Des vaccins pour les «VIP» à l’Hôpital américain : Véran veut des explications, le maire de Neuilly aussi

L’établissement de santé privé des Hauts-de-Seine aurait fait vacciner une partie des membres de son conseil d’administration ainsi qu’une poignée de donateurs.

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 L’Hôpital américain de Neuilly (Hauts-de-Seine) aurait vacciné des personnes ne répondant pas aux critères établis par la Haute Autorité de santé.
L’Hôpital américain de Neuilly (Hauts-de-Seine) aurait vacciné des personnes ne répondant pas aux critères établis par la Haute Autorité de santé. LP/Frédéric Dugit

Après la Ville de Paris accusée d'avoir permis à certains agents administratifs de bénéficier de passe-droit pour se faire vacciner - une enquête interne a finalement établi qu'il s'agissait bien de professionnels de santé ou appartenant au secteur médicosocial, voilà l'Hôpital américain de Neuilly (Hauts-de-Seine) épinglé pour des faits similaires.

Le très chic et centenaire établissement privé où se pressent en toute discrétion les célébrités, aurait ainsi vacciné une partie des membres de son conseil d'administration, mais aussi une poignée de donateurs, comme le révèle France Info ce mardi matin.

Parmi ces personnalités figure notamment Bruno Durieux, gouverneur honoraire de l'Hôpital américain et ancien ministre délégué à la Santé de 1990 à 1992. Celui qui est toujours maire de Grignan (Drôme) explique avoir été contacté mi-janvier par l'hôpital et avoir déjà reçu ses deux doses du vaccin Pfizer-BioNTech. Si l'intéressé est âgé de 76 ans et répond aux critères de la Haute Autorité de santé (HAS), il n'en serait pas de même pour l'ensemble des personnes vaccinées ces dernières semaines.

Pour le maire de Neuilly, «ce n'est pas acceptable»

La campagne de vaccination en France a débuté le 4 janvier par les résidents des Ehpad, les personnels soignants de plus de 50 ans, suivis le 18 janvier par les personnes de plus de 75 ans et enfin celles présentant des facteurs de risques liés à des pathologies.

Depuis le 8 février, les personnels soignants de moins de 50 ans sont également concernés et peuvent recevoir un autre vaccin, celui du laboratoire AstraZeneca, considéré comme moins efficace sur les personnes de plus de 65 ans.

Ce passe-droit supposé irrite fortement le maire (DVD) de Neuilly. « Ce n'est pas acceptable, réagit Jean-Christophe Fromantin. Dans les centres municipaux, on lutte tous les jours contre cela, on est assailli en permanence de personnes qui ont des pistons mais qui ne correspondent pas aux critères et on les refuse. L'Hôpital américain doit respecter les mêmes règles et les critères nationaux. »

Olivier Véran a bien appelé l'hôpital

Interrogé ce mardi matin sur cette potentielle vaccination « VIP » à Neuilly, le ministre de la Santé Olivier Véran, lui-même médecin et vacciné la veille, a assuré qu'il allait demander des explications à l'Hôpital américain. « Je contacterai la direction de cet hôpital pour avoir des informations, savoir si les informations sont confirmées ou non. Si elles le sont, je les déplore », a réagit le ministre qui était justement l'invité de France Info.

Selon nos informations, le ministre de la Santé a bien contacté l'établissement pour demander des éléments précis sur ces vaccinations supposées « coupe-file », réalisées grâce aux dotations de l'Agence régionale de santé (ARS).

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Comme tous les établissements de santé de la région, qu'ils soient publics ou privés, l'Hôpital américain a en effet reçu des doses de vaccin Pfizer-BioNTech destinées au personnel de plus de 50 ans ou présentant des comorbidités.

Les concernés sont en train de se faire injecter leur deuxième dose

De son côté, l'Hôpital américain confirme avoir proposé la vaccination à partir du 4 janvier 2021 « à l'ensemble des personnes intervenant dans l'hôpital âgées de plus de 50 ans ou souffrant de comorbidités ». Et détaille la liste des profils concernés : médecins, soignants, administratifs, gouverneurs, prestataires de ménage, de sécurité et de restauration, volontaires bénévoles. Sans pour autant donner le nombre de doses administrées depuis cette date.

Ces personnes « éligibles et volontaires […] sont actuellement en cours de réception de leur deuxième dose », précise également l'hôpital dans un communiqué. L'établissement ne dément pas que d'autres personnes en lien avec l'hôpital aient également pu être vaccinées.

« Pour les cas de désistement ou d'impossibilité de vacciner (contre-indications), des doses ont été proposées au personnel volontaire et disponible afin d'éviter toute perte du vaccin, en raison de son caractère périssable », justifie l'établissement.