'accueil et de soins hospitaliers (Cash) et le plus grand centre d'hébergement pour les personnes sans abri à proximité de Paris (le Chapsa). « Le taux de mortalité est très élevé car le lieu de décès est pris en compte, fait valoir Didier Debord. De plus, la population des Ehpad et du service hébergement de l'hôpital est bien pris en compte dans les calculs, ce qui explique et favorise également ce taux élevé. »

L'ORS confirme ce diagnostic. « Ce sont toujours les ouvriers, qui vivent le moins longtemps, et les cadres et professions intellectuelles supérieures qui ont l'espérance de vie la plus longue, indique l'étude. Ces inégalités sont d'autant plus injustes qu'elles se doublent d'un nombre d'années de vie en bonne santé (sans incapacité) d'autant plus réduit que l'on descend le long de l'échelle sociale. »