Gennevilliers : «Il n’y a pas de raison que les Amap s’arrêtent à l’entrée de la cité !»

Une quatrième association pour le maintien de l’agriculture paysanne vient d’ouvrir dans le quartier populaire du Luth. Loin du gadget bobo, la formule séduit désormais toutes les populations.

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 Gennevilliers (Hauts-de-Seine), le 17 février. Dans le quartier du Luth, de nouvelles inscriptions ont eu lieu dès l’inauguration de l’Amap.
Gennevilliers (Hauts-de-Seine), le 17 février. Dans le quartier du Luth, de nouvelles inscriptions ont eu lieu dès l’inauguration de l’Amap. LP/Olivier Bureau

Les Amap ne cessent de pousser à Gennevilliers. Une quatrième association pour le maintien de l'agriculture paysanne est entrée en service la semaine passée, à l'espace Aimé-Césaire, dans le quartier du Luth. La distribution a lieu tous les mercredis sur inscription.

Le principe est simple : des producteurs locaux, ou en tout cas proches, fournissent des vivres, fruits et légumes principalement, bio, aux adhérents qui payent d'avance. C'est du gagnant-gagnant : un revenu assuré pour l'agriculteur, d'un côté, et des produits plus respectueux de l'environnement et des paysans, de l'autre.

Longtemps une image a collé aux Amap, celle d'un gadget pour « bobos parisiens ». « Leur succès à Gennevilliers prouve le contraire », balaye Angélique Dupont, cofondatrice de l'association Consom'acteurs, qui gère les quatre Amap. Le Village, les Grésillons, les Agnettes et maintenant le Luth : aujourd'hui plus de 150 habitants ont adhéré à ces structures qui quadrillent la commune.

«J'ai adhéré dès que j'ai vu l'annonce»

Les Amap de Gennevilliers travaillent avec des producteurs bios du Perche, à deux heures de route. La petite nouvelle a commencé avec 11 adhérents et un objectif de 20 personnes avant fin avril et la fermeture annuelle d'un mois. Le jour de son inauguration, il a fallu moins de 20 minutes pour que quatre habitantes du quartier et de ses environs la rejoignent.

« J'ai adhéré dès que j'ai vu l'annonce. Consommer responsable et le fait que ce soit juste à côté de chez moi m'a convaincue », explique Johanna, une infirmière de 27 ans qui se familiarise avec la vente de betteraves, céleris-raves et autres carottes sableuses.

«Manger mieux préoccupe tout le monde»

« Aujourd'hui, manger mieux préoccupe tout le monde. Les Amap, je n'y connaissais rien, alors j'attends de pouvoir visiter l'exploitation du producteur », ajoute la jeune femme. Le producteur justement, c'est Anthony, maraîcher à La Loupe, une petite commune d'Eure-et-Loir.

Celui qui ne fait que du bio a arrêté de travailler avec les grossistes et la grande distribution pour concentrer son activité sur les Amap. A ses yeux, le système ne présente que des avantages.

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« Les adhérents payent en avance, alors, cela nous assure un revenu régulier et de la trésorerie, appuie-t-il. On a de la fiabilité. Même en faisant les marchés, il y a le risque d'invendus. Pas avec les Amap : on cueille ce que l'on vend. Résultat, zéro perte. Ce système offre aussi quelques surprises aux adhérents qui découvrent certains légumes. »

A Gennevilliers, les curieux se succèdent devant l'étal de la nouvelle association. A quelques mètres de là, se dressent les barres de cette cité sensible. L'arrivée de l'Amap n'est pas jugée incongrue.

« Il y a cette image bobo mais aujourd'hui, elle est dépassée. Tout le monde a entendu parler des circuits courts, du bio et de la nécessaire solidarité avec les agriculteurs. Alors oui, j'habite au Luth et je vais adhérer », confirme Amal.

«Ça permet de se retrouver autour de valeurs communes»

« On est tous conscients qu'il faut se serrer les coudes et être solidaires. L'Amap permet de l'être avec les agriculteurs », estime Christelle. Éloi, lui, vient du Fossé de l'Aumône, la cité voisine. « C'est une association et cela demande de l'engagement mais il n'y a pas, il n'y a plus, de raison que les Amap s'arrêtent à l'entrée de la cité », assure le jeune père de famille.

« Ça permet de se retrouver autour de valeurs communes et ces distributions sont des moments de convivialité, qui prennent une saveur toute particulière en ce moment », ajoute Anne, 59 ans.

L’Amap du quartier du Luth, à Gennevilliers, compte recruter une vingtaine d’adhérents d’ici le mois d’avril. LP/O.B.
L’Amap du quartier du Luth, à Gennevilliers, compte recruter une vingtaine d’adhérents d’ici le mois d’avril. LP/O.B.  

En un an, la demande a considérablement augmenté. « Il y a un an, je fournissais sept Amap, aujourd'hui huit : deux à Chartres (Eure-et-Loir), autant à Gennevilliers, une à Colombes, une à Louveciennes (Yvelines) et deux plus près d'ici, énumère Anthony, le maraîcher. Ce sont surtout les quantités commandées qui ont explosé. »

Quinze ans de mobilisation

A Gennevilliers, ce succès est le résultat de quinze ans de mobilisation pour l'association Consom'acteurs'Acteurs. Outre les Amap, la boutique coopérative la Gennevilloise affiche plus de 130 adhérents et l'Agrocité, indépendante de l'association mais qui œuvre dans le même domaine, a également trouvé son public.

« Un lien s'est créé et une dynamique s'est mise en place, se réjouit Angélique Dupont. Aujourd'hui, toutes ces valeurs se sont bien enracinées à Gennevilliers, qui est pourtant une ville dense et populaire. »