Des mammouths ont bien vécu à Clichy-la-Garenne !

Les fouilles d’archéologie préventive sur la parcelle du futur programme immobilier ont permis de découvrir des restes de grands bovidés et des outils datant du paléolithique moyen, soit entre -350 000 et - 45 000.

 Clichy, septembre 2020. Découverte de fragments de défense de mammouth lors de fouilles d’archéologie préventive de l’Inrap sur le chantier de l’îlot Boisseau.
Clichy, septembre 2020. Découverte de fragments de défense de mammouth lors de fouilles d’archéologie préventive de l’Inrap sur le chantier de l’îlot Boisseau.  Denis Gliksman, Inrap

Il y a plusieurs dizaines voir centaines de milliers d'années, des mammouths se promenaient sur les bords du fleuve devenu la Seine, au niveau des carrières désormais enfouies sur le territoire de Clichy.

C'est l'hypothèse qui découle des découvertes des préhistoriens et archéologues de l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives). Ces derniers étaient mandatés par la Drac Ile-de-France pour réaliser des fouilles sur la parcelle dite de l'îlot Boisseau. Un vaste terrain concerné par un programme immobilier du promoteur Cogedim.

Cette parcelle de 1,5 ha n'avait pas fait l'objet d'examen de ses sols depuis le XIXe siècle selon l'Inrap. Un premier diagnostic réalisé en juin dernier s'est révélé positif : cette zone proche de la Seine, présentait des strates très bien conservées sous quatre mètres de remblais modernes. Une tranchée de 80 m de longueur, 15 m de largeur et 8 m de profondeur a donc été creusée fin août pour permettre aux spécialistes d'aller sonder les différentes couches de sédiments et remonter ainsi le temps.

Fragments de défense de mammouth affectés par le gel. Denis Gliksman, Inrap
Fragments de défense de mammouth affectés par le gel. Denis Gliksman, Inrap  

Des restes des ancêtres du bœuf au niveau inférieur

L'opération s'est soldée par des découvertes passionnantes sur plusieurs niveaux stratigraphiques réalisées au cours des cinq semaines d'étude des sols. « Ce sont les couches empilées au fil des siècles et qui nous donnent des informations très importantes sur cette période », explique Sophie Clément, préhistorienne spécialisée dans les outils taillés. Qui a ainsi découvert « son premier mammouth ».

Des mammouths ont bien vécu à Clichy-la-Garenne !

Ou plutôt des fragments de défense d'un éléphantidé qui atteste de la présence de cette espèce dans cette zone géographique au paléolithique moyen (entre -350 000 et - 45 000). « Visuellement ce n'est pas une défense comme on peut se l'imaginer, mais vraiment des petits fragments », précise la préhistorienne, soulignant la très bonne conservation dans les sols « en raison des grandes périodes de glaciation de la préhistoire ».

Vue d’ensemble de la fouille. Denis Gliksman, Inrap
Vue d’ensemble de la fouille. Denis Gliksman, Inrap  

Au niveau encore inférieur, les fouilles ont permis de mettre à jour d'autres restes de grands bovidés : bisons et aurochs, cette dernière espèce – ancêtre du bœuf — ayant elle aussi disparu. « Ces ossements ont été trouvés autour d'une grosse pierre calcaire peut-être façonnée par l'homme, ajoute Sophie Clément. A cette époque, l'homme de Neandertal vivait en symbiose avec son bétail ».

Les recherches post-fouilles vont désormais permettre de savoir grâce à des techniques très pointues d'analyse si les ossements d'animaux ont subi une intervention humaine, pour les découper par exemple.

Un site « exceptionnel » par sa dimension

Ces découpes étaient rendues possibles grâce à des outils, peut-être comme ceux découverts au dernier niveau étudié lors des fouilles, le plus ancien sur l'échelle chronologique. Et qui attestent de la présence de nos ancêtres à cet endroit précis il y a des dizaines de milliers d'années.

« Il s'agit d'outils taillés en silex, selon la méthode de Levallois », précise la spécialiste de ces outils avant de poursuivre : « Cela fait référence au site archéologique découvert au XIXe siècle au moment de l'ouverture des carrières de Clichy-Levallois pour y extraire des pierres pour la construction de Paris par le baron Haussmann »

Vue d’ensemble de la fouille. Denis Gliksman, Inrap
Vue d’ensemble de la fouille. Denis Gliksman, Inrap  

Cette méthode connue internationalement qui consistait « à produire des éclats prédéterminés et à travailler les volumes du bloc de pierre », explique la spécialiste. « Ce qui est exceptionnel avec ce site de Clichy, c'est à la fois sa dimension puisque nous travaillons habituellement sur de toutes petites parcelles, mais aussi de retrouver des pièces aussi fraîches que si elles avaient été posées là il y a trois jours », souligne la préhistorienne.

Celle-ci va désormais poursuivre son travail dans les locaux de l'Inrap. Car la tranchée a déjà été refermée, et le chantier de construction de 500 logements et d'un groupe scolaire a lui repris ses droits. « Il faut savoir que l'archéologie préventive n'a pas pour objectif de sauvegarder un site mais de le détruire minutieusement afin de prélever toutes les pièces et informations nécessaires pour enrichir nos connaissances », souligne-t-elle.