Face aux canicules et aux inondations, Antony veut préserver ses 10 000 jardins privés

Comme la plupart des communes voisines, la ville veut sauvegarder ses zones pavillonnaires et espaces verts en interdisant notamment la division des parcelles privées et en diminuant les emprises au sol. Cela passe par la révision de son plan local d’urbanisme.

 La ville d’Antony (Hauts-de-Seine) souhaite préserver ses jardins privés dans ses zones pavillonnaires qui recouvrent près des deux tiers de la commune.
La ville d’Antony (Hauts-de-Seine) souhaite préserver ses jardins privés dans ses zones pavillonnaires qui recouvrent près des deux tiers de la commune. DR

Les épisodes caniculaires se succèdent ces cinq dernières années avec des records de chaleur parfois jamais égalés en région parisienne. Les quelques degrés en moins ressentis à Antony (Hauts-de-Seine), notamment par rapport à la capitale, deviennent donc vitaux.

Traversée par des coulées vertes et située à l'orée du parc de Sceaux, la ville limitrophe avec la grande couronne bénéficie surtout d'îlots de fraîcheur grâce aux 10 000 jardins privés des pavillons qui couvrent pas moins des deux tiers de la commune. Ce sont donc ces précieux écrins de verdure que la ville souhaite préserver par la modification de son plan local d'urbanisme (PLU), soumis à enquête publique.

« Si vous prenez une vue satellite d'Antony, il n'y a que des espaces verts avec des pointillés rouges pour les toits. Le problème, c'est que nous nous sommes aperçus que ces espaces verts disparaissaient progressivement et à une vitesse accélérée en raison de la multiplication des projets de division de parcelles, devenus une pratique courante à Antony comme ailleurs », remarque le maire (LR), Jean-Yves Sénant. Et ce dernier de citer les villes de Sceaux, Clamart et Bourg-la-Reine qui ont fait évoluer leur PLU de la même manière.

Pour mettre un coup d'arrêt à la spéculation immobilière, la commune entend donc, par cette modification du PLU, interdire notamment toute construction à plus de 20 mètres des trottoirs dans la zone pavillonnaire. En cas de division de terrain, l'emprise au sol sera limitée à 20 %.

L'Etat est réservé

D'autres mesures sont prévues pour éviter le ruissellement des eaux en cas de fortes pluies et ainsi limiter les risques d'inondation. En 2018, des pluies diluviennes avaient en effet inondé voies, caves et parkings, à tel point qu'Antony avait été classée en zone de catastrophe naturelle. Dans le nouveau plan, les espaces verts de pleine terre devront recouvrir 75 % des parcelles et ils devront comporter un arbre pour 150 mètres carrés dans l'ensemble des zones urbaines de la ville.

Dans son avis disponible dans le dossier d'enquête publique, le préfet des Hauts-de-Seine s'est montré toutefois inquiet face à ces mesures visant à réduire la constructibilité de plus de la moitié des espaces urbanisés. « Elles risquent de compromettre les obligations de la ville en matière de densification et de production de logements : avec une densité des espaces d'habitat de 52,6 logements par hectare en 2013, la ville est en effet soumise aux objectifs d'intensification fixés par le schéma directeur de la région Ile-de-France de 10 à 15 % des tissus urbains », écrit le préfet Laurent Hottiaux.

« Ce ne sont pas les quelques logements en zone pavillonnaire, qui ne pourront pas être construits, qui vont nous empêcher d'atteindre notre objectif de 29 800 logements en 2030 », balaye Jean-Yves Sénant. En 2013, la ville comptait 25 900 logements, elle en dispose aujourd'hui de 27 500.

Objectif : 30 000 logements en 2030

Mille logements sont actuellement en construction, 1100 vont être lancés début janvier dans le quartier Jean-Zay et 3500 devront voir le jour à partir de 2027 dans le secteur d' Antonypole. « Même sans cette dernière grande opération, nous serons à plus de 30 000 logements en 2030 », assure l'élu.

L'enquête publique a attiré plus d'une centaine d'habitants à donner leur avis. Les associations environnementales comme l'ASPEA (Association pour la sauvegarde du patrimoine et de l'environnement à Antony) estiment que ces modifications vont « dans le bon sens mais pas assez loin ». « Des avancées timides, trop timides » pour le groupe local Europe Ecologie-les Verts, qui regrette qu'aucune modification de zonage ne soit prévue dans « des quartiers appelés à des transformations radicales (Antonypole) ou limitées (Pajeaud Breuil Bièvre) ».

Des propriétaires inquiets sur la valeur de leurs biens

Pour ce qui est de certains particuliers, des propriétaires s'inquiètent de « la dévalorisation potentielle de [leur] bien ». Ils pointent aussi des différences de traitement : « Le nouveau PLU implique de véritables sacrifices pour les propriétaires de pavillon en limitant les évolutions possibles de leur bien et de leur parcelle […] Il est inconcevable qu'en plus de cela, nous devions subir une multiplication du nombre d'immeubles, parfois très proches de nos pavillons, sans que ces projets n'aient d'obligations environnementales autres que celles liées au bâtiment. »

A regret, un habitant pointe une décision trop tardive de sauvegarde des zones pavillonnaires : « Même si les nouveaux immeubles qui ont été construits durant ces dernières années sont de petites tailles, ceux-ci ont défiguré Antony. Beaucoup de belles maisons en pierres ont été rasées pour laisser place à du béton. »

Il vous reste une journée pour donner votre avis dans le cadre de l'enquête publique. Le commissaire-enquêteur aura ensuite un mois pour rendre son rapport.

Permanence du commissaire-enquêteur, ce mercredi, de 14 h 30 à 17 h 30, place de l'hôtel de ville.