Gennevilliers : quand les toilettes deviennent des poubelles, ça sent «la boule puante»

Les canalisations bouchées par des lingettes et autres déchets provoquent des émanations d’un gaz dangereux et une odeur pestilentielle. Jusqu’à entraîner l’évacuation des locataires de la tour Saint-Just.

 Gennevilliers, le 1er octobre. Une équipe de techniciens a dû déboucher les canalisations de la tour Saint-Just, envahies de détritus.
Gennevilliers, le 1er octobre. Une équipe de techniciens a dû déboucher les canalisations de la tour Saint-Just, envahies de détritus.  LP/Simon Gourru

Comme une odeur d'œuf pourri dans l'air. C'est avec cela que vivent depuis plusieurs mois les riverains d'un immeuble de la place Saint-Just, dans le quartier Fossé-de-l'Aumône à Gennevilliers. Des effluves persistants qui ont entraîné l'intervention des pompiers dans la nuit de mardi à mercredi. Une quinzaine de personnes ont été évacuées temporairement. Car l'odeur épouvantable pourrait être le signe d'une trop forte concentration dans l'air de sulfure d'hydrogène, un gaz qui peut se révéler mortel en cas d'inhalation à forte dose.

Les habitants de la tour Saint-Just se plaignent régulièrement de ces effluves nauséabonds. Mais c'est le comportement de certains qui en serait en cause : l'utilisation de détergents dans les canalisations bouchées par des produits inadaptés, des lingettes notamment, serait à l'origine de cette situation.

«C'est angoissant»

Ce jeudi, dans le quartier, l'évacuation fait toujours débat. Fabrice* fait partie des résidents de la tour Saint-Just qui ont été réveillés par les sapeurs-pompiers mercredi vers 2 heures du matin. « Nous sommes restés rassemblés dans le hall d'un autre bâtiment jusqu'à 5 heures, détaille-t-il. C'était comme une odeur de boule puante. Et ce n'est pas la première fois. »

Cette fois-ci, l'intervention des pompiers a renforcé l'inquiétude des habitants. « Quand on habite seul, être réveillé en pleine nuit comme ça, c'est angoissant », souffle une retraitée.

Après aération des logements puis mesure de l'air ambiant par les pompiers, tous ont pu regagner leur appartement.

Ce n'est pas la première fois que ce produit l'incident. Une mère de famille se plaint de ne pas pouvoir laisser ses fenêtres ouvertes, « à cause de cette odeur de pourri ». Pour autant, certains se sont accommodés de la gêne. « Je n'appelle même plus les pompiers, on sait que cela vient des égouts », soupire un retraité.

Pour la mairie, c'est un seul locataire qui, en déversant trois litres de détergent dans ses conduits, serait à l'origine de l'incident du début de semaine. « La décomposition organique produit du méthane. Si on y ajoute des produits corrosifs, on est susceptible de fabriquer une bombe chimique ! », explique Christophe Liévin, directeur général de Gennevilliers Habitat, principal bailleur social de la ville, qui gère la tour Saint-Just.

«Les gens jettent vraiment tout et n'importe quoi !»

D'où l'odeur nauséabonde qui envahit par moments certaines habitations. « Quand on le sent, c'est encore détectable, mais à forte concentration c'est inodore et d'autant plus dangereux, prévient Christophe Liévin. Il vaut mieux prévenir en évitant les bouchons, donc ne jeter dans les toilettes que ce qui peut l'être. »

Une société d'assainissement était à pied d'œuvre, jeudi, pour nettoyer chaque canalisation du quartier, bouche d'égout après bouche d'égout. Et pour les deux ouvriers qui ressortent des poignées de lingettes et autres produits en papier inadapté aux conduits d'évacuation, l'explication est tangible.

La tour Saint-Just leur donne presque des sueurs froides. « Laisse tomber, lance l'un d'eux. C'était blindé, les gens jettent vraiment tout et n'importe quoi ! »

C’est par poignées que les ouvriers chargés de déboucher les égouts ont sorti des tas de lingettes.LP/Simon Gourru
C’est par poignées que les ouvriers chargés de déboucher les égouts ont sorti des tas de lingettes.LP/Simon Gourru  

Pour l'élu chargé du quartier, Éloi Simon, une particularité locale ne fait qu'accentuer le problème. « Gennevilliers est une ville très plate. Il y a moins de vingt mètres d'écart entre le point le plus haut et le plus bas, détaille-t-il. L'eau des canalisations s'écoule donc plus lentement. Cela, combiné à de mauvais usages et on se retrouve dans des situations comme à Saint-Just. »

«Déjections et papier hygiénique, pas plus !»

Une problématique de plus en plus fréquente que connaît bien Veolia, amené à intervenir régulièrement sur ce type de dossier. « Durant le confinement, 70 % de nos interventions étaient liées à des problèmes de conduits bouchés suite à des usages inappropriés, détaille-t-on du côté de la société. Les gens ne comprennent pas toujours que les toilettes ne sont pas des poubelles. Elles sont faites pour gérer les déjections et le papier hygiénique et pas plus ! »

Si certains locataires de la Tour Saint-Just se plaignent de l'état du bâtiment, le bailleur réfute tout manque d'entretien. « C'est du bâti ancien mais entretenu, rassure Christophe Liévin. Sur la tour Saint-Just, il y a déjà eu deux campagnes curatives de la colonne d'eaux usées cette année et nous allons en programmer une troisième. » Un effort va également être apporté sur la prévention. « Quand on habite en logement collectif, cela entraîne certaines responsabilités. Les gens ne sont pas toujours bien informés, cela sera l'occasion de leur rappeler. »