Deuxième vague de Covid-19 : les directeurs d’Ehpad inquiets du manque de personnel

La ministre déléguée à l’Autonomie, Brigitte Bourguignon, s’est rendue ce lundi à la Villa Beausoleil de Meudon (Hauts-de-Seine), où elle a rencontré plusieurs responsables de maisons de retraite.

 Meudon (Hauts-de-Seine), le 28 septembre 2020. Brigitte Bourguignon, ministre déléguée à l’Autonomie, s’est rendue à la résidence Villa Beausoleil pour rencontrer plusieurs directeurs d’établissements pour personnes âgées.
Meudon (Hauts-de-Seine), le 28 septembre 2020. Brigitte Bourguignon, ministre déléguée à l’Autonomie, s’est rendue à la résidence Villa Beausoleil pour rencontrer plusieurs directeurs d’établissements pour personnes âgées. LP/Marjorie Lenhardt

Visites sur rendez-vous, prise de température systématique, désinfection draconienne, isolement en cas de suspicion… Les maisons de retraite s'apprêtent à affronter la deuxième vague de l'épidémie de Covid-19 mais ne souhaitent pas redevenir des forteresses sanitaires.

La ministre déléguée à l'Autonomie, Brigitte Bourguignon, s'est rendue ce lundi dans la luxueuse résidence pour seniors Villa Beausoleil, à Meudon (Hauts-de-Seine), pour y rencontrer plusieurs directeurs d'Ehpad (établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) du secteur.

« Au moment où on se parle, la crise sanitaire revient à un niveau inquiétant. Nous sommes à 238 nouveaux clusters, ce lundi matin. Il faut tenir compte de la première vague qui a été riche d'enseignements. Nous savons ce que nous ne devons plus faire », a-t-elle insisté.

Passée la « psychose » et désormais bien équipés de masques et de blouses, les directeurs semblent aborder cette deuxième onde de choc de façon plus sereine. Les maisons de retraite devraient passer prioritaires auprès des laboratoires pour recevoir les résultats.

«Nous avons très très peur de ce manque de soignants»

Mais il reste le gros problème du manque de personnel. « Malgré les renforts Covid et avec toutes les absences que j'ai eues, je n'ai pas pu avoir le nombre de soignants dont j'avais besoin, pendant la période, et maintenant ils sont épuisés », déplore la directrice de l'Ehpad Le Châtelet, à Meudon. « Nous avons 94 résidents et 30 cas de Covid, asymptomatiques certes, mais aujourd'hui, ils sont fragilisés. Donc, j'ai besoin de plus de personnel, nous avons très très peur de ce manque de soignants », insiste la jeune femme.

« Nous avons eu un certain nombre de démissions de collaborateurs. En Ile-de-France, cela a été très marqué. S'il y a une deuxième vague, certains disent déjà qu'ils se mettront en arrêt », abonde un autre responsable d'une vingtaine de structures dans les Hauts-de-Seine et les Yvelines.

Problème : le secteur souffre d'une mauvaise image et peine à recruter. « Nous cherchons des médecins comme des infirmières en permanence », ajoute Thierry Bedault, directeur territorial d'Arpavie, qui gère sept établissements dans les Hauts-de-Seine.

« Nous avons lancé les appels ce lundi matin pour renforcer la plate-forme de renfort RH. Nous ne sommes pas du tout au chiffre que nous voudrions atteindre. Tant qu'il n'y aura pas de prise de conscience, il n'y aura pas de mobilisation », affirme la ministre déléguée.

Enquêtes en cours après neuf décès

Neuf décès de résidents des Ehpad font l’objet d’une enquête judiciaire dans le département des Hauts-de-Seine. Neuf décès pour lesquels les proches des défunts ont déposé plainte pour « homicide involontaire », estimant que les maisons de retraite ont été négligentes, n’ont pas respecté les mesures sanitaires, et qu’elles leur ont caché la vérité sur l’état de santé de leurs proches.

Toutes les plaintes adressées au parquet de Nanterre ont donné lieu à une ouverture d’enquête et toutes sont confiées à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP) de la police judiciaire parisienne. A ce stade, la BRDP a terminé ses investigations sur deux décès survenus dans le même Ehpad, Bel-Air à Clamart. Et le parquet est en train d’étudier ces « retours d’enquête » avant de décider des suites à y donner : classement, poursuite de l’enquête, ouverture d’une information judiciaire.

« J’ose espérer qu’il y aura instruction, avec mises en examen, pour que la justice avance et que les responsabilités soient enfin déterminées », commente Me Fabien Arakelian, qui a déposé sept des plaintes enregistrées dans le département depuis début avril. Dont les deux qui visent l’Ehpad de Clamart, après la mort de résidentes de 89 et 96 ans début avril, alors que le coronavirus commençait à décimer les Ehpad.

Dans le même temps, la cousine d’un résident de la Villa Beausoleil, à Chaville, s’était aussi tournée vers la justice après le décès de son cousin de 80 ans. La directrice commerciale de l’ensemble des établissements Beausoleil, Marion Muraire, assure que ses équipes ont « collaboré avec les personnes en charge de l’enquête ». Et l’assure : « Nous avions bien mis les protocoles sanitaires en place. »

La BRDP enquête aussi sur les décès de six pensionnaires d’établissements de Clichy, Sèvres, Neuilly et Courbevoie.